
Les militants du KKE ont à nouveau occupé l’Acropole, y installant une banderole invitant à en finir avec « la dictature des monopoles et de l’Union européenne ». (Photo KKE)
L’important combat en Grèce connaît ces jours-ci un nouveau point culminant. Les Grecs ont arrêté le travail en masse et, ce week-end, ont parcouru les rues pluvieuses des villes grecques : à Athènes, Thessalonique et Patras, mais aussi dans les campagnes, à Corfou, en Crète, à Rhodes. Les travailleurs, les jeunes, mais aussi des gens comme le compositeur Mikis Theodorakis, 86 ans, qui marchait aux tout premiers rangs. Avec parfois des marées de gens, comme dimanche après-midi, place Omonia à Athènes, où près de cent mille personnes manifestaient sous les drapeaux du PAME, le Front militant des travailleurs.
L’orateur du PAME, Katsiokis, y a déclaré : « Le peuple ne doit pas avoir peur, et il ne doit pas rester immobile en attendant d’être écorché vif. Le peuple doit prendre la décision de ne plus accepter d’autres sacrifices pour remplir les caisses des capitalistes. » Des heures durant, les manifestants sont restés dans les rues, les bras entrelacés. Et il en a été ainsi dans bien des villes et bien des îles.
Aleka Papariga, secrétaire générale du Parti communiste de Grèce, le KKE : « Notre point de vue est celui-ci : seule la lutte peut empêcher le plus grave. Nous devons briser les chaînes qui nous lient à l’Union européenne. Nous devons remplacer le système politique actuel par un pouvoir populaire et annuler unilatéralement les dettes. » Le journal du KKE titre d’ailleurs de façon combative : « La colère du peuple mettra en pièces cette coalition gouvernementale. »
« En Grèce, deux mondes s’entrechoquent », écrit Peter Mertens dans son livre Hoe durven ze ? (Comment osent-ils ?, qui paraîtra en français en mars 2012 aux éditions Aden). C’est le choc des petites gens, le peuple, contre le monde des grosses fortunes : une poignée d’armateurs, de millionnaires et de banques étrangères.
Pourtant, ce n’est pas exactement l’image qu’on nous donne à voir ici. Nous avons surtout vu le vandalisme de quelques anarchistes et de provocateurs qui incendiaient des bâtiments et balançaient des cocktails Molotov : le chaos. Helena Smith, correspondante en Grèce du journal britannique The Guardian depuis vingt ans, est atterrée : « On accorde ici autant d’attention au vandalisme qu’aux mesures d’économies que les Grecs vont devoir subir pendant une décennie au moins. Cela doit être dit : un certain nombre de jeunes masqués, non identifiables, ont kidnappé une manifestation pacifique contre l’austérité. Ce sont eux qui se trouvaient derrière la violence, et non les travailleurs Grecs, qui sont gravement touchés par les réductions des salaires et des pensions, et qui sont descendus dans la rue pour faire entendre leur voix. Ceux-ci sont tout autant en état de choc que les petits commerçants qui ont assisté à la destruction de leur boutique. »