Les grandes banques, rassemblées au sein de l’IFF, négocient avec la Grèce pour avoir un haircut (« coupe de cheveux », c’est-à-dire une annulation partielle des dettes de la Grèce) sans trop de dommages collatéraux. La décision du sommet européen à propos de ce haircut « volontaire » de 50 % date de décembre 2010. Cependant, les banques ont transformé en marathon interminable les négociations sur son exécution et, entre-temps, ont sorti le plus grand nombre possible de traites à payer.
Des banquiers se lamentent sur leurs pertes élevées en cas de réévaluation de la dette, mais leurs chiffres sont surtout le fruit d’un art particulièrement créatif du calcul. Ils prétendent qu’en cas de haircut de 50 %, ils devraient accuser une perte de 100 milliards d’euros. Mais il resterait alors encore 100 milliards de traites que l’État grec échangerait contre de nouvelles, à plus longue échéance. Sur lesquelles les banques encaisseraient 3,5 % d’intérêt, ce qui leur rapporterait 105 milliards. Ajoutez-y les anciens intérêts déjà payés et le compte final montre que, même avec une haircut, les grandes banques et institutions financières tireront de la Grèce beaucoup plus d’argent qu’elles ne lui en ont prêté.
Le Wall Street Journal a annoncé que la BCE « participera » à ce haircut, de la façon qui suit : la BCE échangerait des obligations grecques – pour une valeur de 50 milliards, qu’elle a rachetées en 2011 aux banques privées – contre de nouvelles traites à un prix inférieur. Ou comment la BCE « socialise » les pertes des grandes banques. Ce n’est pas pour rien que le patron de la BCE, Mario Draghi, a été perçu comme un « grand héros » par un public de banquiers, la semaine dernière, à Davos.