La désobéissance civile se répand comme une traînée de poudre à travers le pays. « Désobéissance ! » crient les militants contre la taxe routière en ouvrant les barrières des péages pour laisser passer les voitures. « Nous ne paierons pas ! » scandent les comités populaires à propos de la nouvelle taxe du logement. Manifestations de masse et grèves générales font le reste.
Toutes sortes de mesures du gouvernement grec se heurtent à une résistance sur le terrain telle qu’elles ne peuvent être appliquées. La résistance dans les usines, dans les administrations publiques et dans les communes à jusqu’à présent empêché de nombreux licenciements, .
Pour faire passer le diktat, on recourt donc directement au langage de la guerre. « Proposition de capitulation », titrait le Financial Times Deutschland. Tout aussi agressifs étaient les propos tenus lors du sommet franco-allemand du 6 février à Paris. Les réformes exigées « doivent être appliquées sans condition », a déclaré Angela Merkel. Et Sarkozy d’ajouter à l’adresse des Grecs, dans son style de parrain mafieux : « Vous n’avez pas d’autre choix ! »
Le duo a exigé qu’un compte à part soit établi pour toutes les rentrées de l’État grec. À partir de ce compte, toutes les obligations vis-à-vis de l’étranger devront être honorées. La Grèce elle-même n’aura aucun droit de regard dessus. Après le « commissaire aux économies » intronisé il y a quelques jours, voici le « compte des économies » ! La souveraineté nationale semble bien loin.
Que Merkel et Sarkozy « perdent patience avec Athènes », comme on peut le lire dans les journaux boursiers, est dû aux travailleurs grecs qui refusent de se mettre à genoux. C’est pourquoi le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble (CDU, chrétiens démocrates), a annoncé, après le vote au Parlement grec : « Ces promesses des Grecs ne nous suffisent pas. Ils doivent les transformer en actes. »
Aussi l’appel à un régime plus fort se fait-il entendre au sein de l’establishment européen. Il est question d’un « remaniement extrême du gouvernement grec, sur les traces de Mario Monti qui, dans le gouvernement italien, a installé des technocrates dans toutes les positions clés ». Le journal d’affaires allemand Handelsblatt suggère même comme « solution pragmatique » une « junte d’état d’urgence ». La politique d’économies de l’Union européenne est une politique de la main de fer.
Au sein des deux partis qui soutiennent encore le Premier ministre Lucas Papademos, le Pasok (social-démocrate) et le parti conservateur de droite Neia Dimokratia, respectivement 22 et 21 députés ont voté contre le diktat. Parmi eux, divers ministres ou secrétaires d’État actuels. Ils ont été renvoyés séance tenante de leur parti.
Au Parlement grec, le Premier ministre Papademos et le ministre des Finances Evangelos Venizelos (Pasok) parlaient de « banqueroute », de « chaos » et de « guerre civile », si le peuple ne se soumettait pas aux mesures. Aleka Papariga (secrétaire générale du KKE, Parti communiste de Grèce) leur a répondu vertement : « Avec vos intimidations, vous essayez littéralement de soumettre les esprits des gens qui souffrent déjà : “Une grande banqueroute arrive”. À qui parlez-vous, en fait ? Au peuple, qui est déjà plongé dans la banqueroute ? Nous ne sommes pas intéressés par le sauvetage de la Grèce via la banqueroute du peuple. (…) Depuis ce matin déjà, vous parlez sans arrêt de destruction et même de guerre civile. (…) Vous en êtes responsables, quand vous imposez de tels mesures au peuple. Vous êtes aux prises avec les ultimes délais de la Banque centrale européenne, de la Commission européenne et du FMI. Moi, je vous dis : même dans les guerres civiles, on ne pose pas de tels ultimatums. Vous nous provoquez ! »
Entre-temps, le dirigeant du Pasok, Georges Papandréou, veut ajourner les élections prévues pour avril. Son parti est au bord de la déchirure et, selon les prévisions, ne serait plus que le cinquième parti du pays. La gauche, avec en tête le KKE, progresserait fortement, selon des sondages, et obtiendrait plus de 40 %. On attend l’évolution des choses, mais l’Europe a déjà exigé que le gouvernement grec confirme par écrit que les économies seront bel et bien appliquées, quel que soit le résultat des élections en avril prochain. Démocratie ?