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11 octobre 2011 16:23 | Il y a : 225  jour(s)
| Thème: International, Culture et histoire, Algérie, France, Histoire

France/Algérie :: Cinquantenaire du massacre du 17 octobre 1961

Le 17 octobre 1961, la police de Paris réprime dans le sang une manifestation pacifique du Front de Libération Nationale algérien. Plus de cent morts, des centaines de blessés et des pratiques de torture. La France a ainsi montré son vrai visage : colonial et oppresseur. Cinquante ans après, le gouvernement n’a toujours pas reconnu les faits.

Quentin Vanbaelen

Un graffiti sur les bords de la Seine rappelle les meurtres qui y ont été commis. (Photo jahrasta.skyrock.com)

Le 17 octobre 1961 est un des événements les plus marquants et douloureux de la Guerre d’Algérie, qui oppose, entre 1954 et 1962, l’État colonisateur français au peuple algérien. La guerre a fait entre 600 000 et 1,5 million de victimes. Le Front de Libération Nationale (FLN) est la principale organisation de résistance, luttant pour l’indépendance. Le pays était alors une des dernières colonies françaises. Comme dans toutes les colonies, les Algériens étaient discriminés, et toute manifestation pour la revendication de droits ou d’indépendance était systématiquement réprimée dans le sang.
    Le FLN bénéficie d’un soutien important parmi la population. Cela se concrétise par un appui massif à la lutte armée en Algérie, mais aussi en France. À l’époque, de nombreux Algériens sont partis travailler en France. En métropole aussi, la logique coloniale est à l’œuvre. Les immigrés sont sous-payés et souvent moins bien traités que les Français, notamment par les forces de police, qui n’hésitent pas à faire usage de violence. Un racisme institutionnalisé existe, qui condamne ces immigrés à vivre dans des logements de seconde zone, voire dans des bidonvilles.

La répression arrive en France

Le mouvement de libération est donc aussi actif en France. Le préfet de la police de Paris est à l’époque Maurice Papon. Ce fonctionnaire s’était fait connaître pendant la Seconde Guerre mondiale, où il avait collaboré avec le gouvernement de Vichy et avait participé à la déportation de nombreux juifs vers les camps de concentration.
    En 1961, il a pour ordre d’éliminer le soutien au FLN en France. Il crée alors une unité spéciale, la Force de Police Auxiliaire, qui est chargée de réprimer la résistance algérienne. Cette force utilise abondamment la torture. Les arrestations brutales se multiplient, et de plus en plus de corps d’Algériens sont retrouvés noyés dans la Seine, victimes de ces pratiques barbares.
    La goutte qui fait déborder le vase arrive le 5 octobre 1961. Maurice Papon décrète un couvre-feu à Paris, uniquement pour les Nord-Africains. Cette mesure raciste a pour but de provoquer le FLN, afin de le discréditer. La France espère encore pouvoir se retirer d’Algérie avec les honneurs, en gardant une domination sur le pays, ce qui lui permettra de rester influente dans la région. Mais, pour cela, elle doit briser la résistance. Elle diabolise donc le FLN et tente de le criminaliser pour l’affaiblir.
     La riposte sera néanmoins pacifique. Le Front invite tous les Algériens de Paris à manifester le 17 octobre au soir, bravant l’interdit et montrant l’importance de la résistance du peuple, au cœur même de la France, face à la colonisation et à l’impérialisme. Le mot d’ordre des organisateurs est très clair : manifestation pacifique, interdiction de porter quelque arme que ce soit, et invitation à venir en famille. La population d’origine algérienne soutient massivement l’initiative, et quelque 30 000 personnes participent à la manifestation.
    Malheureusement, le piège tendu par Papon est en place. Très vite, la police commence à arrêter des manifestants. Les coups de matraque pleuvent, et les forces de l’ordre commencent même à tirer dans la foule. L’événement pacifique tourne au massacre. Partout, des passages à tabac des militants algériens ont lieu. Paris ressemble à un champ de bataille. Les rues sont jonchées de verre brisé et de flaques de sang. Des centaines de manifestants sont admis aux urgences. Plus de 6 000 autres sont arrêtés, entassés dans des fourgons et conduits de force au Palais des sports de la porte de Versailles. Là-bas, nombre d’entre eux sont victimes de coups, et parfois même torturés. Certaines arrestations, très arbitraires, durent jusqu’à trois jours, dans des conditions inhumaines et souvent accompagnées de coups. Jusqu’à aujourd’hui, le nombre exact de morts est inconnu. Les estimations les plus réalistes parlent de 100 à 300 morts rien que pour le soir du 17, sans compter les centaines de blessés ni les victimes des jours suivants, car la brutalité policière s’est poursuivie.

Le déni et l’oubli

Dès le départ, le gouvernement impose une censure. Pourtant, les faits sont si énormes et si scandaleux que la plupart des journaux, sans s’avancer à donner des chiffres ou trop de détails, dénoncent les violences policières. Les procédures d’enquête qui suivront auront du mal à avoir accès à toutes les données, car la préfecture de police tente au maximum d’étouffer l’affaire.
    Cet événement choquant a beaucoup marqué les consciences à l’époque. Le gouvernement avait, en effet, importé la violence coloniale à Paris. Pourtant, ce qu’il faut comprendre à travers ça, c’est justement que, dans le régime colonial français installé en Algérie, c’était tous les jours le 17 octobre…
    Cinquante ans après, aucune enquête officielle n’a été publiée. Le gouvernement français n’a jamais été condamné, et n’a jamais reconnu la teneur du massacre du 17 octobre 1961. Tout est d’ailleurs fait pour qu’il soit ignoré et oublié. L’idéologie impérialiste est restée très présente, et les gouvernements français successifs ont toujours tenté de garder une mainmise néocoloniale dans le Maghreb, en installant au pouvoir des hommes tels que Ben Ali. Aujourd’hui, heureusement, la Révolution tunisienne a réussi à inverser la tendance.

Pour en savoir plus

De nombreux ouvrages ont été écrits sur la Guerre d’Algérie, ainsi que sur le massacre du 17 octobre 1961. Voici quelques sources intéressantes, pour en savoir plus sur le sujet :
Livres :
• Octobre 1961 : un massacre à Paris, Jean-Luc Einaudi, Éditions Pluriel, 2011, 12 €, et La bataille de Paris : 17 octobre 1961, Jean-Luc Einaudi, Points, 2007, 7,5 €.
• Le 17 octobre 1961 : un crime d’État à Paris, Collectif, La Dispute, 2001, 19 €.
• Meurtres pour mémoire, Didier Daeninckx, Folio policier, 1998, 5,70 €.
Films :
• Ici on noie des Algériens, de Yasmina Adi. Sortie le 17 octobre 2011.
• Nuit noire. 17 octobre 1961, de Alain Tasma, sorti le 19 octobre 2005.
BD :
• Octobre noir, Didier Daeninckx et Mako, Ad Libris, 2011, 13,5 €.
Plus d’infos et de sources sur www.17octobre61.org

 


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