
En juin 2011 déjà, les travailleurs de Flightcare s’étaient mis en grève pour défendre leurs emplois. Aujourd'hui, les conditions de travail sont au centre du combat. « Le travail est dur. Dans la soute, il faut travailler constamment le dos courbé. Les absences pour maladie se multiplient. » La grève aura permis de forcer la direction à respecter la CCT. Un minimum ! (Photo Solidaire)
C’est, en effet, le non respect des accords qui a déclenché le mouvement. Plusieurs travailleurs et syndicalistes nous ont confié leur ras-le-bol.
« La plupart des ouvriers ont des contrats flexibles », nous explique un travailleur. Cela signifie qu’un ouvrier passe, selon les mois, voire les semaines, d’une prestation à mi-temps à un 3/4 temps ou à un temps plein. Cela rend impossible toute organisation, que ce soit au niveau familial, dans le but de chercher un deuxième emploi ou de demander un complément de chômage pour les périodes avec peu de travail. « L’ouvrier est comme prisonnier de ce genre de contrat. Il vit souvent avec un peu plus de 1 000 euros par mois, sans complément de chômage la plupart du temps, et ce pendant plusieurs mois. Et puis, on vient nous mettre au chômage économique alors qu’il y a du travail... que la direction fait faire par des employés qu’on détache de leurs fonctions. »
« Ce système est d’autant plus vicieux, enchaîne un syndicaliste, que le chômage économique est payé par nos impôts à tous, et que ça vide les caisses sociales. Pendant ce temps-là, Flightcare se remplit les poches. » Et pas un peu, d’ailleurs. Depuis 2003, la société a réalisé des bénéfices pour un total de 47 millions d’euros, dont 38,8 millions sont partis directement vers la maison-mère, FCC, en Espagne.
Il serait difficile de se cacher derrière l’excuse de la crise pour expliquer le manque de respect de la CCT. En effet, un communiqué de presse du gestionnaire de l’aéroport, daté du 13 janvier, annonçait une augmentation de 9,3 % du nombre de passagers. « Le problème pour la direction, estime un délégué syndical, est qu’ils signent des contrats avec les compagnies en fonction du nombre d’avion. Lorsqu’une compagnie aussi importante que Brussels Airlines décide de supprimer, comme sur la ligne Bruxelles-Barcelone, un des deux avions, Flightcare gagne moins d’argent... mais la charge de travail existe toujours, puisqu’on met les passagers, avec leurs bagages, de deux avions dans un seul. Ce qui augmente en fait la charge de travail d’une équipe. »
C’est ainsi que, en théorie, il faut six personnes dans l’équipe si le poids total des bagages dépasse les 2 500 kilos. Mais, en pratique, 3 ouvriers couvrent très souvent plus de 3 500 kilos. La direction fait ainsi peser tout l’effort sur les travailleurs, certains se retrouvant au chômage économique et d’autres effectuant le double du travail. Tout ça, bien entendu, pour préserver les plantureux dividendes des actionnaires.
Conséquences de cette politique de flexibilité et de non-respect des conventions : des absences pour maladie qui se multiplient, du matériel défectueux qui compromet la sécurité des ouvriers et, surtout, une colère grandissante chez les travailleurs.
C’est ainsi qu’est né le mouvement de grève, qui a abouti à un accord satisfaisant pour la délégation syndicale. La direction s’est engagée à respecter la CCT, à ne plus donner aux employés les tâches des ouvriers et à diminuer le chômage économique. Les contrats temporaires seront prolongés. Par ailleurs, un audit sera organisé en ce qui concerne l’état du matériel. La délégation reste néanmoins sur ses gardes : « La question est maintenant de savoir si la direction va enfin mettre en pratique son contenu (de la CCT, NDLR). »
Cependant, l’élément le plus significatif de la grève est le sentiment de résistance et de solidarité qu’elle a provoqué. Le mouvement a été bien suivi, et c’est à cela qu’est due la victoire. Les travailleurs ont montré qu’unis, ils pouvaient faire plier la direction, et faire valoir leurs droits. « On a gagné une chose, se réjouit un des syndicalistes. La direction sait qu’il existe une force ouvrière dans l’entreprise, prête à se mobiliser pour contrer toute politique qui agresse les travailleurs. »