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25 mai 2010 18:18 | Il y a : 2  an(s)
| Thème: Culture, Chine, International

Flâner à l’Expo universelle de Shanghai

L’Exposition universelle chinoise bat tous les records de fréquentation, avec une moyenne de 400.000 visiteurs par jour. Sur le site www.chinasquare.be, des amitiés belgo-chinoises, nous trouvons ce compte rendu par un spécialiste de la Chine, Frank Willems. En voici une version raccourcie.

Le pavillon belge est hallucinant, surtout la nuit. Imaginez une façade en verre où évoluent, sous des jeux de lumière, des neurones géants. (Photo Xinhua)

Samedi 1er mai, 9 heures. Entre les barrières de l’esplanade gigantesque des dizaines de milliers de visiteurs attendent le contrôle de sécurité. L’ambiance est bonne, des bénévoles distribuent des plans de l’expo.  À 9 heures précises, les files commencent à se mettre en branle et, tout de suite, c’est l’écoulement rapide ! Nous attendions depuis 8 h 15 mais, cette fois, en dix minutes, nous sommes passés.

Les pavillons ont été groupés par continent, avec des pavillons individuels pour les pays importants et des pavillons communs, payés par la Chine, pour les pays plus pauvres. Ainsi, il y a un immense pavillon regroupant quelques dizaines de pays africains. On peut y entrer et sortir à sa guise. Idem pour le pavillon hollandais, une rue construite le long d’une route à huit voies. Hélas, la plupart des autres pays ont un pavillon fermé, où n’entrent qu’un certain nombre de visiteurs toutes les quelques minutes. À la longueur des files d’attente, on peut mesurer leur popularité : le Japon, la Corée du Sud, l’Arabie saoudite, le Népal, la France, l’Angleterre, les États-Unis et l’Espagne occupent les premières places et, à l’exception de l’américain, tous ces pavillons sont vraiment sensationnels. Mais entre une et trois heures d’attente, devant ces pavillons à succès. Le troisième jour de l’expo, les choses vont déjà plus vite. Nous pouvons entrer au pavillon japonais après 75 minutes. En ce en ce qui concerne les files d’attente, la Belgique est dans le peloton suivant. À l’intérieur, c’est assez calme.

Un robot qui joue du violon

Le pavillon japonais est construit autour de trois thèmes : la protection de l’environnement et la lutte contre le réchauffement climatique, les technologie de pointe en électronique et dans les télécommunications et, enfin, la collaboration entre la Chine et le Japon. Des thèmes élaborés de manière plaisante, voire ludique. Que peut-on par exemple entreprendre, avec l’énergie récupérée sur les visiteurs qui s’arrêtent à un certain endroit ? Comment rend-on potable à nouveau les eaux usées des égouts ? Comment fonctionne un réseau d’électricité intelligent ? Dans un large amphithéâtre, on assiste à la démonstration d’une caméra de précision : en quelques secondes, les visages de centaines de spectateurs, même tout au fond de la salle, apparaissent agrandis, avec tous les détails comme passés à la loupe, sur une paroi ACL (mur d'écrans vidéo). Cette même paroi peut être utilisée comme téléphone, téléviseur, vidéo ou écran d’ordinateur, ou même comme revêtement mural au choix, et le tout est contrôlé en quelques mouvements de la main. Les visiteurs circulent dans une version sophistiquée de chaise roulante électrique, le moyen de transport de l’avenir, peut-être ? Un robot joue une rengaine chinoise sur un violon occidental.  Un film émouvant illustre la collaboration sino-japonaise et, pour finir, on nous offre une sorte de mélange entre le No japonais et l’opéra chinois, exécuté en live par une compagnie chinoise. Le message est clair : vous et nous, ensemble, nous sommes imbattables.    

Le contraste avec les voisins du Vietnam ne peut être plus grand. Ce dernier a construit un hall magnifique en bambou avec, à l’intérieur, le long des parois, une collection sobre d’art classique contemporain. Au centre, se trouve une statue plutôt kitsch de Bouddha au milieu d’une pièce d’eau. Bizarre ! Alors que la Corée du Sud bat des records de visites, la Corée du Nord est très calme. On n’y voit pas grand-chose: ce modeste pavillon aurait pu se trouver dans une expo universelle voici un quart de siècle.    

Le pavillon iranien attire davantage de monde. On peut y voir des machines sophistiquées construites en Iran; l’ensemble laisse toutefois une impression de désuétude et le bazar aux tapis, à l’étage, ne fait rien pour l’améliorer.  

Encore plus troublant est le contraste avec les pavillons des pays plus pauvres surtout, dans les halls communautaires de l’Asie et de l’Afrique: une illustration révélatrice de la façon dont la mondialisation ne mène pas à l’égalité, mais bien à un fossé de plus en plus large sur le plan de la connaissance et de la prospérité.

Neurones et synapses au pavillon belge

Malgré les chamailleries communautaires du départ et le financement malaisé, le pavillon belge mérite le détour.
Imaginez une grande boîte rectangulaire. Une façade principale entièrement en verre permet aux passants d’apercevoir des neurones géants avec leurs synapses. Fabuleux ! Surtout le soir, avec les effets lumineux changeants. Sur l’esplanade en face du pavillon, on peut consommer de la bière, des frites, de la crème glacée ou des gaufres et assister à des spectacles. Cela cadre bien avec le thème « des villes meilleures pour une vie meilleure », et cela vaut aussi pour l’expo présentée à l’intérieur. Sur une douzaine d’écrans, on peut voir des petits films en trois dimensions sur les villes belges : quel beau pays que le nôtre, quand même !

Une section montre nos héros de BD les plus connus avec, comme attraction principale, non pas Tintin, mais une paroi de schtroumpfs devant laquelle chaque Chinois veut être photographié. Dans la partie « high tech », les Chinois tombent des nues face aux applications interactives : un album photos électronique sur la Belgique, qui réagit à la personne qui le « feuillette » ; des images virtuelles grâce auxquelles le visiteur se croirait sur la Grand-Place de Bruxelles, à Waterloo ou à Bruges.

Le pinceau chinois flirte avec les pralines

Certaines formes d’art intégré attirent également le regard : une installation avec des fleurs qui s’agitent sous l’énergie solaire (Alexandre Dang), une fusée de Tintin en cristal (Eric Delvaux), une copie du Manneken Pis avec des photos de reproductions artistiques (Patrick Gerola), quatre peintures sur lesquelles un pinceau chinois flirte avec des pralines belges sur le thème « Qu’est-ce que l’art ? » (Lieve Dejonghe) et une structure en bois qui renvoie aux spirales ADN (Odeaubois).

Le jour de l’ouverture, le président de la Commission européenne, Barroso, était présent. Heureusement, car aucun des ministres belges annoncés n’y était. Le 9 mai, nous avons eu la Journée européenne, où « notre » président Van Rompuy brillait, lui  aussi par son absence. Voilà de quoi marquer des points, question de signaux diplomatiques à l’adresse de la Chine ! Les journées belges de juin coïncident avec les élections. Pas de Leterme ou de Van Quickenborne, donc. On peut tout au plus espérer que le prince Philippe pourra encore venir sauver les meubles.


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