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20 octobre 2011 10:09 | Il y a : 216  jour(s)
| Thème: En direct des entreprises, Hainaut, Chimie/Pétrole

Feluy :: Les travailleurs gagnent malgré la police

L’affaire des réquisitions pour contrer la grève des ouvriers chez INEOS, entreprise chimique dans le zoning de Feluy, a suscité un grand émoi. Mais le Conseil d’État, saisi par un recours des grévistes, y a mis fin. Malgré le recours à la police, la direction a perdu.

Michel Mommerency

La grève concernait le renouvellement de la convention d’entreprise. Avant même que la grève ne commence, pendant les deux jours de mercredi et de jeudi, les travailleurs ont procédé à la vidange des installations et à la mise à l’arrêt complet de l’entreprise, selon une procédure garantissant la sécurité  totale pendant la grève à venir. Comme ils l’ont fait par le passé. 

 

Mais cette fois-ci, la direction émet un refus total de laisser ainsi gérer la sécurité. La direction décide de réquisitionner 46 ouvriers supplémentaires, sur les 105 de l’usine, pour assurer des permanences. Presque la moitié des ouvriers, quatre par pause. Devant respecter leur horaire normal de travail les jours indiqués. On est près d’une occupation normale de production. En plus, la direction invoque la sécurité mais attribue des tâches à des ouvriers qui sont inaptes médicalement pour les faire ou sans formation adéquate.

Visites de la police au domicile des travailleurs

Alors que l’affaire est en négociation, elle adresse sa demande de réquisition au ministère de l’Emploi, Joëlle Milquet (cdH). Dès l’après-midi du jeudi 13 octobre et jusqu’au creux de la nuit, des combis de la police sillonnent les routes du Hainaut, du Brabant wallon, et même jusqu’à Liège. Afin de remettre un « ordre de réquisition » chez 46 ouvriers de INEOS Feluy.  Jouant sur le caractère « Seveso 2 » de l’usine, la décision se base sur la loi du 19 août 1948 sur les prestations d’intérêt public en temps de paix, qui autorise des réquisitions en cas de conflits sociaux dans le secteur des services de santé.

 

Pour les travailleurs, il s’agit d’une scandaleuse attaque contre le droit de grève. Michel Martelez, président FGTB-Centre : « Ce n’est pas au patronat de décréter qui peut faire grève et à quel moment, ce droit n’appartient qu’aux travailleurs ». L’avocate de la FGTB-Centre, Me Petré, introduit un recours en extrême urgence au Conseil d’État. L’affaire est plaidée le 18 octobre devant le Conseil d’État, en présence de travailleurs de l’usine et d’une délégation de la Centrale Générale. 

 

Dans son jugement, le Conseil d’État donne raison aux travailleurs : la réquisition est illégale. La motivation nettement insuffisante et la demande disproportionnée. Les dernières heures de la journée se passent donc dans une ambiance de victoire.

INEOS n’obtempère pas

Mais INEOS refuse de reconnaître l’étendue de la décision du Conseil et poursuit les menaces contre son personnel. Le patron Didier Michel redemande un nouveau rapport afin d'obtenir une nouvelle réquisition. Il entame aussi une procédure en référé pour casser le piquet de grève. Malgré l’intervention d’un huissier de justice et de la police, les travailleurs resteront fermes : « Didier Michel a pensé qu'il pouvait, sous la menace, nous imposer à nouveau sa liste pour la surveillance de l'usine. Nous ne l'avons pas accepté. Les travailleurs du piquet ont fait un geste mais sous leur contrôle en laissant entrer quelques volontaires. ». Un geste fait en échange d’une reprise des négociations. Qui aboutiront dans la nuit à un projet d’accord.

« Nous avons retrouvé notre dignité et notre fierté »

Le 21 octobre, 69 % des travailleurs approuvent le projet. Le résultat représente à peu près le double de ce que les travailleurs avaient rejeté la veille de la grève. Mais au piquet, où dominent les sourires, les travailleurs soulignent des acquis tout aussi importants : « C'est notre première grève depuis celle de 2001, quand toute une équipe avait été licenciée. Elle avait été très dure et laissé pas mal de séquelles dans les rangs des travailleurs. Aujourd'hui nous avons trouvé une nouvelle unité et cette lutte, ces piquets nous ont rendus plus forts ». Grâce notamment à la solidarité exprimée par les visites aux piquets de grève de délégués et travailleurs d’autres entreprises : Afton, INEOS Services de Bruxelles, Durobor, les Carrières de soignies, Arpadis (ancien Sigma) MACTAC, GSK, Laurenty, Cégélec, Dow Corning, TOTAL Petrochemicals et Research, ACS Plastic, Chemviron, Duferco, Carrefour soignies, ...

 

 


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