« Dans la période 1975-1980, la Grèce avait encore une balance commerciale excédentaire de 1,5 % : on exportait plus de marchandises et de services qu’on en importait. Dans les années 1990-2000, cette balance est passée à un déficit de 3 % et, dès l’adhésion à l’euro, les résultats ont empiré jusqu’à une balance commerciale négative de 10 à 13 %. La Grèce allait importer des produits qu’auparavant, elle produisait elle-même.
Avec la crise financière, la dette publique montait brusquement en flèche : de 115 % du PIB en 2007 à 143 % en 2010. Et, par conséquent, dans une réaction en chaîne, les intérêts de cette dette grimpaient très rapidement eux aussi. Et ce sont surtout ces intérêts qui entravent l’économie tel un boulet : il y a dix ans, les Grecs devaient rembourser annuellement 9 milliards d’euros d’intérêts sur les emprunts courants. Aujourd’hui, on en est déjà à plus de 15 milliards.
Avec la crise financière mondiale de 2008, les transports maritimes se sont effondrés. L’affaire a éclaté en octobre 2009, lorsque les deux « papas » de la social-démocratie grecque, le Premier ministre Georges Papandréou et son ministre des Finances Georges Papakonstantinou, révélaient que leurs prédécesseurs avaient systématiquement présenté des chiffres falsifiés, trop roses, des déficits publics grecs. En 2009, le déficit budgétaire se serait élevé à 12,7 % au lieu de 3,7. Les collègues Premiers ministres et ministres des autres pays européens prétendaient que les Grecs avaient à peu près filouté tout le monde en Europe. Didier Reynders, notre ministre des Finances depuis des temps immémoriaux, reconnaissait humblement dans le journal d’affaires français La Tribune : « Dès l’entrée de la Grèce dans la zone euro, en 2001, nous savions que ses statistiques avaient été falsifiées. » (19 juin 2011). The New York Times rapportait que deux grandes banques américaines, la JP Morgan et Goldman Sachs, avaient consacré dix ans durant tout leur savoir-faire pour dissimuler les chiffres corrects de la dette et du budget grecs (13 février 2010). Et qui, à l’époque, était vice-président et managing director de Goldman Sachs International ? Monsieur Mario Draghi. Malgré le tripotage des chiffres grecs – Draghi devait être au courant, c’était sa banque, après tout –, Merkel, Sarkozy et les autres dirigeants européens ont catapulté Draghi à la nouvelle présidence de la Banque centrale européenne. Ce sont vraiment des champions de la double morale ! De la main droite, avec mépris, ils pointent un doigt accusateur sur la falsification des chiffres grecs. Et, de la main gauche, avec beaucoup de tralala, ils confient une fonction européenne des plus stratégiques à un patron de la banque qui a contribué à cette falsification. »
Peter Mertens (en collaboration avec David Pestieau), Comment osent-ils ? L’euro, la crise et le grand hold-up. Bruxelles, Aden. Paraîtra en février-mars 2012. À commander sur www.ptbshop.be.