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7 juin 2010 18:29 | Il y a : 2  an(s)
| Thème: Dossier crise, International, Grèce, Portugal, Roumanie, Espagne, Italie

Europe- Les gouvernements rognent, les peuples grognent :: Tous dans la rue !

Tous les partis politiques, à l’exception du PTB, racontent que, d’ici 2015, ils entendent économiser 22 milliards d’euros sans faire mal à l’électeur. Comment cela se passe-t-il dans les autres pays ?

Tony Busselen

En ce moment, dans les pays de la zone euro, on dénombre 16 millions de chômeurs. En Espagne et dans les États baltes, le taux officiel du chômage cotoie les 20 %. Comment propose-t-on de créer de l’emploi, dans cette crise ? En épargnant sur la sécurité sociale, les indemnités de chômage, les dépenses publiques. La solution revient à rendre les riches encore plus riches sur le dos de la population. « Le paquet de 350 milliards d’euros que l’Union européenne a proposé à la Grèce en échange de restrictions très lourdes n’a pas du tout aidé le peuple grec. C’était au contraire une aide aux banques allemandes et françaises. » Dixit l’ancien patron de la Bundesbank allemande, Karl Otto Pohl, dans Der Spiegel. « Le jour où l’accord sur cette aide a été conclu, les actions des banques françaises ont grimpé de 24 %. Quand on voit cela, on comprend tout de suite de quoi il s’agit : sauver les banques et les Grecs fortunés. »

Économies et résistance croissante en Europe

Espagne. Ce lundi 7 juin, les services publics étaient en grève, en Espagne. Fin mai, le gouvernement socialiste faisait voter en toute hâte au Parlement un plan d’économie grâce auquel il entend économiser 15 milliards d’euros pour 2011. Le plan a été approuvé par une très faible majorité. Il prévoit une diminution de traitement de 5 %, puis un gel du traitement des fonctionnaires. 13.000 emplois doivent également disparaître dans les services publics et les pensions seront, elles aussi gelées. Les trois grands syndicats agitent la menace d’une grève générale. En Espagne, le chômage tourne d’ailleurs déjà autour des 20 %.

Portugal.
Le Portugal est aux prises avec un déficit de l’ordre de 8,3 % du produit intérieur brut. En 2013, il devrait être ramené à 2,8 %. Le gouvernement portugais va donc économiser et, en même temps, chercher 6 milliards d’euros de nouvelles recettes via les impôts.
Concrètement, cela équivaut à :
• de lourdes économies dans l’enseignement, le secteur des soins de santé et l’administration publique ;
• une diminution des revenus émanant de la sécurité sociale (surtout les indemnités de chômage) ;
• une hausse de la TVA et des impôts sur tous les revenus, même les plus bas ;
• le gel des traitements dans les services publics et le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux prenant sa retraite ;
• le relèvement de l’âge de la pension à 65 ans ;
• la poursuite de la privatisation de pans entiers des entreprises publiques comme la poste, les aéroports, les compagnie de gaz et électricité, certaines parties des chemins de fer portugais.

Samedi 29 mai, plus de 300.000 Portugais ont manifesté à Lisbonne contre la politique de démantèlement du gouvernement, composé des sociaux-démocrates et du PSD, de droite.

Les manifestants avaient réagi à l’appel du syndicat CGTP/IN. Une masse immense a exprimé bruyamment son indignation et ses protestations dans les principales artères du centre de la capitale portugaise. Elles pouvaient compter sur la solidarité et le soutien du parti communiste portugais (PCP).

De cette manif, le PCP dit : « L’une des plus grandes de l’histoire du peuple portugais depuis la chute de la dictature en 1974, cette manif a été un signal fort et elle donne confiance en l’avenir. »

Le syndicat prévoit d’autres manifs encore les 17 et 19 juin dans  trois grandes villes du pays : Lisbonne, Porto et Evora.

Grèce. En Grèce, au cours des trois années à venir, le gouvernement socialiste entend économiser 30 milliards d’euros, afin d’atteindre d’ici 2014 un déficit budgétaire de moins de 3 %. Ce montant vient s’ajouter au 4,8 milliards d’économies déjà annoncés pour 2010. Les mesures gouvernementales comprennent des réductions salariales dans les services publics, dans le privé et une réduction des pensions variant de 15 à 25 % par an. En outre, la TVA sera augmentée, tout comme les taxes sur le carburant, les boissons, les cigarettes et les coûts des GSM. De même, les salaires seront gelés durant les trois ans à venir. Il y aura en même temps des mesures qui faciliteront les licenciements, même massifs. Ainsi, les primes de licenciement seront réduites de 75 %. Ceci, alors que le chômage en Grèce est déjà de 9,4 %. Et, enfin, il y a l’attaque contre la sécurité sociale, comme le relèvement de l’âge de la pension, qui pourrait être porté à 70 ans. Entre-temps, les sociaux-démocrates du PASOK, qui dirigent le gouvernement, érode de plus en plus la démocratie. Dès maintenant, toutes les lois et accords passés dans le cadre du « plan de soutien de l’économie grecque », comme il en a été décidé par le gouvernement grec, l’UE et le FMI, ont été signées par le ministre des Finances, sans passer par un vote au Parlement.

Dans l’intervalle, la résistance massive s’est organisée, en Grèce. Les grèves générales et manifestations répétées sont surtout organisées par le PAME, le front syndical très proche du KKE, le Part communiste de Grèce. Le 15 mai, le KKE a mobilisé 150.000 manifestants dans la capitale, Athènes. La semaine dernière encore, le secteur des transports maritimes, l’un des principaux secteurs économiques du pays, était à l’arrêt en raison de la grève des marins.

Roumanie. Depuis 2007, la Roumanie fait partie de l’UE. Il est normalement prévu qu’en 2011, le pays entrera dans la zone euro. Mais rien n’est moins sûr, aujourd’hui, en raison de la crise. Le gouvernement roumain se heurte à des protestations massives contre les économies qu’il entend réaliser pour le compte du FMI et ce, en échange d’un prêt de 20 milliards d’euros. Les traitements des services publics devraient baisser de 25 %, les pensions de 15 et les autres dépenses publiques de 20. Tout cela vient frapper une population déjà fortement touchée. Il n’est pas sûr que le gouvernement puisse faire approuver son plan d’économies au Parlement. Quoi qu’il en soit, la semaine dernière,des centaines de milliers de travailleurs ont participé à la grève de tous les services publics du pays.

Italie. Le gouvernement Berlusconi entend économiser 24 milliards d’euros. Dans les trois ans à venir, 400.000 emplois des services publics vont devoir être liquidés. Pour y arriver, on ne remplacerait plus qu’un fonctionnaire sur cinq prenant sa pension. En sus, le gouvernement italien entend encore liquider 59.000 agents de l’État dans une mesure de rationalisation. Les syndicats ont déjà annoncé une grève générale le 25 juin.



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