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4 janvier 2012 20:09 | Il y a : 140  jour(s)
| Thème: Belgique, Enseignement, Santé, Jeunes

Etudiants de la santé :: Merci de choisir entre la peste ou le choléra

Aurélie Decoene, Présidente de Comac et Sofie Merckx, Médecine pour le peuple

Le Ministre socialiste Jean-Claude Marcourt ne fait décidément pas dans la dentelle. Alors qu’il vient il y a deux mois de supprimer les syllabus gratuits pour les boursiers en master, il tente à présent de limiter l’accès aux études de la santé (médecine, kinés, dentisterie, etc.).
Petit rappel des faits : le numerus clausus voté en 1997 a abouti à une telle pénurie de médecins que l’Académie royale de médecine de Belgique a elle-même qualifiée de « dangereuse pour la santé publique »[1]. Selon l’INAMI, 232 communes en Belgique manquent de médecins généralistes[2] ! Cette situation, qui empire d’année en année, n’est pas différente en kiné. Ce numerus clausus a été voté en 1997 sous la pression des syndicats de médecins. Leur raisonnement est simple : moins il y aura de médecins, plus il y aura de patients par médecin. Qui dit plus de patients dit également plus d’argent !
Bonne nouvelle : de plus en plus d’étudiants se lancent dans les études de la santé (médecine, kinés, etc.), ce qui pourrait mettre un terme à cette pénurie. Cette situation pose des problèmes pratiques dans les facultés de médecine notamment où les infrastructures et l’encadrement ne sont pas adaptés à l’afflux d’étudiants. Mais loin se réjouir le Ministre, celui-ci préfère utiliser le sous-financement de l’enseignement supérieur comme prétexte pour limiter l’accès aux études de la santé, à travers une session de janvier de plus en plus éliminatoire.
Le Ministre veut ainsi individualiser le problème. « Si l’étudiant rate, c’est de sa faute », pourrait dire le Ministre. L’enseignement obligatoire le plus inégalitaire d’Europe ? Cela n’a rien à voir. Le manque d’encadrement dans les universités ? Ce n’est pas lié.
Ceci est d’autant plus grave que le projet de décret va pénaliser des étudiants qui, dans les conditions actuelles, réussissent leur année. Et même en première session, pour une partie d’entre eux.
Il est clair que les premiers lésés de cet examen d’entrée déguisé seront les jeunes issus des milieux populaires. Les enquêtes PISA montrent très bien que les jeunes ne sont pas égaux face à des filtres à l’entrée des études et cela se marque socio-économiquement. Ce genre de test  constitue donc une ségrégation sociale supplémentaire.
De plus, les tests de première année portent principalement sur des matières comme la chimie, la physique, la biologie, etc. Des matières qui font complètement l’impasse sur les qualités psycho-sociales, lesquelles sont  très importantes pour devenir généraliste. Orientation dans laquelle il y a justement pénurie.
Au final, l’étudiant qui rate (et on sait que l’échec n’est socialement pas neutre), aura le choix entre se réorienter, étaler son année ou suivre un programme encore plus sévère, le tout sanctionné par un contrat d’études. Bref, il aura le choix entre la peste et le choléra. On se doute aussi que les professeurs et les doyens feront de grosses pressions sur les étudiants pour qu’ils prennent la voie de la sortie.
Comac, le mouvement de jeunes du PTB, et Médecine pour le Peuple défendent des soins de santé accessibles à tous. Ceci implique des médecins, des kinés, des dentistes et autres en suffisance. Comac et MPLP s’opposent donc à toute forme de sélection qui limite l’accès à ces professions. Vu la situation, la Belgique a besoin de davantage de médecins, pas de moins.
Nous devrions donc nous réjouir de l’afflux d’étudiants en médecine, dentisterie et kiné. Un meilleur encadrement implique notamment l’engagement de personnel académique et scientifique supplémentaire, ainsi que la construction de nouveaux locaux. Comac et MPLP défendent donc un refinancement public de l’enseignement à hauteur de 7% du PIB, dont 2% consacrés à l’enseignement supérieur. Pour ce faire, Comac et MPLP revendiquent l’instauration d’une taxe des millionnaires qui rapporterait 8 milliards d’euros et dont 2 milliards seraient consacrés à l’enseignement.
 
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[1] www.armb.be/avis%20numerus%20clausus.htm
[2] www.levif.be/info/actualite/sciences-et-sante/penurie-de-medecins-generalistes-dans-232-communes-sur-589/article-1195075463082.htm


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