
Jean-Marie Piersotte, ancien permanent national de la CSC secteur énergie. (Photo Solidaire, Martine Raeymaekers)
Du côté des travailleurs et de la population, on est plus inquiet. Jean-Marie Piersotte, ancien permanent national de la CSC secteur énergie, nous livre ses impressions sur la sécurité des centrales belges.
Jean-Marie Piersotte. Les experts disent que c’est impossible que ça arrive en Belgique. Mais seulement est-ce qu’il faut croire les experts ? Il y a des risques, les travailleurs de la centrale nucléaire de Tihange ne sont pas très rassurés quant à ce qui s’est passé. La centrale de Tihange date de 1975. C’est assez similaire au cas du Japon. Quand on entend Monsieur Klees, le patron d’AIB-Vinçotte (organisme de certification en contrôle nucléaire) il n’y a aucun péril en la demeure. Pour les travailleurs, il y a pas mal d’inquiétudes.
Jean-Marie Piersotte. De cette ampleur, non bien sûr. Mais il y a des accidents pratiquement tous les jours. Des accidents mineurs, réglés assez vite. Souvent, ce sont des accidents d’usure de certains nombre de matériaux. La sécurité n’est pas optimale. Les entreprises qui font les révisions viennent pour de plus en plus de travaux. Les travailleurs prennent toute leur vie des risques physiques et corporels très importants au niveau de l’irradiation. Lors de ces réparations dans la zone dite « chaude », donc potentiellement radioactive, il peut y avoir des conséquences. Soit immédiate soit à moyen et long terme.
Jean-Marie Piersotte. J’ai déjà eu ce genre de débat notamment dans une émission de la RTBF juste après les événements du 11 septembre 2001 aux États-Unis. Dans ce débat, Electrabel était présent, des experts de Vinçotte, des associations de consommateurs et des représentants des travailleurs. S’il devait y avoir un attentat du type de 2001 sur le dôme de la centrale nucléaire de Tihange ou de Doel, les experts disaient que rien ne pourrait arriver et que les résistances ont été calculées pour ce genre d’incident. Mais la réalité est que le poste de commande de la centrale de Tihange n’est pas blindé comme l’est le dôme du réacteur. Ça veut dire que si le poste de commande était atteint, il n’y aurait plus de contrôle possible sur la chaine nucléaire. Des incidents majeurs pourraient arriver.
Jean-Marie Piersotte. Dans ce même débat, j’avais mis en évidence que la branche nucléaire d’AIB-Vinçotte Controlatom avait pour principal client Electrabel et qu’on ne peut parler d’indépendance quand on dépend à 90 % d’une entreprise. On fait dire aux experts ce qu’on veut leur faire dire. Ils ne vont pas dire autre chose que ce pour quoi ils ont été payés.