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22 février 2012 11:36 | Il y a : 91  jour(s)
| Thème: International, Espagne

Espagne :: Un million et demi de fois « non ! »

Le gouvernement espagnol a voulu s’en prendre à la législation du travail, entre autres, pour « réduire le coût des licenciements ». Des manifestations de masse se sont déroulées dimanche dans les grandes villes d’Espagne.

Tony Busselen

Avant la grande manifestation du dimanche 19 février, il y avait déjà eu des manifestations contre la réforme de la législation du travail, comme ici à Madrid. (Photo Álvaro Minguito)

L’Espagne connaît un taux de chômage très élevé : 23 %. Chez les jeunes de 16 à 24 ans, il est même de 48,6 %, soit près d’un jeune sur deux.
    Pour y remédier, prétend-il, le gouvernement espagnol a décidé de réformer la législation du travail pour, entre autres, « rendre le coût des licenciements moins cher ». Il va introduire un contrat unique de durée indéterminée qui réduira l’indemnité de licenciement de 45 jours de salaire par année prestée à 33 jours. Cela va devenir plus facile aussi pour les patrons de ne pas respecter les dispositions des conventions collectives de travail. Désormais, les agences d’intérim pourront également fonctionner comme employeurs et les jeunes chômeurs seront obligés d’exécuter des « travaux d’utilité générale ».

Licencier au plus bas prix

Comment peut-on croire qu’on peut créer de l’emploi en rendant les licenciements moins chers ? Et en imputant aux chômeurs mêmes le problème du chômage ? Le Premier ministre Mario Rajoy prétend que « c’est la réforme dont l’Espagne a besoin car, nulle part en Europe, on n’a perdu autant d’emplois qu’en Espagne. Cette réforme nous met sur un pied d’égalité avec les pays européens les plus avancés ». C’est, avec d’autres mots, la rengaine de la « protection de la compétitivité » des entreprises espagnoles, qui subiraient un désavantage concurrentiel parce qu’elles ne peuvent licencier à coûts aussi bas que leurs concurrentes des autres pays européens. Ou parce qu’elles ne peuvent faire aussi facilement appel à de la main-d’œuvre temporaire, etc.

Réforme inutile

Pour la population espagnole, ça ne va absolument pas de soi. Pour preuve, la présence massive durant la journée d’action du dimanche 19 février. Les rues de 60 villes espagnoles étaient rouges des drapeaux syndicaux et vertes de ceux du mouvement contre les mesures de restriction et des Indignés. Poussées vers l’avant par leur base, les deux grandes centrales syndicales espagnoles – l’UGT et les Comisiones Obreras – ont appelé à des manifestations de protestation. Plus d’un million et demi d’Espagnols ont répondu à l’appel : 500 000 à Madrid, 400 000 à Barcelone, 150 000 à Valence, etc. Ils affichaient des slogans comme « Non à l’inefficacité injuste et à la réforme inutile de la législation du travail » et « Non aux mesures de restriction, grève générale ». « Je crains que notre génération n’ait moins de droit que nos aînés et que n’allions vivre moins bien. L’Espagne et l’Europe reculent, avec ce genre de réformes », a expliqué au journal français L’Express, durant la manif, un jeune étudiant en ingénierie.
    Une semaine plus tôt, le Parti communiste d’Espagne (PCE) avait convié le mouvement syndical à s’opposer de toutes ses forces à cette réforme. En même temps, le PCE avait assuré qu’il participerait à la manif lui-même, aux côtés des syndicats, afin de faire supprimer ces mesures. « Ces mesures et d’autres encore appliquées ces derniers mois par le gouvernement de droite, plongent le pays dans une récession avec plus de chômage, plus de pauvreté, et elles font payer aux travailleurs une crise dont ils ne sont pas responsables », a encore dit le PCE.

Sources : L’Express, 19 février, et communiqué de presse du PCE, 14 février.


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