
Une deuxième phase du mouvement des « indignés » est en route : les assemblées populaires de quartier s’organisent et votent des revendications. (Photo flickr, Jordi Ferrer)
Depuis samedi 28 mai, le mouvement a lancé des assemblées de quartiers. À Barcelone, ce sont 24 assemblées qui ont eu lieu, 98 dans l’ensemble de la Catalogne. À Madrid, ce sont plus de 120 assemblées qui ont démarré, avec une participation moyenne de 700 personnes, parfois plus de 1000. Plus de 75 d’entre elles ont déjà leur propre page web. « Il s’agit d’un fait politique impressionnant et porteur d’espoir. C’est de là que viendra la force du mouvement à partir de maintenant », analyse Jefferson, de l’Union des Jeunes communistes.
Ces assemblées organisent des actions au niveau local. Par exemple, dans la commune de Badalona, à Barcelone, l’assemblée de quartier est parvenue à empêcher l’expulsion d’une famille qui ne pouvait plus rembourser son prêt hypothécaire. « Nous avons fixé comme objectif qu’il n’y ait plus aucune expulsion pendant les trois prochains mois, se réjouit Antoni. Nous avons également occupé un centre de santé que le gouvernement a fermé faute de budget. »
La convergence du combat des indignés avec les luttes du monde du travail est une préoccupation majeure de toutes les organisations communistes qui participent au mouvement. Tous les regards se tournent vers la date du 19 juin, choisie comme journée de lutte commune par toutes les assemblées. À Madrid, des cortèges partiront pour se rassembler devant le Congrès. À Barcelone, les syndicats se joindront à la manifestation sous le mot d’ordre « Contre l’Europe du capital ». Jefferson « espère qu’il s’agira d’une mobilisation massive et historique, dans le même esprit que la mobilisation du 15 mai, mais avec des objectifs mieux définis ».
Alors que le mouvement fait l’objet de nombreuses critiques – depuis l’Espagne jusqu’à la Belgique – parce qu’il serait « contre la politique », il est impressionnant de constater les pas en avant qui ont été réalisés depuis les slogans « contre la classe politique » des débuts. Dans les assemblées, on vote des revendications très politiques comme la suppression des privilèges de la classe politique, le droit au logement, la nécessité de la qualité des services publics, la réduction des dépenses militaires et bien d’autres encore. Pour lutter contre le chômage, ils proposent : « Pension à 65 ans et aucune augmentation de l’âge de départ à la retraite tant qu’il y aura des jeunes sans emploi », « Interdiction de licenciement collectif aux entreprises qui font des bénéfices ». Les « indignés » veulent aussi contrôler le secteur bancaire : « Imposition des banques de manière proportionnelle à leur responsabilité dans la crise économique », « Nationalisation des banques sauvées pendant la crise pour créer une banque publique ».
Antoni des Jeunes communistes de Catalogne explique que « la plupart des revendications sont intimement liées à celles des différents mouvements sociaux qui existent ici. Et 80 à 90 % des revendications choisies à Madrid et Barcelone se retrouvent dans notre programme depuis belle lurette ».
Ces nombreuses listes de revendications qui circulent sur internet sont un signe de la richesse des débats politiques en cours, mais ça peut paraître difficile à coordonner. Les indignés ont donc cherché à se mettre d’accord sur une base minimale commune à toutes les assemblées du pays pour renforcer la cohérence du mouvement. Les porte-paroles de 56 localités du pays se sont ainsi rassemblés les 3, 4 et 5 juin pour échanger points de vue et expériences1. Certaines revendications sont ressorties comme faisant l’unanimité. Par exemple : la création de mécanismes de démocratie participative, la suppression des privilèges de la classe politique, le contrôle des organismes bancaires.
Certains regrettent de ne pas (encore ?) y voir mention de la défense des services publics, la nationalisation des banques ou la mise en place d’une fiscalité plus progressive. De son côté, Antoni souligne : « Ce sont des revendications qui n’ont pas comme point de départ un dépassement avec le capitalisme. Par contre, elles sont en rupture avec la démarche défensive qui est celle de la gauche au pouvoir actuellement et c’est dans ce cadre que je les soutiens. »
1. Voir le site de l’occupation de la Puerta del Sol à Madrid, www.madrid.tomalaplaza.net