
Le mouvement étudiant mène campagne depuis des années pour favoriser l’accès le plus large possible à l’enseignement supérieur. Mais les recteurs d’université ne le voient pas de cet œil. (Photo univ-toulouse.fr)
Depuis de nombreuses années, le débat est vif autour de la question du financement de l’enseignement supérieur, suite à un constat quasiment unanime du sous-financement public de l’enseignement.
La Fédération des étudiants francophones mène campagne de longue date sur cette question, et a obtenu un décret du ministre Marcourt en juillet 2010, même s’il a déjà reculé sur une partie des mesures en octobre dernier, rendant gratuits le droit d’inscription et les supports de cours pour les étudiants boursiers.
Mais les recteurs d’université ne sont pas de cet avis. Il y a quelques mois, en période de rentrée académique, les recteurs du nord du pays se sont positionnés pour l’augmentation des droits d’inscription pour les étudiants et l’instauration d’un examen d’entrée. André Oosterlinck, président de l’association de la KULeuven, et ancien recteur, a par exemple défendu qu’il fallait doubler le minerval pour une grande partie des étudiants (De Standaard, 25/08/2011).
Et les recteurs francophones s’y mettent à leur tour. Le président du Conseil des recteurs d’expression francophone (CReF), Didier Viviers (ULB), a commandé une étude à un groupe d’experts de l’Académie concernant le mode de financement de l’enseignement dans d’autres pays européens que la Belgique afin d’en tirer les conclusions pour la Belgique.
Arrêtons nous en premier lieu sur la composition de ce groupe d’experts. Ses membres sont tout d’abord une série d’anciens recteurs : Marcel Crochet (UCL), Pierre de Maret (ULB), André Jaumotte (ULB), Françoise Thys-Clément (ULB), Philippe Dubois (vice-recteur à la recherche à l’UMons), Monique Mund-Dopchie (ancienne doyenne de la Faculté de philosophie et lettres de l’UCL), Marie-José Simoen (ancienne secrétaire générale du Fonds national de la recherche scientifique) et encore une série d’autres professeurs. D’autres membres ne sont ni plus ni moins que des responsables administratifs des autorités des différentes universités concernées. Last but not least, on compte aussi l’ancien chef cabinet d’Hervé Hasquin, lui-même ancien président du conseil d’administration et recteur de l’ULB et actuel secrétaire perpétuel de l’Académie royale (depuis 2008, après avoir quitté le poste d’administrateur délégué du centre d’études du MR en 2007). Si l’UCL et l’ULB sont largement représentés parmi les commanditaires de cette étude, le Recteur de l’ULG a lui aussi reconnu que l’étude « constitue une base de discussion très intéressante dans le contexte des réformes à entamer dans l’enseignement supérieur. »
Le rapport rédigé par ce groupe d’experts en arrive aux quelques conclusions suivantes. Tout d’abord, il faut rationaliser l’offre d’enseignement, par la « suppression ou suspension de certaines formations où l’effectif est insuffisant ». L’étude conclut également que « la politique d’accès universel à l’enseignement supérieur, généreuse dans son intention, montre clairement ses limites. » et qu’il faut éviter « le gâchis humain et financier lié à un trop haut taux d’échec. »
Enfin, « la contribution des étudiants et de leur famille au coût réel de leur formation doit être repensée et faire l’objet d’un vaste débat sans tabou. Ce débat doit être guidé par une exigence de justice sociale et de refinancement des universités. »
Comprenez : l’enseignement supérieur ne doit pas être accessible à tous et nous proposons d’augmenter le coût des études pour effectuer une sélection.
Plutôt que d’oser prendre publiquement position, les recteurs font appel… aux recteurs pour limiter l’accès à l’enseignement supérieur, en se basant sur une étude dite scientifique. Alors qu’un tout autre type d’étude scientifique pourrait plutôt étudier les diverses pistes de budget public pour refinancer l’enseignement en rendant l’accès gratuit aux études supérieures pour tous les jeunes.
Retrouvez l’étude complète de l’Académie royale de Belgique sur www.cref.be (« Communications »).