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5 février 2008 18:31 | Il y a : 4  an(s)
| Thème: International, Finlande, Enseignement, Solidaire

Enseignement en Finlande :: Une piste à suivre

La Belgique fait partie des plus mauvais élèves en matière d'inégalités dans l'enseignement. La Finlande, quant à elle, est au top. Pourquoi ?

Houri Benhadi

« Il y a eu une réforme dans les années septante, une loi a été votée. Elle permet à tous les enfants de tous les milieux et de toutes les régions d’avoir le même droit aux études en rendant obligatoire la formation scolaire jusqu’à l’âge de 16 ans. » (Photo Solidaire, Martine Raeymackers)

En Finlande, la scolarité est entièrement gratuite

Afin de comparer l’efficacité des systèmes éducatifs des différents pays membres (trente en tout), l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) organise les tests PISA. Les tests évaluent les connaissances en langue maternelle, maths et sciences d’un groupe représentatif d’élèves de 15 ans. C’est la Finlande qui bat tous les records. Comment cela se fait-il ? Rencontre avec Claude Antilla, qui s'occupe entre autres, de la formation des enseignants et ancienne détachée au Ministère de la direction nationale des enseignants.

Comment expliquez-vous le fait que la Finlande ait réussi à avoir un niveau d’inégalités tellement faible dans l’enseignement (vous êtes 1er) alors que la Belgique est 29e sur 30 ?

Claude Antilla. Il y a eu une réforme dans les années septante, une loi a été votée. Elle permet à tous les enfants de tous les milieux et de toutes les régions d’avoir le même droit aux études en rendant obligatoire la formation scolaire jusqu’à l’âge de 16 ans. Jusqu’à cet âge-là, les enfants suivent un tronc commun sans filière et sans redoublement.

Les écoles privées ont également été supprimées. Maintenant, toutes les écoles dépendent toutes des communes sauf trois qui dépendent de l’état.

Comment le gouvernement finlandais en est-il arrivé à faire tous ces changements ?

Claude Antilla. Dans les années septante, il y avait un fort taux de chômage et les jeunes étaient peu qualifiés pour l’emploi. On a donc abandonné le système sélectif dans les écoles et l’on a mis en place le système de tronc commun.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce « tronc commun » ?

Claude Antilla. Le tronc commun correspond à l’école primaire plus le collège (11-16 ans). Il comporte beaucoup de matières, les enfants reçoivent une formation générale (math, langue, littérature,…), manuelle, artistique et sportive. Toutes les matières sont obligatoires.

Après le tronc commun, l’enfant à trois options : aller au lycée, suivre une formation professionnelle ou arrêter l’école. Si l’enfant choisit une des deux premières options (lycée ou formation professionnelle), il pourra ensuite soit aller à l’université soit aller dans une école supérieure professionnelle. Que l’enfant soit au lycée ou en formation professionnelle, il garde donc la liberté de choisir où il désire s’orienter plus tard sans être freiner ?

Qu’en est-il des frais scolaires pour les parents ? Car en Belgique, c’est une des raisons pour lesquelles il y a tellement d’inégalités.

Claude Antilla. Pour que cela fonctionne, il faut que la scolarité soit entièrement gratuite. En Finlande, tout ce qui est fourniture, manuels, cantine (repas chaud), ramassage scolaire, même les excursions sont entièrement gratuits.

Votre système mélange des élèves de différents niveaux. Vous n’avez pas peur d’un nivellement vers le bas ?

Claude Antilla. Non car nous avons mis en place d’autres mécanismes pour s’assurer que tout le monde sorte avec le même niveau.

Tout d’abord, on donne des objectifs à atteindre à la fin de l’année aux professeurs. Ces objectifs diffèrent selon le niveau des classes. Par ailleurs, la formation des enseignants a été renforcée. L’enseignant doit avoir une maîtrise de cinq années, plus une années de stage en pédagogie

À cela s’ajoute la façon dont on s’occupe des élèves qui ont des difficultés. Si ce n’est pas trop grave, le professeur peut garder l’élève après le cours pour lui ré-expliquer ce qu’il n’a pas compris. Si c’est beaucoup plus grave, on fait une réunion des professeurs spécialisés, des infirmières… Après leur « diagnostic », un professeur spécialisé peut venir en classe à côté de l’élève pour lui expliquer ou l’enfant peut être séparé de son groupe et être intégré dans des petits groupes où l’enseignant spécialisé pourra ré-expliquer la matière de manière différente. Une fois le problème résolu l’enfant peut réintégrer sa classe.

Vous disiez plus haut qu’il n’y a pas de redoublement possible pendant le tronc commun. Il n’y a donc pas d’échec scolaire? Comment faites-vous ?

Claude Antilla. L’échec scolaire n’existe en effet quasi plus. On s’efforce de le réduire au minimum notamment en interdisant l’abandon scolaire avant l’âge de 16ans.

De plus, la manière d’évaluer un enfant est individuelle. On l’évalue selon ce qu’il sait faire. On évalue tout le temps, mais uniquement sur les objectifs fixés pour chacun des enfants. Si l’objectif est atteint et bien il aura une bonne note. L’évaluation est généralement positive, on tient en compte ses points forts pour que l’enfant ait envie d’apprendre à apprendre.

Les petits groupes pour les enfants en difficultés, l’évaluation personnelle. Cela demande des moyens. Cela ne coûte-t-il pas cher à l’ État ?

Claude Antilla. Vu qu’il n’y a plus de filières, que le corps des inspecteurs est supprimé, que le redoublement qui coûtait cher à l’État n’existe plus et que les compétences des professeurs sont élargies (le professeur est surveillant, secrétaire,…) ; ces dépenses qui n’existent plus ont été utilisées pour aider ceux qui en avaient besoin.

Tout cela fait que ce fonctionnement ne coûte pas plus cher à l’état qu’auparavant. Il me semble qu’il revient à 5,4 % du PIB en Finlande et il est un tout petit peu moins élevé en Belgique avec environs 4,9% du PIB.

Votre pays est également 1er par rapport au niveau moyen des élèves. Avez-vous dû augmenter leur travail pour arriver à ce niveau ?

Claude Antilla. Non, au contraire, les journées sont plus courtes. Les jeunes Finlandais sont ceux qui ont les journées de cours les plus courtes et ceux qui travaillent le moins. Une heure de cours correspond à 45 minutes.

Le temps passé à l’école varie de 19 h à 30 h par semaine en fonction des années. Ainsi, pour les plus jeunes, les cours commencent à 8 h et se terminent à 13 h. Pour les autres, c’est jusque 14 h. Cela permet à l’enfant d’avoir plus de temps libre pour respirer et vivre.

Comparaison Finlande versus Belgique

 

 

Finlande

 

Belgique

 

Flandre

 

Communauté Française

Niveau moyen

 

1e

 

9e

 

3e

 

23e

Equité

 

1e

 

29e

 

25e

 

30e

Redoublement/an

 

0 %

 

 

 

44 %

Quittent l’école sans diplôme

 

0,3 %

 

 

 

34 %

Pour plus d’infos : Nico Hirtt, L’école de l’inégalité, éd.Labor, Coll. Espaces de Libertés, Bruxelles, 2004, www.ecoledemocratique.org, www.echecscolaire.be

Hebdomadaire du Parti de Travail de Belgique | bd M. Lemonnier 171, 1000 Bruxelles | 38e annee n° 5 (1688) du 6 février 2008

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