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13 octobre 2008 18:23 | Il y a : 4  an(s)
| Thème: Dossier énergie, Belgique

Energie :: Des prix maximaux en attendant un meilleur fonctionnement du marché

Le ministre du Climat et de l’Énergie Paul Magnette (PS) entend imposer des prix maximaux aux producteurs d’électricité. Une bonne idée ?

TOM DE MEESTER*

La concurrence ne produit pas les effets souhaités, estime le ministre, et l’État doit donc réguler les prix de gros pratiqués par les producteurs d’électricité « pour une période de trois ans en attendant une concurrence plus étendue et un meilleur fonctionnement du libre marché ».
    Le ministre Magnette a mille fois raison s’il veut avoir prise sur les prix bien trop élevés sur le marché de gros et s’il veut également s’en prendre à la « rente nucléaire » qu’Electrabel touche sur ses centrales depuis longtemps amorties. Ce qui va inévitablement l’amener à devoir toucher aux fondements du libre marché. Car les prix élevés de l’énergie ne sont pas provoqués par un « mauvais fonctionnement » du marché libéralisé de l’énergie, mais par la libéralisation elle-même. Dès lors, des prix maximaux « temporaires » ne peuvent amener de solution durable.

Depuis la libéralisation, le prix est fixé à la Bourse

Avant la libéralisation, le prix de l’électricité était fixé par la Commission publique de contrôle. Depuis la libéralisation, le prix est déterminé sur le marché et, notamment, à la Bourse de l’électricité. En Belgique, il s’agit du Belpex, une Bourse du commerce en gros où les fournisseurs achètent l’électricité chez les producteurs. Le problème fondamental, c’est que le mécanisme de l’offre et de la demande sur le libre marché de l’énergie rend les prix de l’électricité plus élevés et non le contraire.
    Primo, le prix aux Bourses de l’électricité n’est plus calculé – comme par le passé – sur base des coûts réels de production, mais bien sur base des coûts marginaux. C’est-à-dire : en fonction du prix des dernières centrales mises en service pour pouvoir répondre au besoin en électricité du moment. En Belgique, il s’agit presque toujours de centrales au gaz naturel. Et c’est ici que ça se corse. Car Electrabel produit le gros de son électricité non pas avec ces onéreuses centrales au gaz, mais avec des centrales au charbon ou nucléaires, amorties depuis longtemps. Cette électricité à prix très bas est vendue sur le marché de gros aux prix officiels du marché. Le 10 octobre, l’électricité a été vendue sur le Belpex à 125 euros le mégawattheure, alors que le coût réel de production dans les centrales nucléaires ne dépasse pas 25 euros. Ce mécanisme de marché procure à Electrabel un bénéfice indu (windfall profit) estimé à 1 milliard d’euros par an.
    Secundo, en Belgique, le prix de l’électricité est pieds et poings lié à celui des pays voisins.
    Tertio, assez cyniquement, le commerce de l’énergie devient de plus en plus le terrain de jeu idéal pour le capital à risque qui, depuis la crise du crédit, est en quête d’investissements sûrs. Les hedge funds (fonds d’investissements à risques) et les fonds de pension spéculent sur les prix en hausse de l’énergie et investissent des dizaines de milliards d’euros en contrats d’électricité afin de pouvoir les revendre avec un bénéfice. Cette spéculation fait grimper les prix et les rend très instables. La Bourse belge de l’électricité n’est pas à l’abri. Outre Electrabel et SPE, la Deutsche Bank, la Barclays Capital et la Morgan Stanley sont actives elles aussi sur le Belpex.

* spécialiste du PTB pour l’énergie et responsable de la campagne de pétition www.6pourcent.be


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