Le premier janvier, la Hongrie a succédé à la Belgique à la présidence de l’Union européenne. Depuis ce jour-là, une nouvelle loi controversée sur les médias est également d’application dans ce pays d’Europe de l’Est. Un « Conseil Média » contrôle ce qui peut être publié. Les individus et les groupes ne peuvent être attaqués. Les journalistes peuvent être contraints de divulguer leurs sources. Certaines publications peuvent être interdites ou subir des modifications. Et si ces décisions ne sont pas respectées, des amendes pouvant atteindre 700 000 euros sont infligées.
D’après Gyula Thurmer, président du Parti communiste des travailleurs hongrois, cela fait des années qu’il n’y a plus de liberté de presse en Hongrie. « Les communistes et les critiques ne peuvent plus s’en prendre au gouvernement et au capitalisme depuis vingt ans. Ils sont évincés de la vie publique. »
Qu’y a-t-il de neuf dans cette loi sur les médias ?
Gyula Thurmer. Depuis les élections d’avril 2010, le parti de droite Fidesz du premier ministre Viktor Orban dispose d’une majorité des deux tiers au parlement. Le Conseil Media existait déjà auparavant mais était composé de représentants des différentes fractions. Actuellement, les cinq sièges sont occupés par les conservateurs du Fidesz au pouvoir.
Comment réagit l’opinion publique à cette nouvelle loi ?
Gyula Thurmer. Avec très peu d’intérêt. La population a d’autres problèmes : le prix de la nourriture a augmenté, le taux de chômage est énorme… Les conservateurs se sont engagés avant les élections à créer un million d’emplois. Nous n’en avons pas vu la couleur. Ils ont privilégié les grands groupes automobiles mais n’ont rien fait pour l’agriculture et pour les petites entreprises hongroises. À cause de la nouvelle loi concernant l’impôt sur le revenu, les riches comme les pauvres paient une taxe de 16 % sur leurs revenus. Ce qui est énorme pour ceux qui perçoivent un salaire minimum. L’âge de la pension est passé de 60 (55 pour les femmes) à 62 ans pour tout le monde. Le gouvernement renforce le grand capital et surtout le capital étranger. Pour acheter une maison, on peut maintenant contracter un crédit dans une monnaie étrangère, en francs suisses par exemple. Les banques engrangent de grands profits grâce au taux de change. Il peut arriver que, soudainement, vous deviez rembourser 13 millions de forints hongrois au lieu de 10 millions.
Quelle est la situation des Roms en Hongrie ?
Gyula Thurmer. La Hongrie compte 10 millions d’habitants dont 800 000 Roms. Pendant la période socialiste, tout le monde avait du travail et devait travailler. Actuellement, ils sont sans emploi et doivent vivre des allocations. Le capitalisme dresse ceux qui ont du travail, et leur misérable salaire, contre les chômeurs.
À la demande, entre autres, de la Hongrie, quelques résolutions anticommunistes ont déjà été approuvées au sein du Parlement européen.
Gyula Thurmer. Effectivement. Il existe une loi qui sanctionne le fait de « nier ou de minimaliser les crimes du nazisme et du communisme », mis sur un même pied d’égalité. On veut effacer le socialisme de la mémoire collective. Mais les gens ne sont pas prêts à l’oublier et ils voient actuellement que le capitalisme ne résout rien. L’opposition existe à petite échelle, par le biais de manifestations ou de grèves de quelques heures. Que les communistes prennent en main la lutte populaire, ce n’est pas de très bon augure pour les capitalistes. Voilà pourquoi ils veulent liquider le mouvement des travailleurs et les communistes.
Trente-huit partis ouvriers et communistes (parmi lesquels figure le PTB, ndlr) y ont déjà répondu par le biais d’une déclaration commune. Il faut agir maintenant.