
La « méthode » Di Rupo ministre de l'Éducation : passer outre les syndicats. Et peu importe si les enseignants manifestaient en masse. (Photo Belga, Sylvain Piraux)
Le livre Elio Di Rupo, Une vie, une vision (Ed. Racine, 2011) est sorti juste avant Noël. Intéressant à plus d’un titre. Notamment pour connaître le parcours personnel de Di Rupo. Saluons aussi quelques formules fortes. Par exemple, quand il évoque les airs de supériorité de Didier Reynders en faisant référence au « Roi-Soleil ». Mais le livre prend tout son intérêt quand Elio fait le bilan de ses trois postes ministériels précédents.
Son premier portefeuille ministériel a été l’enseignement francophone. De son propre aveu, « cela a été l’enfer ». Il y affronte en effet les syndicats, mécontents de ses réformes. « Le contact et le dialogue étaient quasiment impossibles », relate-t-il , avant d’illustrer un incident survenu à Liège, où des militants de la CGSP l’ont fermement empêché de prononcer un discours. Elio explique d’ailleurs sa vision de la concertation sociale : « Je négociais très longuement, et quand ils n'étaient pas d'accord, je passais outre. » Passer outre les syndicats devient sa méthode : « Je m'adressais directement (aux enseignants), sans passer par les syndicats – j'envoyais des courriers individualisés à chaque enseignant pour ne pas laisser la communication et l'information passer par le seul filtre des leaders syndicaux. » Bilan de cette première responsabilité : « C’était très dur mais j’ai pris un plaisir fou. »
Ses rapports avec les syndicats ne s’améliorent pas lorsqu’il passe au fédéral, au ministère des Entreprises publiques. C’est Jean-Luc Dehaene qui se charge de présenter sa manière de travailler : « Dans certains dossiers – les privatisations par exemple –, il était d'une prudence extrême, sachant qu'il avait la FGTB dans les pattes. Il avait déjà à l'époque un très grand sens de la présentation et de la perception : il enrobait les choses de telle sorte qu'elles puissent passer. Ce fut le cas pour les “consolidations stratégiques”. »
Ce concept qui revient à faire entrer le privé dans une entreprise publique tout en gardant une majorité des parts, Elio va l’appliquer à Belgacom. Au plus grand bonheur des entreprises américaines qui cherchaient à investir dans l’entreprise de télécommunication : « Ameritec (l’actionnaire privé, NdlR) s'est vite rendu compte que la majorité publique était dormante et non interférente, conformément à la loi. Je n'interférais en rien, je répondais aux questions des parlementaires. Les Américains étaient ravis de travailler de la sorte. » On les comprend.
Autre entreprise publique privatisée sous l’actuel Premier, la Sabena. Les administrateurs suisses ont aussi apprécié la « non-interférence » des pouvoirs publics, avec les conséquences que l'on connait (faillite). Mais Elio se justifie : « Les administrateurs n'ont comme information que celle qu'on veut bien leur donner. »
Il précise sa vision du redressement de la Wallonie : « Je dis parfois, à moitié par boutade, que, s'il ne tenait qu'a moi, il faudrait établir des zonings a peu près tout le long de la E42 ! » A propos du Contrat d'avenir pour la Wallonie (précurseur des Plans Marshall), le Premier explique : « J'étais déjà convaincu à l'époque – et je le suis aujourd'hui plus que jamais – qu'il y a une seule chose dont un gouvernement doit se préoccuper : l’économie, l'économie, l'économie… Il faut avoir comme priorité de faire venir des entreprises, de créer de l'emploi, de créer de la richesse, d'oser, à travers champs – aux sens propre et figuré –, installer des entreprises. » Il défend à cette fin tous les cadeaux fiscaux et sociaux d'incitations aux entreprises…
Les passages sélectionnés constituent un bel avertissement quant à la manière dont Elio Di Rupo va gérer sa tâche de Premier ministre. D’autant qu’il n’hésite pas à défendre l’austérité la plus dure : « Ce qui me scandalise, en Grèce, ce sont les attitudes hypocrites de certains face au courage politique des socialistes du PASOK » Le PASOK, courageux et socialiste ? On parle bien du parti qui a mis la Grèce sous la coupe du FMI ? Le même qui a provoqué le plus grand mouvement populaire de protestation depuis la fin de la dictature ? Qui a mis en place des mesures d'austérité inouïes ? Qui s’est allié aux fascistes pour poursuivre son programme d’austérité ? Ça promet…