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6 décembre 2011 17:32 | Il y a : 169  jour(s)
| Thème: International, Congo

Élections au Congo :: Un tournant dans quelle direction ?

Les chiffres complets du dépouillement électoral au Congo ne sont pas encore connus. Mais nous pouvons toutefois déjà faire quatre remarques.

Tony Busselen

Les Congolais attendent patiemment devant un bureau de vote à Lubumbashi. De retour du Congo, la députée CD&V Els Schelfhout déclare : « Pour la seconde fois, et cette fois sur ses propres forces, le Congo organisait des élections démocratiques. Ici, entre-temps, nous en sommes à quelque 165 élections. Un peu de modestie ne nous ferait pas de tort ! » (Photo AFP, Phil Moore)

1. « Chapeau » au peuple congolais 

Depuis le début des préparatifs de ces élections, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) était sous pression occidentale afin de les reporter. Jusqu’à une semaine avant les élections, des diplomates occidentaux anonymes déclaraient dans la presse européenne : « La possibilité de voir le matériel arriver à temps dans les 64 000 bureaux de vote est nulle. » Mais, le 28 novembre, plus d’un demi-million d’observateurs et de témoins nationaux et internationaux contrôlaient la venue aux urnes de millions de Congolais dans quelque 63 400 bureaux de vote. Il y a eu en effet des problèmes, mais les différentes équipes d’observation, tant européennes qu’africaines, ont été agréablement surprises par l’engagement des milliers et des milliers de collaborateurs de la CENI et de la patience et de la discipline qui ont été celles des millions de Congolais se rendant aux urnes. 

Nous citons ici l’un de ces observateurs, la députée CD&V Els Schelfhout, qui, de retour du Congo, écrivait ce qui suit sur sa page Facebook : « En dépit de toutes les informations négatives, je dis “chapeau” aux dizaines de milliers de Congolais qui, dans des conditions très difficiles (pas d’électricité, des bureaux de vote minuscules et minables, souvent rien à boire ou à manger), ont fait en sorte, avec beaucoup de sérieux ,que le scrutin se soit bien déroulé. Il y a bien eu quelques anicroches (et, bien sûr, ces morts très déplorables à Kinshasa et à Lubumbashi) mais, sur les 63 400 bureaux de vote, 63 000 étaient ouverts, soit 99,2 %... Pour la deuxième fois – et cette fois en comptant sur ses propres forces –, le Congo organisait des élections démocratiques. Entre-temps, ici, nous en sommes à quelque 165 élections. Un peu de modestie ne nous ferait pas de tort ! »

2. Un processus rendu malaisé par une campagne de calomnie contre la commission électorale

Dans tout le pays, les jours qui ont précédé les élections, des centaines de milliers de Congolais ont reçu par SMS un message leur disant que les stylos qui seraient mis à leur disposition dans les bureaux de vote par la commission électorale seraient remplis d’encre qui, au bout de vingt minutes, s’effacerait d’elle-même. De sorte que, par la suite, leur bulletin de vote serait à nouveau rempli par quelqu’un d’autre afin de falsifier leur vote. Des observateurs nous ont rapporté que de nombreux électeurs en effet avaient amené leur propre stylo au bureau de vote et avaient refusé de toucher celui qui leur était proposé. 

D’autres infos ont prétendu que 3 millions de bulletins de vote remplis à l’avance en faveur de Kabila seraient envoyés depuis Johannesburg au Congo. Ces bulletins de vote déjà remplis devraient alors remplacer les votes émis en faveur de candidats de l’opposition. Le journal Le Phare (pro-UDPS, parti du candidat Tshisekedi) a repris l’information sans la moindre preuve.

De la sorte, les électeurs ont été rendus si méfiants à l’égard de la CENI que, dans un petit nombre de districts, ils se sont révoltés à la moindre occasion. Quelques bureaux de vote ont été incendiés. A Kinshasa, une camionnette qui apportait des bulletins de vote a été attaquée et les bulletins de vote ont été dérobés. Plus grave encore : l’attaque à main armée d’un camion transportant des bulletins de vote au Katanga. Dans cette province, le scrutin s’en est trouvé fortement ralenti. 

Dans les jours qui ont suivi les élections, toutes sortes de rumeurs ont prétendu que Tshisekedi avait remporté la victoire. A ce propos, Ivan Godefroid, collaborateur de l’ONG Îles de paix, a signalé un SMS allant dans ce sens, signé par « le Vatican ». Sur YouTube circulait une vidéo dans laquelle un porte-parole du « bureau national de dépouillement de l’UDPS qui collaborait avec la Monusco (Mission de l’ONU au Congo, NdlR) » (sic) avait conclu que Tshisekedi l’avait emporté sur Kabila par 69 % contre 18. Et même quelques journalistes étrangers ont déjà annoncé le jour même des élections que Tshisekedi avait gagné. La cerise sur le gâteau a été le piratage du site Internet de la CENI, le vendredi 2 décembre. Après quoi est venue une info signée par le responsable de la CENI et annonçant officiellement la victoire de Tshisekedi. Le lendemain, quand la CENI a entamé la présentation de l’état du dépouillement à la TV, il est apparu durant quatre jours d’affilée que Kabila avait chaque fois un avantage de 10 à 15 % sur Tshisekedi. Lundi 5 décembre, des bagarres éclataient à Bruxelles et à Paris. En ce moment (mardi 6 décembre), tout le monde retient son souffle en raison de la violence qui pourrait éclater à Kinshasa si Tshisekedi se proclamait unilatéralement président.

3. Le message du peuple congolais : « Nous voulons aller de l’avant ! »

En ce moment, où 67 % des bulletins ont été comptés, Kabila obtient 46,42 % et Tshisekedi 36,23 %. Une fois le décompte terminé, ce résultat provisoire sera présenté à la Haute Cour de justice congolaise qui statuera sur toutes les plaintes. Ensuite, le 18 décembre, normalement, cette même Haute Cour fera connaître le résultat définitif. Le nouveau président prêtera serment avant Noël. Ce qui surprend, c’est que l’électeur congolais a concentré ses voix sur deux des onze candidats. 

Les électeurs qui ont opté pour Kabila étaient manifestement convaincus qu’après dix ans il y avait eu progrès, même si les choses sont extrêmement lentes et qu’on est encore confrontés à de graves problèmes comme la corruption et des foyers de violence qui couvent toujours. Pendant la campagne électorale, Tshisekedi n’a présenté aucun programme, mais s’est avant tout profilé comme le candidat anti-Kabila. 

Les électeurs qui ont choisi Tshisekedi lui ont assuré un avantage dans cinq des onze provinces. Ils sont mécontents parce qu’ils ne voient pas de changement direct dans leur vie quotidienne. Leur voix n’était pas tant une voix pour Tshisekedi, mais plutôt une voix contre l’actuel cours des choses. Toute la mobilisation de l’écrasante majorité des Congolais autour des élections était donc en premier lieu un appel en faveur du progrès. Ce progrès du Congo sera toutefois l’œuvre des Congolais eux-mêmes.

4. Suivre le scénario du chaos ou une position constructive ?

De nombreux observateurs, diplomates, journalistes et membres d’ONG en Occident et qui suivent le Congo de près vivent dans le doute. D’une part, ils sont heurtés par le fanatisme et la démagogie de Tshisekedi. D’autre part, beaucoup sont positifs envers l’opposition et ils reprennent très facilement les rumeurs semées par l’UDPS. Va-t-on tomber dans le panneau de l’UDPS qui, en provoquant le chaos, espère manifestement l’une ou l’autre forme d’intervention étrangère ? Ou va-t-on au cours des prochaines semaines adopter une position plus modeste et constructive et insister sur le respect du résultat définitif des élections ?  



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