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8 février 2012 10:46 | Il y a : 105  jour(s)
| Thème: International, Égypte, Dossier Egypt, Sport

Égypte :: Les supporters agressés avaient soutenu les protestations de la place Tahrir

Mercredi 1er février, 74 supporters du club de football cairote Al-Ahly ont été tués dans le stade de Port Saïd. Plusieurs éléments indiquent qu’il s’agit d’un massacre organisé, voire orchestré, par l’armée et le Haut Conseil militaire qui dirige le pays.

Imelda Haesendonck

Ce qui semblait de prime abord être un affrontement « ordinaire » entre supporters apparaît de plus en plus comme une attaque orchestrée contre un groupe de supporters qui a activement pris la défense des protestations de la place Tahrir. (Photo Belga - Icon Sport)

Les premiers affrontements ont débuté à la fin du match opposant le club local Al-Masry au club Al-Ahly du Caire. Les images télévisées montrent des supporters du club Al-Masry, armés de bâtons et de pierres, envahir le terrain et agresser les joueurs d’Al-Ahly. Les supporters visiteurs envahissent à leur tour la pelouse pour protéger les joueurs et se réfugier avec eux dans les vestiaires. Un grand nombre d’entre eux sont piétinés. Le massacre se poursuit ailleurs dans le stade, faisant de nombreux morts. Certains ont été jeté du haut des tribunes et n'ont pas survécu à la chute. 

Bilan : 74 morts et des dizaines de blessés. Les partisans d’Al-Masry n’avaient pourtant aucune raison d’agresser les supporters ou les joueurs de l’autre équipe, puisque la leur venait de remporter le match avec un score de 3-1. Plus on en apprend sur ces « affrontements entre supporters », plus il est manifeste que ces « affrontements » n’ont rien à voir avec le football. 

Portes verrouillées

Il existe en effet de nombreux témoignages de supporters d’Al-Masry à la presse égyptienne faisant état d’anomalies. Ainsi, l’un d’eux, Ahmed Yasser, explique : « Normalement, nous nous installons toujours au même endroit, mais, cette fois, il y avait d’autres personnes à notre place. Nous leur avons demandé de partir, mais ils ont refusé. Comme nous ne voulions pas nous disputer, nous sommes allés nous asseoir ailleurs. Certains étaient déjà montés sur le terrain durant la mi-temps, comme pour s’entraîner. Nous avons alors pu contenir l'attaque en formant un rempart de nos corps. Le match aurait alors pu être annulé. Bizarrement, dans notre tribune, les portes qui donnent accès au terrain étaient ouvertes, ce qui n’arrive jamais. » 

Selon d’autres témoignages, quatre bus transportant des inconnus arborant les couleurs d’Al-Masry sont arrivés après la première mi-temps, et la police a laissé entrer ces personnes sans la moindre objection.  

Il existe en outre des images montrant que les portes par lesquelles les supporters d’Al-Ahly auraient pu sortir du stade étaient verrouillées. Quant à ceux qui tentaient de se réfugier dans les vestiaires avec les joueurs, beaucoup se sont fait piétiner lorsque, soudainement, l’éclairage s’est éteint. L’attitude passive de la police laisse également perplexe.  

Les supporters d’Al-Ahly, défenseurs de la place Tahrir 

Pour les supporters d’Al-Ahly, il est manifeste que ce massacre était orchestré. En effet, lorsque le mouvement de protestation contre le dictateur Moubarak a éclaté en Égypte, l’association de supporters d’Al-Ahly – qui compte près de 5 000 membres – a joué un rôle déterminant. Les supporters, qui sont très bien organisés et ont une certaine expérience des confrontations avec la police, ont mis ces particularités au service des manifestants de la place Tahrir dès le début du mouvement de protestation. Voilà donc un an qu’ils protègent les manifestants des attaques de la police. 

Le massacre du stade Port Saïd est survenu à un moment symbolique, puisque cela faisait pratiquement un an que les supporters d’Al-Ahly avaient refoulé les milices de l’ancien président Moubarak qui tentaient de charger les manifestants de la place Tahrir. 

Depuis mercredi, des manifestations ont lieu aux abords du ministère de l’Intérieur, pour réclamer la démission du dirigeant militaire Tantawi et du Haut Conseil militaire. Ces affrontements ont déjà fait 12 morts. Les étudiants ont déjà annoncé une journée de grève. Les travailleurs envisagent aussi des actions. 



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