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20 décembre 2011 17:09 | Il y a : 155  jour(s)
| Thème: International, Congo

« Discréditer les élections congolaises, ce n’est pas sérieux »

Isabel Minon et Lieve Vandamme, toutes deux membres d’intal, mouvement de solidarité internationale, ont participé à la mission d’observation d'Eurac, le réseau d’ONG européennes actives en l’Afrique centrale. Interview.

Tony Busselen

« Le responsable de la commission électorale comptait un par un les bulletins en les prenant de l’urne et en le montrant à tous les témoins et observateurs en présence », témoigne Isabel Minon, présente lors du dépouillement des votes au Congo. (Photo MONUSCO)

Les deux observatrices ont été impressionnées par la façon dont ont été organisées ces élections par les agents de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), et ce, dans des conditions extrêmement difficiles. 

Isabel Minon. Nous avons rencontré un diplomate qui avouait que les pays développés avaient promis déjà depuis quelques années qu’ils allaient contribuer jusqu’à 40 % des frais, mais qu’à Kinshasa, on ne voyait pas venir cet argent. C’est alors que le gouvernement congolais a tenu à respecter le mandat de 5 ans, ce qui est signe de démocratie, et à organiser à temps des élections avant la fin du mandat. Plus de 90 % des frais d’organisation ont été pris en charge par Kinshasa.

Lieve Vandamme. Dans le bureau de vote où j’étais présente, à Goma, j’ai vu comment les agents de la CENI sont restés calmes malgré les cris, les « directives » et les commentaires que donnaient en permanence les témoins des différents partis, surtout ceux de l’opposition. Travailler dans ces conditions et faire en sorte que les gens puissent voter d’une façon vraiment libre, ce n’était pas facile.

Pourtant, les rapports de plusieurs missions d’observation déclarent que ces élections ne seraient pas crédibles. Des images circulent où l’on voit un chaos total, des bulletins de vote jetés par terre, dans ce qu’on appelle « des centres de dépouillement centraux ».

Lieve Vandamme. J’ai été aussi observatrice des élections en 2006 et j’ai vu exactement les mêmes scènes. Mais ces images sont utilisées pour discréditer les élections congolaises, ce n’est pas sérieux. En réalité, les bulletins de vote sont dépouillés dans les bureaux de vote le jour même du vote. Ces « centres de dépouillement centraux » n’existaient donc simplement pas. Ces images sont prises dans des centres où l’on centralise les bulletins de vote après avoir été dépouillés et vérifiés.

Isabel Minon. Je peux témoigner du sérieux et de la transparence avec laquelle ce dépouillement a eu lieu dans mon bureau de vote à Mbandaka. Le responsable de la CENI comptait un par un les bulletins en les prenant dans l’urne et en le montrant à tous les témoins et observateurs en présence. Chez moi, il y avait 20 témoins. Et ce n’est qu’après que tout le monde avait regardé, qu’il le mettait sur la pile et qu’il prenait le suivant. 

Une fois que les bulletins étaient tous comptés, on recommençait et recomptait le nombre de votes par candidat de la même façon. Cela a pris des heures. Enfin, le président du bureau de vote faisait un procès verbal en stipulant le nombre de votes par candidat et les commentaires des témoins. Chaque témoin des partis recevait une copie de ce procès-verbal. Ces résultats ont aussi été affichés en dehors du bureau de vote pour que tout le monde puisse le vérifier. Celui qui le voulait pouvait noter les résultats.

Et si l’on veut recompter les voix ?

Lieve Vandamme. Il suffit de comparer les résultats des bureaux de vote, affichés devant chaque bureau, avec les résultats que la CENI a publiés sur son site après que tout ait été centralisé. Et effectivement, ces chiffres étaient identiques, sauf quelques exceptions vraiment mineures.

On parle de taux de participation anormalement élevé dans les circonscriptions favorables à Kabila, et de résultats jusqu’à 100 %, ce qui pourrait être une indication de fraude.

Lieve Vandamme. D’abord, l’avance de trois millions de voix que Kabila a sur Tshisekedi ne peut pas être expliquée ainsi. Même si l’on retire tous les votes des circonscriptions où l’on dit avoir constaté des « anomalies », Kabila a encore gagné. D’ailleurs, le professeur Léon de Saint Moulin, un démographe respecté, a publié une carte sur les votes pour Kabila pendant le premier tour en 2006, et on peut y constater que, dans les mêmes régions au Katanga, Kabila a obtenu aussi des pourcentages entre les 90 % et les 100 % à l’époque.

On dit aussi que les élections n’ont pas eu lieu dans une atmosphère démocratique avec une liberté de presse et la liberté de propagande pour les différents candidats.

Isabel Minon. À mon arrivée à Kinshasa, j’ai fait le tour de la ville en voiture et j’ai partout vu les panneaux de propagande des différents candidats. Ensuite, j’ai aussi rassemblé les journaux et regardé les chaînes de télévision, il y en a une vingtaine. Et je dois dire que l’opposition a bien ses canaux de diffusion. À la RTNC, il y a eu des émissions où les différents candidats étaient vraiment interviewés, d’une façon assez critique, par une équipe de journalistes. Naturellement, cela pourrait probablement être encore mieux mais, quand j’entends la situation de liberté de presse et d’opinion dans des pays avoisinants, alors j’ose dire qu’à Kinshasa, il y a une grande liberté de parole.

Un autre argument, c’est que le nombre de candidats pour les législatives était trop grand et que les bulletins de vote étaient des brochures où les électeurs ne pouvaient pas retrouver leur choix.

Isabel Minon. Il y avait plus de 18 000 candidats pour 500 postes. Dans certaines circonscriptions, cela faisait plusieurs centaines de candidats... Mais je dois dire que les bulletins de vote étaient très clairs.

On voyait la photo du candidat en couleur plus son nom et son numéro. Il ne faut pas non plus sous-estimer la créativité des Congolais. Chez moi à Mbandaka, je voyais par exemple les gens se dire onze heures trente-deux, pourtant il n’était pas onze heures trente-deux. On m’a alors expliqué qu’ils voulaient dire qu’il fallait voter pour le candidat 11 aux présidentielles et le candidat 32 pour les législatives.

Lieve Vandamme. À Kinshasa, j’ai vu plusieurs banderoles avec la page et le numéro du candidat.

Comment jugez-vous le travail effectué par ces missions d’observations ?

Isabel Minon. Eurac a fait du bon travail. Les observateurs étaient sérieux. Mais il y avait beaucoup de rumeurs et de préjugés qui circulaient, et ça a créé une atmosphère dans laquelle ce n’était pas facile de rester vraiment neutre. Par exemple, à notre arrivée, quelqu’un de Human Rights Watch dépeint la situation dans le pays comme s'il était à feu et à sang. Or quand je lui ai demandé combien de victimes de violence ont été comptées, elle m'a répondu : moins de 10 blessés et 10 tués pour l’ensemble du pays. Naturellement, c’est grave, mais je crois que cela ne méritait pas la description qu’elle donnait auparavant. Il y a eu plusieurs remarques et questions que j’ai entendues dans ce sens, qui démontraient que certaines personnes n’étaient vraiment pas objectives ou avaient un manque de connaissance.

Le pourcentages des votes par territoire pour Joseph Kabila lors du 1er tour des élections présidentielles de 2006. On peut y constater que, déjà à l’époque dans les mêmes régions au Katanga, Kabila avait obtenu des pourcentages entre les 90 % et les 100 %. (Source : Léon de Saint Moulin et Eléonore Wolff, 2006)

 


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