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30 novembre 2011 10:34 | Il y a : 175  jour(s)
| Thème: Belgique, Belgique, Dossier crise, Banques

Dexia et le Groupe Arco :: « Du curé au marché »

Dexia entraîne dans sa chute Arco, le holding du Mouvement ouvrier chrétien (MOC). Un ancien cadre de la COB et de la BACOB n’est guère étonné de l’évolution de la caisse d’épargne coopérative vers le statut de grand actionnaire d’un géant financier. « Une évolution logique. »

Ruben Ramboer

« Hier » et « Aujourd’hui », dessin réalisé en 1989. Le secteur bancaire a connu une expansion énorme dans les années 1960. Les activités se sont fortement diversifiées. (Dessin tiré de De coopératives de travailleurs à la banque. L’histoire de la BACOB, 1995, éd. Lannoo, Tielt)

Dans la liquidation du groupe Arco, pas mal de nostalgiques regrettent l’époque de la banque d’épargne BACOB des années 90 et, surtout, celle de la caisse d’épargne coopérative, la Coopérative ouvrière de banque (COB), fondée en 1935. Le Groupe Arco était le holding financier de la COB, puis de la BACOB qui, finalement, a été absorbé par Dexia (voir encadré). C’était le bon vieux temps de la banque proprement dite : servir de médiatrice entre l’épargnant et l’emprunteur. 

Un ancien cadre supérieur de la COB et de la BACOB  qui souhaite rester anonyme – appelons-le Janssen – ne fait pas partie de ce groupe de nostalgiques. Il n’est pas surpris par l’évolution d’une caisse d’épargne coopérative vers la position de grand actionnaire du géant financier Dexia, avec un bilan total plus élevé que le PIB de la Belgique et qui finit par faire faillite. « Il s’agit d’une évolution logique. La COB opérait complètement dans un libre marché. La concurrence capitaliste pousse une fois pour toutes à un passage permanent à l’échelle supérieure afin de rester toujours un peu en avant sur les concurrents. Se heurter à la KBC et à la Générale, mettre sur pied un très large réseau d’agences, la complexité croissante du secteur et des produits… cela requérait un rendement de plus en plus élevé. »

Épargner, pas boire

Jusqu’il y a peu, le Groupe Arco se prétendait une société coopérative. Selon le portail belgium.be, c’est une « forme d’entreprise qui n’est pas essentiellement orientée sur le profit » et dans laquelle les membres « partagent des valeurs communes ». Janssen : « L’idée de coopérative avait déjà été complètement liquidée au cours des années 80. Il n’était question ni de participation ni de plate-forme de discussion, mais bien d’avantages matériels. Et rien d’autre. »

À la COB, durant les premières années, on en est resté à la pratique bancaire élémentaire. « Après les heures de travail, les collaborateurs du mouvement assuraient le fonctionnement d’une caisse d’épargne : épargner et prêter. » C’était surtout le dimanche que les dépôts des travailleurs étaient inscrits au livret d’épargne chez les collaborateurs du mouvement, dans lequel on retrouvait imprimées des règles comme « L’argent de l’épargne ne peut être dépensé en beuveries ». 

À la fin des années 60, la COB était l’une des plus importantes caisses d’épargne du pays. Tout va alors très vite. En 1963, le montant total des dépôts s’élève à 6,9 milliards de BEF ; en 1985, il est déjà de 236,4 milliards. Chaque semaine des années 80, une nouvelle agence est ouverte. Croissance et rendement s’écrivent d’année en année avec deux chiffres. Le président de la COB, Hubert Detremmerie, s’était laissé tenter par l’extension effrénée et le profit. 

Le dernier combat de Detremmerie contre l’idée de coopérative date de 1974. Janssen : « Detremmerie voulait forcer une participation dans Gevaert. L’affaire n’eut pas lieu sous pression de la LBC (Centrale nationale des employés, dépendant de la CSC). Mais, ensuite, il a pu emprunter définitivement la voie de l’entreprenariat capitaliste. Cela a également eu ses retombées sur la politique du personnel. Là où, plus tôt, le personnel était évalué, disons, par monsieur le curé, l’accent était mis désormais sur l’expertise. »

Mais il s’agissait de bien plus que des lubies d’un patron. L’extension était une amère nécessité face à la concurrence accrue. En 1960, la COB avait 1756 points de contact dans toute la Belgique. Le reste du secteur bancaire, à l’époque, disposait de 1787 agences. Dans les années 60 et 70, le secteur bancaire s’étend énormément, avec une multiplication du nombre d’agences. La COB voyait ces agences à l’éventail de services beaucoup plus large comme une menace pour son système de points de contact à caissier unique. Mue par la nécessité, elle a également franchi le pas vers un réseau d’agences polyvalentes afin de conserver et d’agrandir sa part de marché. La chasse au profit s’est accrue afin de financer ces investissements.

Plus de « banque à papa »

En 1986, la COB reçoit le statut de banque d’épargne. « Le combat était déjà perdu, alors. Les gros banquiers annonçaient : “Avec la seule caisse d’épargne, nous n’en sortons plus. Nous devons devenir une banque, mais, pour cela, vous devez nous laisser un peu les coudées franches.” »

En 1994, la COB se mue en une banque commerciale et, désormais, elle poursuivra ses activités sous le nom de BACOB. De la « banque à papa », il n’était déjà plus question. « Opérations interbancaires, positions de change et investissements à haut risque figuraient à l’ordre du jour. En outre, au cours des années 80, la Commission bancaire exigeait déjà explicitement une expertise plus pointue afin de comprendre les produits financiers, en vue de la diversification des activités et de la mise sur pied d’activités internationales. »

À partir des années 90, il ne subsiste plus le moindre doute sur la logique capitaliste. Continuer à se développer et demeurer concurrentiel, tel était le message. En 1995, Dirk Bruneel prenait la direction. « “En dix ans s’installait parmi les hautes instances une culture du profit, avec voitures de fonction, bonus, etc. Bruneel accéléra le processus, il prônait la “rémunération conforme au marché”. Cet homme n’avait aucun lien avec le mouvement. C’était un “pur” banquier. » 

La BACOB s’engage également en plein dans le marché des riches particuliers et des entreprises. Elle reprend en 1997 la banque d’affaires Paribas et constitue le groupe de services financiers Artesia Banking Corporation. « La banque Paribas était une banque où vous et moi ne pouvions être clients », selon Janssen. Par exemple, le fraudeur et baron du textile De Clercq était l’un des clients les plus connus de Paribas. 

Croître et non plus jouer à l’épicier

En 2001, Artesia échange ses parts contre une participation dans le groupe Dexia. Du MOC fusent bien des protestations contre l’absorption par Dexia. On fait également grève contre les licenciements. L’organisation d’intérêts des actionnaires, Deminor, écrivait à l’époque : « Le caractère coopératif et social-chrétien de la BACOB et des AP (Assurances populaires, organe d’assurance du MOC) va devoir faire place à un caractère capitaliste avec l’accent sur la création de valeur participative. »

Récemment, dans une interview pour dewereldmorgen.be, le président Patrick Develtere de l’ACW (équivalent néerlandophone du MOC) voyait également dans la volonté de sans cesse s’agrandir l’explication du rachat par Dexia. Il cite un extrait de l’ouvrage Six mariages et un enterrement, de Stefaan Michielsen (journaliste à De Tijd) et Béatrice Delvaux (aujourd’hui éditorialiste en chef au Soir). « Le passage à l’échelle supérieure est l’avenir du monde financier et seules les grandes banques survivront », écrivaient-ils alors, en 1999. « Tous les spécialistes essayaient de nous convaincre qu’il n’y avait pas d’avenir pour une position solitaire de la BACOB. « Grandir » et « élargir » étaient les mots magiques. Au niveau européen, il ne devait survivre que 15 grandes banques. Les banques belges allaient être rétrogradées au rang d’épiceries. C’était une obsession. »

Pour Janssen, « grandir » et « élargir » n’étaient pas seulement les mots d’ordre voici une bonne décennie. Ils l’ont toujours été, car indispensables dans un environnement capitaliste.

Dexia et la liquidation d’Arco 

Le 9 octobre, le rideau est tombé sur Dexia. La banque a été scindée entre autres en une bad bank et Dexia Bank Belgique rachetée par l’État. La chute signifiait aussi la fin de deux grands actionnaires, le Holding communal et le Groupe Arco, représentant respectivement 14,1 et 13,8 % de la représentation en bourse de Dexia. Arco est le holding du MOC. Mercredi 16 novembre, Arco annonçait une liquidation en raison de l’importante perte de valeur sur Dexia. Arcopar, Arcoplus et Arcofin sont liquidés. Auxipar poursuit ses activités. 

Les coopératives du MOC et des milliers d’associations plus modestes voient leurs économies s’en aller en fumée. Patrick Develtere, président de l’ACW, parle de « dizaines de millions ».
Les 780 000 coopérants individuels d’Arco reverront leur argent (apport moyen de 2 000 euros) d’ici trois ans grâce à la garantie d’État. Le 10 octobre, un Arrêté royal était en effet voté, disant que la règlementation de la garantie des autorités fédérales s’étendait, passant des dépôts bancaires et titres de participation coopérative. Pour l’État, la facture pourrait s’élever à 1,5 milliard d’euros.

Chronologie 

1935. Fondation de la FNCC (Fédération nationale des coopératives chrétiennes) et de la COB – CCD (Caisse centrale de dépôt)

1986. La caisse d’épargne COB se mue en banque d’épargne.

1990. Fondation du Groupe Arco avec, entre autres, la société associée Arcofin, le holding financier qui se consacre au secteur financier (BACOB). 

1994. La COB reçoit le statut de banque et change son nom en BACOB.

1997. La BACOB reprend la banque d’affaires Paribas (Belgique et Pays-Bas). Après la reprise, la BACOB forme le nouveau groupe de services financiers Artesia Banking Corporation. Le groupe de services est à 99,6 % dans les mains d’Arcofin.

2001. Arcofin échange ses parts dans Artesia contre une participation d’au moins 15 % dans le groupe franco-belge Dexia, né lui-même après la fusion du Crédit communal de Belgique et du Crédit local de France. 

2008-2010. Les autorités fédérales et locales du pays injectent ensemble plus de 4 milliards d’euros dans Dexia et octroient une garantie d’État de 150 milliards d’euros.

2011. Dexia est en faillite et le groupe est démantelé. La Belgique achète Dexia Bank Belgique pour 4 milliards et se porte garante de la bad bank à hauteur de 54 milliards d’euros. 

2011. Le Holding communal et Arco sont en liquidation.


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alain, 04-04-12 21:37:
bonjour, espérons ,espérons, l'espoir fait vivre mais la longue attente fait mourir.
que peuvent des petits épargnants face à la toute puissante europe nous avons au départ tous crus qu'il s'agissait d'une épargne sans risques avec en plus un capital limité et nous sommes cocus
merçi à vous Ap et autre BACOB
Jean-Marie, 01-04-12 21:52:
Je veux récupérer mon argent.Dans les années 70, la c.o.b. nous a quasi obligé d'acheter des parts dnas le groupe Arco en insistant sur les avantages, notamment aux AP.
Il n'est pas normal que les petits épargnants doivent payer les erreurs des gros magouilleurs. Cependant, croire qu'il n'en sera pas ainsi est croire au Père Noël. Qui peut me dire ce qu'il faut que je fasse pour retrouver mon argent un jour? Faut-il engager un procès en justice ou faut-il rester passif et attendre la fin de la liquidation en restant passif?
Jean, 04-12-11 06:59:
Bonjour, il ne faut pas oublier, que la mutuelle et le syndicat ont abandonnés la C.O.B. au moment ou elle est devenue B.A.C.O.B. les dirigeants de bacob ont joués avec l'épargne des travailleurs.Etant coopérateur, je vai récupéré ma petite mise ( garantie de l'état), car à l'époque la cob conseillait de prendre 2 ou 3 part de coopérateur.Plusieurs membre de cob auraient voulus resté c.o.b, hélas le ( petit) n'a rien à dire.
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