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2 mars 2010 09:30 | Il y a : 2  an(s)
| Thème: Elus, Seraing, Zelzate, Belgique, Banques

Dexia dupe les communes

Le prix des poubelles augmente ? Les travaux de réparation de la bibliothèque n’avancent pas ? Votre commune n’a plus de sous. C’est probablement en partie à cause de la banque Dexia.

Alice Bernard

Le conseiller communal PTB Dirk Goemaere, furieux : « Zelzate, qui prétend constamment qu’il n’y a pas d’argent et a donc supprimé du budget 2010 la réparation des trottoirs et la construction d’une salle polyvalente, a décidé de souscrire au Holding communal pour 200 % de sa participation antérieure ! » (Photo Solidaire, Martine Raeymaekers)

A l’automne dernier, Dexia, la banque des communes, déjà sauvée de la faillite par les Etats français et belge, a demandé aux communes d’injecter de l’argent dans sa filiale Holding communal. L’objectif était d’obtenir 500 millions d’euros d’augmentation de capital. Pour allécher les communes, Dexia a promis la lune : un dividende annuel de 13 % pendant 10 ans.

« Un marché de dupes », avaient alors dit les conseillers communaux du PTB. « Les communes vont injecter de l’argent, parfois même emprunté, à des conditions très risquées. Et ceci au moment même où les finances communales voient leurs moyens se réduire sensiblement avec la crise. En outre, les meilleurs investissements boursiers fiables rapportent actuellement du 6 %. Le Holding communal promet plus du double. Il y a donc beaucoup de chances que les dividendes promis ne soient pas ou peu versés dans les dix prochaines années. Et c’est le simple citoyen qui risque de payer la facture. »

Hans Krammisch

A Seraing, le conseiller PTB Hans Krammisch a voté contre l’opération en rappelant que les dirigeants de la banque avaient largement profité personnellement de la situation et supprimé des dizaines d’emplois. Ecolo, CDH et MR se sont abstenus. Dans le débat, il a été dit que pour pouvoir redistribuer 13 % de dividendes sur 500 millions d’euros, il faudrait que le Holding fasse 65 millions de bénéfices par an après impôts. Impossible. Même les libéraux l’ont dit. Mais la majorité PS a voté pour : « Il y a un risque financier car il s’agit d’une opération financière dans un organisme indépendant sur lequel on n’a pas de prise directe », mais « il s’agit d’une participation à l’effort collectif envers une institution (…) qui nous a toujours bien servi au niveau communal » (compte rendu du conseil communal du 14 septembre). La Ville de Seraing a donc investi 4,9 millions d’euros (empruntés) dans le Holding communal de Dexia.

Dirk Goemaere

A Zelzate, le budget 2010 prévoit 370 000 euros de budget extraordinaire pour l’augmentation de capital du Holding communal et une prévision de dividendes pour un montant de 46 390 euros. Le conseiller communal PTB Dirk Goemaere était furieux : « Zelzate, qui prétend constamment qu’il n’y a pas d’argent et a donc supprimé du budget 2010 la réparation des trottoirs et la construction d’une salle polyvalente, a décidé de souscrire au Holding communal pour 200 % de sa participation antérieure ! Alors que la grande ville de Gand ne l’a pas fait ! On est bien sélectif, à Zelzate, avec le slogan “il n’y a pas d’argent” ! »

En effet, malgré les conditions « avantageuses » (les fameux 13 %), toutes les communes n’ont pas souscrit à l’augmentation de capital. En Flandre, une commune sur cinq, dont Gand, Bruges, Alost ou encore Hasselt, ont préféré ne pas prendre de risque.

Hold up

Elles ont bien eu raison, les communes qui n’ont pas répondu au chant des sirènes de Dexia. Car la Commission européenne vient de rendre un avis sur les mesures mises en place par la banque pour se refaire une santé. Et le jugement est lourd de conséquence pour les communes : puisqu’elle a reçu des aides publiques, la banque Dexia doit cesser tout versement de dividende pendant deux ans. Mais entretemps, elle a bien encaissé l’argent des communes. La Commission européenne autorise cependant la banque à « transformer » le dividende cash en actions.

« Ces actions, ça n’est jamais que du papier » gronde Dirk Goemaere à Zelzate. « Victime de la spéculation, en plus. En février 2009, l’action valait moins de 2 euros. C’est un véritable hold up. 370 000 euros sont bloqués pour des années, sans rien rapporter. Quand on pense à tous les beaux projets qu’on aurait pu financer avec ça… »

A Seraing, Hans Krammisch a demandé au conseil communal du 22 février de bien vouloir faire les comptes : « Quels sont les montants que la Ville va toucher, en 2010, sous forme d’actions du Holding communal ? » La réponse du bourgmestre Alain Mathot est plus qu’inquiétante : en fait, il n’y aura rien en 2010, et pour 2011, « le Holding communal doit encore étudier comment transformer les actions en dividendes ». Et le bourgmestre socialiste d’accuser l’opposition de faire un procès d’intention. « Il n’y a même pas un an que l’investissement a été fait, attendons de voir comment les choses vont évoluer ». Encore un qui croit aux vertus du marché. En attendant, il est question à Seraing de ne pas remplacer le personnel qui part en pension.

Ne serait-il pas mieux de transformer la branche belge de Dexia en banque publique ? On pourrait ainsi offrir aux épargnants une épargne sûre à des taux raisonnables et permettre aux collectivités locales l’accès à des crédits pas trop chers. Et offrir ainsi aux habitants des infrastructures de qualité.


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