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18 octobre 2011 14:24 | Il y a : 218  jour(s)
| Thème: Culture et histoire, International, Congo

Décès de l’artiste Dieudonné Kabongo

Ce 11 octobre, Dieudonné Kabongo s’est effondré en plein spectacle. Homme d’ouverture et d’engagement, ce merveilleux artiste a consacré sa vie et son talent à fracasser les barrières de l’injustice et de l’intolérance.

Elisabeth Mertens

Dieudonné Kabongo est mort comme Molière, sur scène. Un choc pour la communauté belgocongolaise, et bien au-delà. Superstar au Congo (il était né au Katanga en 1950), il était devenu une des figures importantes de nos salles de spectacle. (Photo Eric Legrand)

Il était, selon son expression, « à mille bonbons » de s’imaginer qu’il partirait comme l’immense Molière, sur scène, face au public. Un choc pour la communauté belgo-congolaise, et bien au-delà. Superstar au Congo (il était né au Katanga en 1950), il était devenu une des figures importantes de nos salles de spectacle. Comédien, humoriste, musicien…, Kabongo était une bête de scène à la silhouette massive, au célèbre éclat de rire, au regard pétillant. Par son humour caustique et impertinent, par son charisme et sa dérision critique, ce vieux sage n’avait pas son pareil pour retourner comme un gant les « arguments » du racisme, de l’intolérance et de l’injustice.
Génie des maths, le jeune Dieudonné débarque en Belgique en 1970, sa bourse d’études en poche. Mais il se distingue très vite par ses déclarations anti-mobutistes. Bourse et visa de retour supprimés, persona non grata au Congo, il devient belge. En 1980, démangé par son virus des planches, il se lance. Il décroche illico le premier prix du Festival du rire de Rochefort avec Méfiez-vous des tsé-tsé, où il aborde déjà les relations colonisateurs-colonisés. Il y partage la scène avec Mirko Popovitch, animateur du centre culturel de Boistfort et formidable homme d’ouverture, qui organisera des festivals avec des pays africains. Une amitié indéfectible les unit. Mirko sera d’ailleurs en scène avec son pote lors de son décès, tentant désespérément de le réanimer par massage cardiaque et respiration artificielle.
Les succès s’enchaîneront. En 1986, il envoie « comme ça » une chanson au concours de Radio France International. A sa stupéfaction, il le remporte devant 500 candidats. Suivent d’innombrables spectacles, comme Bas les Masques, mis en scène par Lorent Wanson. Kabongo y empoigne son scalpel pour disséquer les clichés des Blancs sur les Noirs et vice-versa. Il  tire à vue sur le caractère violent de la colonisation, dynamite les « principes civilisateurs » des « Flamutsi » et des « Walhutu », évoque la nécessité d’entamer une guerre pour bénéficier de l’aide humanitaire… Ajoutons encore une quarantaine de films, dont Lumumba, de Raoul Peck, et Le Couperet, de Costa-Gavras.
Car l’artiste ne peut occulter le militant. Après avoir participé à la campagne contre l’installation des missiles Cruise en Belgique, il passera sa vie à dénoncer le sort de ses compatriotes, du petit-château ou de Kinshasa, dont la population, malgré la misère, garde sourire et courage ; la justice à deux vitesses ; les centres fermés où l’on boucle sans-papiers et enfants derrière des barbelés ; le tout-au-profit des organisateurs de concerts, qui paient les artistes des cacahuètes et empochent les bénéfices ; la logique des élections belges où, quel que soit le vote du citoyen, la coalition est déjà décidée ; les prisons, fabriques de criminels et de récidivistes ; la violence de la société sur le peuple, l’arrogance des puissants et des nantis… Tout en arpentant le quartier de Matongé pour discuter avec les bandes de jeunes et les faire réfléchir. Tout cela, avec la seule arme de son humour. Mais, aujourd’hui, pour la première fois, il ne nous a pas fait rire…


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