
La répression n’a pas empêché les assemblées populaires de continuer les jours suivants. Les raisons à la base de ces assemblées n’ont pas changé. Aujourd’hui, le mouvement des indignés a besoin de perspectives. (Photo Solidaire, Vinciane)
Il y a 4 semaines, la principale place de Madrid réunissait des milliers de jeunes Espagnols. L’occupation de la place Puerta del Sol devenait le symbole du malaise régnant en Espagne face au chômage et à la crise. Le mouvement des « indignés » s’est très vite élargi à toutes les villes du pays et a même dépassé même rapidement les frontières. En Belgique, à Liège et à Bruxelles, des jeunes décidèrent également d’occuper des places publiques, d’y camper et d’en faire un espace d’expression. Des assemblées populaires se sont depuis déroulées quotidiennement, réunissant des centaines de personnes, jeunes et moins jeunes.
Le mouvement qui s’est développé à Bruxelles et à Liège ces quatre dernières semaines n’a certes pas l’ampleur de celui qui a secoué l’Espagne depuis le 15 mai. Mais il montre la même envie d’ouvrir un débat politique qui a été confisqué. « Ces assemblées reflètent une même volonté d’utiliser différemment l’espace public pour mieux se rencontrer, dans une société qui nous pousse toujours plus au repli sur soi », confie une participante. On y discute effectivement de tout. Face à un avenir qui s’annonce sombre et condamné, les assemblées populaires offrent à de nombreuses personnes l’occasion de réfléchir à une réaction collective.
La police charge mais n’éteint pas le mouvement
Vendredi 9 juin, dernier jour de la semaine avant un long week-end. La police est arrivée tôt le matin et a sommé les indignés de la place Sainte-Croix à Ixelles de quitter les lieux occupés depuis une semaine. Quelques minutes plus tard, il ne reste déjà plus rien. L’expulsion du campement s’est faite à une vitesse impressionnante. Et pour cause, aucun avertissement n’avait été donné et ils étaient peu nombreux à dormir sur place cette nuit-là. Ce coup de force n’a pas empêché l’assemblée populaire de se réunir le soir même à 18 heures, comme tous les jours. Ni une manifestation de se tenir le lendemain après-midi. Mais, en arrivant aux abords de la commune d’Ixelles, les manifestants se sont de nouveau retrouvés bloqués par la police. Cette répression fait bondir les participants. « Voici un an que les négociations communautaires pourrissent. Un an que l’on nous confisque toute participation au débat politique. Un an qu’on nous monte les uns contre les autres. Et l’on réprime les jeunes qui osent protester ? » entend-on. Le rassemblement s’est finalement tenu place Flagey. Mais sous l’escorte de plusieurs dizaines de policiers qui n’ont pourtant pas fini leur démonstration de force. Les manifestants ont à nouveau été encerclés et, certains, arrêtés. Les questions fusent ensuite : « Dans quelle démocratie vivons-nous ? », « De quel droit tente-t-on de nous faire taire ? ».
En Belgique aussi, nous avons raison de nous indigner
Cette répression n’a pas empêché les assemblées populaires de continuer les jours suivants. Les raisons à la base de ces assemblées n’ont pas changé. En Espagne comme en Belgique. Bien sûr, la crise économique sévit plus fort dans le sud de l’Europe. Mais elle frappe ici aussi. L’Union européenne organise en Espagne, en Grèce et partout en Europe une même agression historique contre les droits de travailleurs et des citoyens au nom de la compétitivité des entreprises. Cela a aussi des conséquences en Belgique. « Car le pourrissement des négociations communautaires ne nous épargnera pas beaucoup plus longtemps des mesures d’austérité. S’il y a bien un point sur lesquels les partis en négociations sont d’accord, c’est de nous faire payer la crise provoquée par les grands actionnaires et les spéculateurs. » Les mêmes causes amènent les mêmes conséquences. « Nous avons raison de nous indigner ! Car nous ne sommes pas des marchandises aux mains des banquiers et des politiciens », répétait-on parmi les personnes rassemblées au lendemain de l’intervention policière musclée Place Flagey.
S’élargir pour ne pas s’essouffler
Si les raisons de s’indigner sont bel et bien là, les moyens ne sont pas encore toujours au point. Les assemblées quotidiennes n’ont pas encore réussi à faire émerger de revendication commune. Certains prétendent ne pas vouloir revendiquer quoi que ce soit face à des institutions dont la légitimité est remise en cause. D’autres voient les assemblées et, à travers elles, une certaine réappropriation de l’espace public, comme une fin en soi. La gestion même du campement occupe par ailleurs souvent une place trop importante dans les discussions, laissant en reste ceux qui recherchent les débats de fond. L’absence de perspective peut en décourager plus d’un. Mais beaucoup reviennent malgré tout, car l’indignation, la curiosité et l’envie d’arriver à « autre chose » sont bien là.
Pour continuer à s’élargir, pour ne pas s’essouffler, le mouvement des indignés bruxellois a donc besoin de perspectives. Différents ateliers ont été mis en place pour réfléchir à des propositions de mot d’ordre ou d’actions. Il y a eu de bons échanges et certaines choses se concrétisent. Ainsi, des débats seront ainsi organisés dans les jours qui viennent sur le rôle de l’OTAN en Lybie ou sur la constitution d’un Fonds monétaire européen.
L’avenir sera aussi placé sous le signe de l’action. D’abord, parce que le dimanche 19 juin a été choisi comme journée d’action (inter)nationale en Espagne. Le cortège des indignés démarrera à 14 heures de la place Flagey, pour se diriger vers la place du Luxembourg, où se déroulera une assemblée en face du Parlement européen. Cette manifestation servira de tremplin à un autre événement de taille : la mobilisation contre le vote du Conseil européen sur le pacte de gouvernance qui placera tous les pays de l’Union européenne sous contrôle de la Commission et ses objectifs de compétitive économique. Un second rendez-vous a donc été fixé le mercredi 22 juin à 18 heures au rond-point Schuman. De toute évidence, une partie de la jeunesse bruxelloise sera présente.
Action. Dimanche 19 juin, 14 h : Cortège de la place Flagey vers la place du Luxembourg, où se déroulera une assemblée en face du Parlement européen.
Action. Mercredi 22 juin, 18 h, au rond-point Schuman, mobilisation contre le vote du Conseil européen sur le pacte de gouvernance européenne.
Je suis d'accord avec l'ensemble de l'article. Mais j'ai tout de même quelques petite remarques. Vous écrivez "Et pour cause, aucun avertissement n’avait été donné". Ce qui me semble inexacte. D'après ce que j'ai lu, la police avait laissé une heure aux indignés pour quitter les lieux. Cela explique peut-être le peu de personne à ce moment là. Attention, cela ne veut pas dire que je suis d'accord sur le fait que les indignés aient été délogés. Bien au contraire. Mais je pense que la vérité aide au combat politique.
Ensuite, j'aimerai donner mon sentiment sur le regroupement des indignés en Belgique. En Espagne, il y a une base importante. Les sentiments qui ont poussés les indignés à se regrouper sont largement partagés. Mais qu'en est-il en Belgique? Mes collègues ne se sentent pas concernés. Alors que ce sont des travailleurs comme les autres. Et qu'en est-il des divergences? La gauche belge est tout de même connue pour être incapable de se mettre d'accord. Comment construire un mouvement efficace et audible dans ce cas? Anar et gauche politique ne sont pas, encore une fois, parvenu à s'entendre. Et cela conduit à l'impossibilité de nous regrouper...