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2 décembre 2010 12:55 | Il y a : 1  an(s)
| Thème: Corée du Nord, Corée du Sud, Etats-Unis, Chine

Dangereux exercices de guerre autour de la péninsule coréenne (*)

Ludo De Brabander est collaborateur chez l’asbl “Vrede” (paix) et co-auteur du ivre “Als de NAVO de passie preekt” (Quand l’OTAN regarde la paille dans l'oeil de son voisin). Il analyse la situation tendue au péninsule Coréenne.

Ludo De Brabander

L’incident en Mer Jaune montre à quel point l’escalade militaire actuelle en Extrême-Orient est dangereuse. Des pays comme la Corée du Nord et la Chine se sentent de plus en plus menacés par la présence militaire croissante des États-Unis et de leurs alliés.

Beaucoup a été dit et écrit sur l'incident en Mer Jaune au cours duquel deux marins sud-coréens et deux civils ont été tués par l’artillerie nord-coréenne sur l'île de Yeonpyeong.

La plupart des médias et des politiciens occidentaux rejettent presqu’entièrement la faute sur la Corée du Nord, accusée de provocation. Certaines analyses voient un lien avec la passation de régime en Corée du Nord, de Kim Jong Il à son fils Kim Jong Un.

Le bombardement de l'île serait présenté comme une victoire nationale du nouveau jeune leader. Un autre lien est établi avec l'annonce récente de la Corée du Nord de la poursuite de son programme nucléaire.

La chronologie et le contexte de l'incident donnent pourtant une image quelque peu différente.

Qui provoque qui?

Les tirs de l'artillerie nord-coréenne ont été précédés par des exercices de tirs de la part de la Corée du Sud, lors des manoeuvres dans la zone frontalière contestée. L'île de Yeonpyeong, où la Corée du Sud abrite des  installations militaires, est située à 11 kilomètres de la Corée du Nord continentale.

La Corée du Sud est consciente que de tels exercices, si près de la côte de l'ennemi, peuvent entraîner une riposte. La Corée du Nord avait en effet déjà mis en garde de ne pas effectuer d'exercices militaires à cet endroit.

Une dépêche de l’agence de presse américaine (23/11) précise:

La Corée du Sud organise des manœuvres militaires tous les trois mois dans cette région sensible. Pour la Corée du Nord, ces manœuvres se mènent sur un territoire contesté. Le pays ne reconnaît pas cette ligne de démarcation, qui n’a pas été fixée par l’ONU en 1953.

Selon cette logique donc, Pyongyang a réagit en parlant d’une de la Corée du Nord. Cela s’ajoute à un autre incident majeur en mars de cette année, lorsqu’un navire de la marine sud-coréenne, le Cheonan, a été torpillé, faisant 46 morts. La Corée du Nord nie toute implication dans cette action militaire.

 

L’actuel gouvernement sud-coréen, qui s’oppose ouvertement depuis longtemps à toute amélioration des relations avec la Corée du Nord, menace de se saisir de cet incident pour poursuivre la militarisation des rapports avec son voisin. La Corée du Sud déclare vouloir augmenter ses troupes le long de la frontière contestée de sa côte occidentale.

Le ministre sud-coréen de la Défense, Kim Tae-Young, a déjà démissionné suite à la critique selon laquelle il aurait eu une réponse trop molle. Les faucons au parlement estiment qu’il aurait dû lancer une attaque aérienne sur les installations militaires nord-coréennes. Mais selon le ministre de la Défense, cela aurait accru le risque d’une guerre majeure.

Après l’incident,  le président a annoncé qu’il reverrait les afin de pouvoir réagir plus fortement à l’avenir. Plusieurs niveaux d’attaque seraient élaborés, selon que les cibles soient civiles ou militaires.

Le rôle des États-Unis dans tout cela est déterminant. Ils ont déployé plus de 28.000 soldats en Corée du Sud. Les deux pays entretiennent des relations militaires étroites et organisent chaque année des manœuvres militaires conjointes.

Depuis le naufrage du Cheonan, un renforcement a été décidé et cette année deux exercices militaires d’envergure ont été organisés. Celui de ce week-end est le troisième.

C’est une initiative fortement sensible dans la région, tant pour la Corée du Nord que pour la Chine. La Corée du Nord craint que les manœuvres ne constituent un écran de fumée en vue d’une attaque réelle. Durant les manœuvres en juillet, le régime de Pyongyang a réagi avec une vive hostilité en menaçant d’une si les deux pays poursuivaient leurs manœuvres. Selon ce pays, elles représentent une atteinte à sa souveraineté et constituent une menace pour la sécurité de la région.

Les États-Unis recherchent la domination stratégique

La Chine se sent elle-même visée et déclare que les tensions dans la région ne peuvent qu’augmenter. Beijing les considère comme faisant partie d’une politique qui vise à contrer la Chine dans le cadre de la poursuite par les États-Unis de la domination géostratégique.

Au début novembre, le président Barack Obama, la ministre des Affaires étrangères Hillary Clinton et le ministre de la Défense Robert Gates, étaient en tournée en Asie du Sud-Est pour, selon les termes de ce dernier, s’assurer de la « présence accrue » des États-Unis dans la région.

En Inde, les États-Unis ont conclu leur plus grande vente d’arme, dont la vente de 10 avions militaires de transport C-17 de Boeing pour la valeur de 5 milliards de dollars. Les États-Unis ont resserré leurs liens militaires avec des pays comme l'Australie, la Malaisie et l'Indonésie et déclaré ouvertement qu’ils devaient contenir l'influence économique et militaire de la Chine dans la région.

Un autre partenaire stratégique important est le Japon, avec qui les États-Unis ont grosso modo de bonnes relations militaires et où ils disposent de bases militaires. Chaque fin d’année, les États-Unis y organisent des exercices militaires conjoints pour améliorer l’

Fin septembre, le vice-amiral chinois Yin Zhuo a averti à ce sujet que

Les grandes manœuvres et les provocations visant la Corée du Nord s'inscrivent dans ce cadre. C’est aussi le cas de l’envoi de l’, un grand porte-avion nucléaire de 97.000 tonnes de la Septième Flotte US déployé comme ultime démonstration de force.

Ce porte-avion est le symbole du statut de superpuissance des États-Unis. Il transporte 75 avions et 6.000 hommes. Il représente la présence mobile avancée, qui complète les nombreuses bases militaires américaines dans la région.

La Chine, qui maintient de bonnes relations avec la Corée du Nord, craint d’être complètement enfermée par un complexe de bases militaires et les relations stratégiques entre alliés.

Depuis plusieurs années, la Chine s'est engagée dans le renforcement de son armée et connaît une forte croissance économique, couplée avec une croissance aussi forte des dépenses militaires.

Cet article a été traduit en Français et est publié en Néerlandais sur le site www.vrede.be


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