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15 décembre 2011 17:36 | Il y a : 160  jour(s)
| Thème: Belgique, Belgique, Immigration, Dossier

Crise de l’accueil :: 2 000 demandeurs d’asile dorment dans la rue

Le 26 septembre, la Belgique a franchi un triste cap : celui du 10 000e demandeur d’asile depuis 2009 à qui l’on n’accorde plus d’hébergement temporaire. Résultat : une catastrophe annoncée pour des êtres humains, qui se déroule sous nos yeux.

Riet Dhont

Les images des files de candidats réfugiés attendant d’introduire des demandes d’asile reviennent régulièrement dans les médias. Mais la crise de l’accueil a bien plus à voir avec la gestion politique qu’avec l’immigration en elle-même, qui apporte plus qu’elle ne coûte aux pays d’accueil. (Photo Solidaire, Martine Raeymaekers)

Eté 2011. Shakila a fui l’Afghanistan avec ses trois enfants de 14, 13 et 3 ans. La famille vient de Ghazni, une province où la guerre fait rage encore plus fortement qu’ailleurs. Après une fuite très difficile via la Turquie et la Grèce, elle arrive, épuisée, à Bruxelles où, le 14 octobre, elle demande l’asile. Ici, ils ne connaissent personne. Bien qu’ils y aient droit, on ne leur accorde pas de place dans un centre d’accueil. La famille erre dans les rues et les stations de métro bruxelloises, et dort à la belle étoile.

Par hasard, ils tombent sur un autre réfugié afghan. Celui-ci les met en contact avec un avocat qui entame sur-le-champ une procédure d’urgence afin de contraindre les autorités à leur trouver une place en centre d’accueil. Le jugement est positif, et le tribunal du Travail condamne l’agence fédérale Fedasil à leur octroyer cet hébergement. La famille continue cependant à dormir à la rue jusqu’au 25 novembre, soit plus d’un mois après son arrivée. Ce n’est que peu après qu’elle sera enfin logée.

Dans notre pays, beaucoup de Shakilas subissent le même sort. À l’heure actuelle, le manque de places d’accueil oblige quelque 2 000 personnes à dormir dehors. Anormal, alors qu’on sait que le nombre de demandeurs d’asile est bien plus élevé qu’en 2 000, année « pic » où sont arrivés 42 549 candidats réfugiés, pour 19 941 en 2010, soit la moitié (voir tableau).

Fin du « plan de dispersion »

L’origine de la crise de l’accueil remonte à 2007. Cette année-là, le plan de dispersion obligatoire est supprimé. Dans ce système, institué en 1993 suite aux crises de l’accueil antérieures – dans les années 80 et 90 –, les demandeurs d’asile séjournaient les premiers mois dans un centre. d’accueil. Ils pouvaient ensuite bénéficier du soutien du CPAS, à raison d’une indemnité de survie. L’État fédéral remboursait ces allocations aux CPAS, qui assistaient également les demandeurs d’asile dans leur recherche d’un hébergement, d’une école pour leurs enfants, etc.

Ainsi, l’accueil a été réparti sur l’ensemble du pays, et les demandeurs d’asile pouvaient, dans une certaine mesure, retrouver un peu d’autonomie et une chance de s’intégrer dans la société belge. Souvent avec succès. En cas de réponse négative à leur demande, ils recevaient un ordre de quitter le territoire. Les écoles et le  voisinage montaient illico aux barricades, exigeant justice pour « leur » réfugié, et le bourgmestre local se joignait souvent à eux. Ces actions rendaient l’expulsion des personnes concernées extrêmement ardues pour les instances, bien embêtées.

Ce système a fait l’objet de critiques qui avançaient « l’effet aspirateur » des « faux » demandeurs d’asile, profitant du soutien financier des CPAS. Un fait infirmé par les statistiques : entre 2002 et 2007, le nombre de demandeurs d’asile a connu une baisse spectaculaire (voir tableau). Après 2007, le nombre a augmenté, mais très lentement. Cependant, la Belgique s’est fait, ces dernières années, rappeler à l’ordre pour son non-respect des accords internationaux contraignants, enjoignant d’accorder un toit aux réfugiés.

Entre-temps, le gouvernement avait changé son fusil d’épaule. Dans le nouveau règlement, les demandeurs d’asile ne reçoivent plus de soutien financier mais matériel, qui doit être assuré par des petites structures (« initiatives locales d’accueil »), mises sur pied par des organisations sociales et les CPAS.

Ce règlement n’a cependant pas été appliqué par tous les CPAS. Conséquence : la capacité d’accueil s’est fortement réduite. En outre, les CPAS ne sont désormais plus obligés de loger les candidats réfugiés.

Au cœur de l’hiver

Les conséquences se sont immédiatement fait sentir. Depuis 2009, 10 000 demandeurs d’asile n’ont pas été hébergés dans un centre au moment de leur demande d’asile et ont dû dormir à la rue  pendant plusieurs semaines ou mois, sans nourriture, soins médicaux, école pour leurs enfants, aide dans leur procédure d’asile, interprète…

Le gouvernement prend parfois des mesures extrêmement coûteuses, comme envoyer des réfugiés dans des hôtels très bon marché où ils s’entassent sans aucun accompagnement ni assistance pour les mineurs d’âge. Ils reçoivent un repas par jour, puisque, faute de moyens, ils ne peuvent le préparer eux-mêmes. Parfois, en hiver, des casernes désaffectées leur sont ouvertes.

Cet hébergement d’urgence, insuffisant, ne peut cependant résoudre la crise de l’accueil. Au contraire, le système est détricoté. Lorsque, récemment, l’ex-Premier ministre Yves Leterme avait promis des places d’accueil supplémentaires pour janvier 2012, le ministre de la Défense De Crem avait annoncé la suppression de l’hébergement dans les casernes, le nombre de places d’urgence chutant alors de 2100 à 1500.

Environ 2000 personnes dorment aujourd’hui dans la rue, dans des parcs, dans des squats et autres abris de fortune... Le nouveau gouvernement Di Rupo affirme son intention de réinstaurer le plan de dispersion, mais n’avance pas le remplacement de l’aide matérielle par un soutien financier. Les CPAS seront seulement « encouragés » à organiser un accueil à petite échelle. En soi, ce système n’est pas vraiment mauvais, mais reste la question de la réaction des CPAS récalcitrants. En outre, la mise en pratique du système est très lente. Louer des logements individuels et engager du personnel supplémentaire est non seulement coûteux, mais n’offrira pas de solution aux 2 000 Shakila qui, aujourd’hui, affrontent le froid hivernal. 

Qu’est-ce qu’un demandeur d’asile ?

En général, les médias différencient peu « demandeurs d’asile » et « illégaux ». Or un « illégal » est une personne qui séjourne ici en-dehors de la légalité. Un demandeur d’asile, lui, a introduit une demande d’obtention du statut de réfugié. Il reçoit alors une autorisation de séjour temporaire, et peut donc être admis dans un centre d’hébergement durant la période d’examen de son dossier. Si celui-ci bénéficie d’un résultat positif, le réfugié est reconnu comme tel et ne doit plus retourner dans son pays, où il encourt de graves dangers à cause de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de ses opinions politiques ou de son appartenance à un groupe social déterminé.

Deux chiffres

Le coût d’hébergement d’un couple de demandeurs d’asile avec enfant dans un centre d’accueil est de 3 600 euros par mois. Ce même couple avec enfant à charge coûte à un CPAS une allocation de survie de 967,72 euros par mois (chiffres de 2010). Le coût constitue donc un argument plus qu’important pour la réactivation du plan de dispersion.


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