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23 décembre 2009 21:20 | Il y a : 2  an(s)
| Thème: Environnement, Danemark

Copenhague, fiasco et espoir

Avec une présence record de 119 chefs d’État et 45 000 participants inscrits, le sommet de Copenhague sur le climat a été la plus grande réunion de l’histoire des Nations Unies. Les 50 000 participants au forum climat alternatif et les 100 000 manifestants du week-end ont achevé de faire de Copenhague un jalon vers un nouveau mouvement mondial pour la préservation de la planète. Mais la montagne a accouché d’une souris : l’accord est en dessous de toutes les attentes.

Frank Dubois

Après onze jours de discussion, autant dire que les dirigeants du monde ne sont arrivés à aucun accord. On a rédigé un texte de deux pages et demie. Ce texte, c’est en fait vendre du vent et il n’a même pas été voté. Cuba, le Venezuela, la Bolivie, le Soudan et Tuvalu avaient en effet annoncé qu’ils ne signeraient pas.

Dans le premier paragraphe, on déclare : « Reconnaissant la vision scientifique que l’augmentation de la température globale devrait rester inférieure à 2 °C, nous allons, sur base de l’équité et dans le contexte du développement durable, intensifier notre action conjointe à long terme pour combattre le changement climatique. » Ces 2 °C sont tout sauf une marge sûre pour le climat selon le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Un réchauffement de deux degrés représente pour 20 à 30 % de toutes les espèces vivantes sur terre un risque accru d’extinction. Dans ce scénario, on s’attend à 15 à 20 % de précipitations en moins pour la région méditerranéenne et de grandes parties de l’Afrique, ce qui entraînera une forte extension des déserts et des steppes. Même avec le réchauffement actuel de 0,74 °C depuis 1850, de grandes parties du tiers monde sont déjà frappées de cataclysmes naturels et de mauvaises récoltes. C’est pourquoi les pays africains et les îles du Pacifique préconisent un réchauffement de 1,5 °C au plus.

Aucun objectif chiffré

L’ « accord » de Copenhague restera dans l’histoire surtout pour ce qui ne s’y trouve pas : aucun objectif chiffré de réduction d’émissions. Au dernier moment, on a biffé du projet d’accord l’objectif de réduire pour 2050 l’émission de gaz à effet de serre de 50 % dans le monde et de 80 % dans les pays développés.

Les seuls chiffres que comporte l’ « accord » portent sur l’intention de prévoir trente milliards de dollars de soutien aux pays en développement, répartis sur les trois années à venir. Ce soutien devrait se monter à cent milliards de dollars par an en 2020.

D’abord, ce montant est bien trop bas. Ce ne sont pas les pays en développement qui ont causé le problème du réchauffement climatique. C’est le fait historique d’avoir brûlé une grande masse de combustibles fossiles qui met l’humanité le dos au mur. En outre, les inconvénients du réchauffement climatique seront bien plus graves dans le tiers monde pour des raisons géologiques contingentes. C’est dans le Sud que se trouvent les territoires les plus secs ; un milliard de personnes en Asie dépendent de l’eau des glaciers de l’Himalaya ; les tempêtes tropicales sont bien plus fortes que les tempêtes des régions tempérées. Plus important encore, les pays du Sud ont beaucoup moins de moyens pour se protéger du réchauffement climatique.

Deuxièmement, l’engagement financier de Copenhague reste très bénévole et vague. Qui paie quoi ?

 

La Chine en tant que chef du groupe des pays en développement

La contradiction principale au sommet a été le conflit entre les pays développés d’un côté, avec les États-Unis comme premier frein, et le Sud de l’autre côté, avec la Chine en tant que poids lourd diplomatique.

Les États-Unis d’abord, mais aussi l’Europe ont refusé de proposer des réductions d’émissions qui soient le moins du monde en proportion de la dette climatique des pays développés. Les émissions d’il y a un siècle sont encore dans les différents cycles de la biosphère : air-plantes-sol-mer. On n’obtient pas une stabilisation du climat par une réduction drastique des émissions de carbone, mais seulement par une émission nulle. C’est pourquoi on peut affirmer que pour limiter le réchauffement climatique à 2 °C il ne nous reste qu’un « budget carbone » de mille gigatonnes de CO2 entre 2000 et 2050 pour en arriver à une émission nulle. Mais entre 2000 et 2006, on en a déjà utilisé 234 gigatonnes1. L’édition du week-end du Guardian faisait remarquer qu’il n’a pas grand-chose de changé depuis la Conférence de Berlin en 1885 où les puissances européennes se sont partagé l’Afrique. Copenhague avait le même enjeu, mais dans une forme moderne : qui obtient quelle part de la capacité d’absorption restante de l’écosystème de la Terre ? Avec une modeste réduction de 20 %, l’Europe s’approprie la part du lion du « budget carbone » qui reste à l’humanité. Toutefois, l’Europe a accès à la meilleure technologie et est déjà bien avancée dans le développement de ses infrastructures.

Le même « budget carbone » pour chaque habitant de la Terre ?

Des États-Unis, Chávez a dit dans son discours : « Ce qu’Obama dit est vraiment ridicule. » « Les États-Unis détiennent la planche à billets, la machine à faire des dollars. » « Les États-Unis à eux seuls… le montant de la somme qu’ils ont versée pour sauver les banques est astronomique, on s’y perd… Voilà ce qu’on dit dans la rue : “Si le climat avait été une banque, il aurait déjà été sauvé”. »

La Chine propose un système sur base de l’émission cumulée dans l’histoire par personne2. Cela signifie que chaque pays a le même « budget carbone » pour accéder à une société développée. La Chine a une émission cumulée historique de 23 tonnes de carbone par personne. Pour la France, c’est 211 tonnes, pour l’Allemagne 280 et pour les États-Unis 5873.

Au contraire de l’attitude de la presse en Europe, les pays en développement ont pour la Chine un grand respect. La Chine veut augmenter son rendement du carbone de 40 % pour 2020. En d’autres termes, pour chaque yuan de bien-être produit, il faudra en 2020 40 % d’émission de carbone en moins. Le PNUE (Programme des Nations Unies pour l’environnement) loue la Chine comme le leader mondial de la production de panneaux solaires, comme le plus gros exportateur d’éoliennes et comme le pays avec proportionnellement le plus gros budget d’État pour une économie verte.

La Chine crée un renversement de tendance

En insistant sur la dette climatique historique des pays développés et en préconisant constamment des montants compensatoires et des transferts de technologie significatifs, la Chine a établi un lien étroit avec le G77, le groupe des pays pauvres du Sud. Cette alliance, avec la Chine comme poids lourd, a pu peser sur les négociations internationales. Et ça, c’est un renversement de tendance par rapport à toutes les négociations précédentes dans le cadre des Nations Unies. Et ça, c’est un espoir pour les prochaines négociations à Mexico fin 2010.

Un mouvement de protestation porteur d’espoir

Un autre élément porteur d’espoir, c’est tout le mouvement de protestation autour de ce sommet. Des ONG vertes, des organisations pour les droits de l’homme, des mouvements Nord-Sud, des syndicalistes du Nord et du Sud ont constitué le forum climatique alternatif Klimaforum. 50 000 activistes y ont organisé 280 conférences, ateliers, séances de cinéma, etc. « Changer le système, pas le climat », le titre de cette « déclaration des peuples » rédigée en commun en dit long. Ainsi, Copenhague est aussi le point de départ d’un mouvement mondial pour l’environnement comparable avec Seattle, où est né le mouvement altermondialiste.

Spéculer sur la nature

Parmi les délégués officiels à la conférence, il y avait aussi quelques centaines de représentants du monde des entreprises. Ils sont tous convaincus que le commerce du carbone va devenir une affaire juteuse. L’International Emission Trading Association, une coordination de Shell, BP, Veolia, etc. a organisé pendant le sommet une centaine de conférences. Message central : on doit pouvoir à l’avenir négocier toute forme de stockage de carbone ou toute réduction d’émission par rapport à un scénario de référence hypothétique. Ceci doit permettre à la grande industrie de continuer à rejeter du CO2.

La pollution devient donc plus que jamais une marchandise et la nature sera cotée en Bourse. C’est l’enjeu de la lutte pour l’environnement dans les années qui viennent. Nous avons un monde à gagner et nous n’avons à y perdre que nos chaînes et un système intenable.

1 Meinhausen, M. e.a., « Greenhouse-gas emission targets for limiting global warming to 2 °C », Nature, 458, 2009, 1158-1162.

2 Émission cumulée historique par personne = le rejet de CO2 d’un pays entre 1900 et aujourd’hui, divisé par le nombre d’habitants du pays.

3 Les chiffres viennent de Ding Zhong e.a., « 2009 Control of Atmospheric CO2 Concentrations by 2050 : A calculation on the Emission Rights of Different Countries ». Une tonne de carbone rejette quatre tonnes de CO2.


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Mireille, 24-12-09 13:20:
Magnifique discours d'Hugo Chavez. Que dire de plus?
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