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13 décembre 2011 16:28 | Il y a : 162  jour(s)
| Thème: International, Congo

Elections au Congo :: trouble regard de l'Occident

Vendredi 9 décembre, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a fini par transmettre les résultats complets des élections congolaises. Kabila les remporte avec 48,95 % des suffrages, contre 32,33 % pour Tshisekedi.

Tony Busselen

Dans un pays sans infrastructures, aussi grand que l’Europe, la CENI est parvenue, onze jours après les élections, à publier sur son site Internet les résultats complets des 60 417 bureaux de vote. (Photo CNCD, www.flickr.com)

La CENI a réalisé un travail qui, en ampleur et en complexité, dépasse de le travail de n’importe quelles élections en Europe. Dans un pays sans infrastructure, aussi grand que l’Europe, la CENI est parvenue, onze jours après les élections, à publier sur son site Internet les résultats complets des 60 417 bureaux de vote. Ces résultats peuvent être comparés à ceux qui, entérinés par des témoins et des observateurs, ont été affichés dans chaque bureau de vote immédiatement après le dépouillement le 28 novembre. Cette comparaison confirme les chiffres de la CENI.

Nombre d’observateurs européens et américains ont quand même formulé des critiques acerbes envers le travail de la CENI, mais n’ont toutefois pas remis en question la victoire de Kabila. Le Carter Center, une ONG fondée par l’ancien président américain Jimmy Carter et qui se consacre entre autres au contrôle des élections, a fait par exemple remarquer qu’en deux endroits de la province du Katanga, jusqu’à 100 % des voix sont allées à Kabila. Néanmoins, cette ONG conclut que « cette estimation ne veut pas dire que l’ordre final de succession des candidats est différent de celui annoncé par la CENI ». L’avantage de plus de 3 millions de voix de Kabila sur Tshisekedi est en effet si important que, même en tenant compte de toutes les irrégularités signalées, Kabila a obtenu plus de voix que son concurrent. Même si on devait déclarer nulles toutes les voix du Katanga, Kabila l’emporterait encore avec un avantage manifeste. La condamnation par le Carter Center ne concerne donc pas tant la marge des chiffres que le « manque de respect de l’électeur congolais en raison d’une série d’irrégularités ». Mais il est toutefois à déplorer que ce prétendu « manque de respect » soit imputé entièrement à la CENI. Et on ne fait nullement état de la scandaleuse campagne de calomnies par laquelle l’opposition a dressé la population contre cette CENI et a tout mis en œuvre pour entraver le bon déroulement des élections.

Congo-pessimisme ?

On dirait que, chez certains commentateurs, le Congo-pessimisme et la répugnance à l’égard de Kabila ont grandi de telle sorte qu’ils ne vont plus s’informer que du côté de l’opposition. Deux mois avant le jour des élections, Tshisekedi avait déjà annoncé la violence qui allait éclater lors des premières annonces des résultats partiels. Et, quand la violence éclate alors, on n’entend rien dire du tout de ces trois membres du PALU (l’un des partis gouvernementaux) qui, le 26 novembre, au pont Matete de Kinshasa, ont été lapidés à mort par des membres de l’UDPS, le parti de Tshisekedi. 

Ce même samedi précédant les élections, la journaliste Colette Braeckman a été témoin de la façon dont, dès le matin, des coups de feu ont été tirés depuis la foule. Pourtant, elle sera la seule à en faire état, et on ne trouvera dans le reste de la presse que la version jamais vérifiée des 18 personnes qui auraient été massacrées de sang froid par la garde présidentielle, ce qui est d’ailleurs contesté par le gouvernement. 

La diplomatie occidentale sur du velours

Vendredi, Tshisekedi s’est proclamé unilatéralement vainqueur des élections. En même temps, il a fait savoir qu’il était exclu qu’il négocierait avec Kabila et a invité la communauté internationale à « se charger de trouver une solution ». Il est clair que Tshisekedi pense à l'une ou l'autre intervention étrangère ou pression sur Kabila pour que celui-ci cède son poste. Le gouvernement congolais a fait savoir que cette déclaration était injustifiée et qu’au besoin, elle allait traîner Tshisekedi devant un tribunal. La diplomatie néocoloniale est toutefois sur du velours, pour l’instant. Des commentateurs indignés réclament de l’action et, en même temps, le Congo même se trouve dans une impasse : un magnifique prétexte pour se mêler une fois de plus des affaires internes du Congo. L’ancien ministre Louis Michel a déjà proposé de former un gouvernement d’unité nationale. Cela n’a rien de bien original. Cette formule magique a déjà été avancée maintes fois dans le passé : en 1960, 1991, 1997, 2003 et 2006. Chaque fois, sous la direction de l’Occident et via des négociations autour de ce genre de gouvernement, on a tenté de mettre les nationalistes hors-jeu et de créer une unité parmi le personnel politique fidèle à l’Occident. Si cela permet finalement à des gens comme Mobutu et Bemba de se retrouver à la tête de l’État, c’est à chaque fois considéré comme un épiphénomène. 



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