Plan du site | Newsletter | Aide | RSS |
Loading
22 février 2012 10:46 | Il y a : 91  jour(s)
| Thème: Belgique, Belgique, Economie, Union européenne

Comment la Banque nationale veut manipuler l’indexation des salaires

L’attaque contre l’index se précise. L’Europe et le monde des entreprises insistent de plus en plus. La Commission européenne a mis la Belgique sous surveillance et proposera des mesures au mois de mars. La Banque nationale lance déjà une piste : l’index « a priori ».

Joris Van Gorp

La semaine dernière, l’indexation était la tête de Turc, en raison de la fuite d’une étude provisoire de la Banque nationale sur l’index. Dans cette étude, une piste était proposée en vue de réformer ce système.

Une indexation salariale « a priori »

Que contient cette piste ? Actuellement, les salaires sont indexés après que l’index a dépassé des valeurs pivots fixes. L’indexation est donc appliquée après que les prix ont monté au bout d’une période déterminée.

La réforme proposée par la Banque nationale revient à ce qu’on indexe les salaires à l’avance. Pour cela, on créerait un nouvel index qui prévoirait la hausse des prix pour l’année à venir. Au début de cette année, les salaires sont immédiatement augmentés sur base de cet index : un index « a priori ». Exemple. On prévoit une hausse des prix de 2 % ? On indexe donc les salaires de 2 %. Au bout d’un an, on évalue. Si la hausse des prix est inférieure aux 2 % attendus, on maintient la hausse des salaires à 2 %. Si la hausse des prix dépasse 2 %, on négocie l’adaptation des salaires à cette hausse des prix supérieure à 2 %.

À l’aune des patrons

Cette réforme de l’index est complètement dictée par les patrons.

Primo, les patrons veulent savoir au préalable, c’est-à-dire au début de l’année, à quelle hausse des salaires s’attendre. Dans le système actuel, des hausses de prix brusques – l’énergie, par exemple – peuvent accroître la masse salariale de façon inattendue. Cela ne plaît pas aux patrons. En revanche, pour les travailleurs, l’index actuel est un moyen de se protéger de ces hausses. Dans tous les secteurs. Et aussi pour les allocataires sociaux. 

Secundo, les patrons veulent que l’index fasse partie intégrante de la norme salariale. Depuis 1996, la Belgique dispose d’une loi sur la « garantie de la capacité concurrentielle » ou norme salariale. Malgré cette norme, affirment certaines sources patronales, les coûts salariaux horaires ont augmenté dans notre pays, depuis 1996, de 3,6 % de plus que dans les pays voisins, en particulier l’Allemagne où le gouvernement a imposé un quasi-blocage salarial.

Là où le bât blesse, toujours selon les mêmes sources patronales, c’est avec l’indexation automatique des salaires. Les hausses de prix inattendues font en effet grimper les salaires. Les patrons veulent éviter la chose en recourant à un index « a priori ». D’avance, on sait quelles seront les augmentations. En fait, cet index « a priori » serait repris dans la norme salariale. Celui qui voudra plus que cet index va devoir le négocier. En temps de crise, les patrons comptent pouvoir faire pression pour qu’il n’y ait pas de hausse salariale, en faisant du chantage à l’emploi, par exemple.

Comment faire du neuf avec du vieux 

En fait, l’index « a priori » n’est rien d’autre que la généralisation des accords maximaux all-in de naguère. Dans le secteur de la construction, on a conclu ce genre d’accord all-in : au-dessus de la norme salariale, on n’appliquait pas d’indexation. Même si l’index dépassait la norme. En 2009, cela a provoqué une relative baisse des salaires par rapport à d’autres secteurs où l’on applique effectivement l’indexation.

La Banque nationale propose ainsi une manipulation de l’index sur mesure pour le patronat. Ce scénario reviendra certainement au moment des négociations interprofessionnelles, à la fin de l’année, mais sans doute avant déjà, quand la Commission européenne exigera du gouvernement belge une réforme de l’index. Nous sommes prévenus.


Réagir ?

alex, 23-02-12 14:12:
Tant qu'à faire du mauvais, cela n'est pas si mal. Imaginons une déflation?
Etre augmenté avant l'augmentation, je n'y crois pas.
Ajouter un commentaire

* - champ obligatoire

*





*
*