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14 juin 2010 18:50 | Il y a : 2  an(s)
| Thème: Chine, International

Chine :: Les migrants écrivent l’histoire sociale

Cette année, toutes les provinces chinoises augmentent les salaires minimaux de 10 à 20 %. Mais l’augmentation arrachée par les travailleurs de Honda et de Foxconn est historique.

Martin De Waard

Des firmes étrangères comme Honda et Foxconn sont obligées d’améliorer les conditions de travail, et ce n’est pas un hasard. Les travailleurs chinois des entreprises privées défendent leurs droits avec toujours plus de succès. Photo : une ouvrière dans une usine de Lujiang County, dans l’est de la Chine. (Photo Xinhua, Li Jian)

Une augmentation salariale d’à peu près 30 % : tel est le résultat de l’accord obtenu le 5 juin à l’usine de pots d’échappement de Honda à Foshan, où travaillent surtout des migrants internes*. Cet accord a été atteint suite à des négociations entre les représentants élus des travailleurs et la direction, sous la supervision du gouvernement local et des syndicats. L’accord a mis un terme à la grève qui a paralysé les quatre usines d’assemblage de Honda en Chine. S’inspirant manifestement de cet exemple, d’autres usines des régions de Canton (où se trouve Foshan) et Shanghai ont entamé à leur tour des actions pour une augmentation.

Chez Foxconn aussi, la grogne était générale ces derniers temps. L’entreprise taiwanaise est le plus gros producteur d’électronique du monde (pour Apple et HP, ea). En Chine même, l’entreprise emploie 800 000 personnes, dont 400 000 dans une usine de Shenzhen, touchée par une vague « inexplicable » de suicides de jeunes migrants. Les médias chinois ont parlé du phénomène, les autorités ont demandé des explications et la Confédération syndicale internationale a mis Apple et d’autres clients de Foxconn sous pression. Et l’entreprise a donc dû promettre d’augmenter les salaires d’un tiers, d’adoucir la discipline de fer et d’améliorer les conditions de vie quasi militaires dans les dortoirs. La problématique des conditions de vie et de travail des migrants internes s’est du coup retrouvée à l’avant-plan politique.

Pouvoir d’achat

Cette marche arrière de deux puissantes entreprises étrangères comme Honda et Foxconn symbolise le succès croissant avec lequel la classe ouvrière chinoise peut se battre pour ses droits. Normalement, le gouvernement n’aime guère les conflits sociaux, qui troublent l’« harmonie » de la société et sont mauvais pour la production. Mais, dans le dossier Foxconn, le secrétaire provincial du parti s’est prononcé en faveur des travailleurs.

Depuis 2003, de plus en plus de gens au sein du Parti communiste chinois disent que le fossé entre pauvres et riches est trop grand. Ils ont encore gagné en force depuis la crise économique mondiale : les exportations ont fortement baissé et, afin de maintenir la croissance à niveau, la consommation intérieure doit augmenter. Donc, le pouvoir d’achat du citoyen doit augmenter et la sécurité sociale doit être mieux construite (juste le contraire de ce que fait l’Europe). Récemment, le Premier ministre Wen a déclaré que la réduction de l’écart entre les revenus est une priorité du gouvernement. Cette année, toutes les provinces chinoises augmentent les salaires minimaux de 10 à 20 %. En prenant parti, le gouvernement lance un signal indéniable à l’adresse de tous les employeurs de Chine.

* Les migrants internes sont surtout des jeunes des campagnes qui, provisoirement ou définitivement, viennent travailler en ville, parfois à des milliers de kilomètres de chez eux.

Un précédent important

Un changement de situation requiert un changement d’approche. En Chine aussi.

Le syndicat chinois dépend du parti et défendait traditionnellement les droits des travailleurs par un travail de lobbying auprès du législateur. Ça marchait pour une économie ne comptant que des entreprises d’État, mais plus dans une situation où la majorité des salariés travaillent dans le secteur privé. Ce n’est que depuis 2003 que les statuts mentionnent que le syndicat peut négocier les intérêts des travailleurs avec les patrons. À partir de 2005, on a commencé à créer des syndicats dans des entreprises étrangères réticentes. Aujourd’hui, 85 % de ces entreprises comptent un syndicat.

Le problème, c’est que ces nouveaux syndicats sont presque toujours contrôlés par la direction de l’entreprise même, alors que la direction syndicale locale est généralement liée au gouvernement local qui dépend des entreprises pour ses recettes fiscales, alors qu’il n’a aucun lien avec les migrants internes.

Chez Honda aussi, le syndicat d’entreprise est sous contrôle de la direction. La direction syndicale locale a d’abord tenté d’empêcher la grève, mais a finalement aidé à faire élire les meneurs de la grève comme représentants officiels. La grève chez Honda est donc un précédent important : la direction syndicale reconnaît le rôle du mouvement combatif à la base et les meneurs de la grève demandent que les représentants élus aient les structures en main. Si ça marche, Honda va pouvoir servir de modèle.




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Thierry, 16-06-10 10:47:
Quelle conclusion politique le PTB tire-t-il de cet article et de la situation décrite.
Le parti ? Mais c'est un parti "commmuniste", faut-il le préciser ? Le PTB s'en tient-il à cette thèse absurde que se déroulerait en Chine une sorte de NEP ? S'en est bien fini avec la dictature du prolétariat, le contrôle et la collectivisation des moyens de production !
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