Quel que soit le nombre de victimes, une chose est certaine, ce sont les manifestations les plus violentes qu’ait connues le Tibet depuis 1989. Cinq mois avant les JO de Beijing (Pékin), elles tombent particulièrement mal pour le gouvernement chinois. Le journaliste britannique James Miles, de l’Economist, était le seul correspondant étranger à vivre les événements sur place1. Il raconte que les incidents ont débuté vendredi, lorsque de petits groupes de Tibétains, souvent armés de sabres, s’en sont pris aux commerces des Chinois han de la vieille ville, les attaquant à coups de pierres et de blocs. Les Chinois ont pris la fuite, après quoi leurs biens ont été pillés et incendiés. Quelques heures plus tard, le feu faisait encore rage en bien des endroits et des citoyens chinois se faisaient également lapider en rue. Miles dit que la population tibétaine a eu des réactions mitigées. Certains soutenaient la violence et jetaient des rouleaux de papier de toilette par sympathie, d’autres étaient déconcertés.
Et la police chinoise ?D’après James Miles, « une poignée d’hommes de la police antiémeute, avec casques et boucliers (mais sans armes à feu visibles), patrouillait devant le Jokhang (le principal temple) alors que l’émeute battait son plein autour d’eux. D’autres ont pris place autour du quartier. Mais, durant des heures, ils n’ont pas manifesté l’intention d’intervenir. Ce n’est que le soir que des voitures de pompiers sont apparues dans les rues, appuyées par deux blindés, afin d’éteindre les foyers d’incendie. Mais la police, équipée d’armes automatiques, n’a pas été déployée dans les rues. On pouvait entendre régulièrement des détonations. Mais il était malaisé de dire si elles provenaient d’armes à feu ou d’explosions dues aux incendies. »
Les autorités locales donnent aux responsables de la violence jusqu’au lundi soir, 17 heures, pour se rendre, sans quoi des sanctions sévères s’ensuivront.
Les disciples du dalaï lama protestent contre ce qu’ils appellent « l’occupation chinoise ». L’occasion directe, s’il faut les en croire, c’est le « 49e anniversaire de la fuite du dalaï lama ». Le 10 mars 2006, son gouvernement en exil avait exigé l’indépendance du Tibet, qui englobe, à ses yeux, deux provinces chinoises. 7,5 millions de Chinois han et plusieurs millions de musulmans chinois y vivent actuellement et devraient quitter la région dans l’optique du dalaï lama. Il s’agit là d’un quart du territoire total de la Chine susceptible de la sorte d’être ravagé par des campagnes de haines ethniques. D’aucuns se souviendront du scénario yougoslave des années 90. Le démembrement de la Yougoslavie avait été accompagné de guerres et a fait des centaines de milliers de morts. Pour un pays comme la Chine, avec ses 1,4 milliard d’habitants en route vers une prospérité certaine, une telle évolution signifierait une véritable catastrophe.
1 “Incendie sur le toit du monde”, sur www.economist.com
Scènes de lynchage de Chinois par des Tibétains
mardi 18 mars 2008, 16h55 | AFP
http://www.leparisien.fr/home/info/international/articles/SCENES-DE-LYNCHAGE-DE-CHINOIS-PAR-DES-TIBETAINS_296267549
De jeunes Tibétains déchaînés ont caillassé et battu des Chinois et ont mis le feu à des boutiques, avant que l\'armée ne restaure le calme à Lhassa, la capitale du Tibet, ont raconté des touristes qui arrivaient de la région himalayenne.
«C\'était une explosion de colère des Tibétains contre les Chinois et les musulmans», a rapporté à l\'AFP John Kenwood, un Canadien de 19 ans qui a décrit des scènes d\'une violence extrême. Selon son récit et celui d\'autres touristes qui sont arrivés aujourd\'hui par avion à Katmandou, la capitale du Népal, des bandes de jeunes ont battu et roué de coups des Chinois hans, accusés par les Tibétains de détruire leur culture et leur mode de vie par leur arrivée massive dans la région.
Le jeune Canadien affirme ainsi qu\'il a vu vendredi quatre ou cinq Tibétains caillasser et frapper «sans pitié» un motocycliste chinois. «Ils ont fini par le mettre à terre, ils l\'ont frappé sur la tête avec des pierres jusqu\'à ce qu\'il perde connaissance. Je pense que ce jeune homme a été tué», relate-t-il, sans être sûr que la victime soit morte.
Le gouvernement tibétain en exil a affirmé aujourd\'hui que le bilan «confirmé» du nombre de victimes des récentes violences au Tibet s\'élevait à 99 morts. Pékin a assuré de son côté que «13 civils innocents» avaient été tués et a affirmé ne pas avoir tiré de coups de feu pour mettre fin aux émeutes.
«Tous ceux qui avaient une apparence de Chinois étaient attaqués»
Les Tibétains «jetaient des pierres à tous ceux qui leur tombaient sous la main», ajoute John Kenwood. «Les jeunes agissaient et les vieux les encouragaient en criant, en hurlant comme des loups. Tous ceux qui avaient une apparence de Chinois étaient attaqués», confirme Claude Balsiger, un touriste suisse de 25 ans.
«Ils ont attaqué un vieil homme chinois qui passait sur sa bicyclette. Ils l\'ont frappé très violemment sur la tête avec des pierres, de vieux Tibétains sont intervenus pour les arrêter», détaille-t-il.
John Kenwood a assisté à une scène de sauvetage similaire survenue alors qu\'un Chinois demandait grâce à une foule armée de pierres. «Ils lui donnaient des coups de pied dans les côtes, il avait le visage en sang», raconte-t-il. «C\'est alors qu\'un homme blanc est arrivé (...) et l\'a aidé à se relever. Il y avait autour d\'eux une foule de Tibétains, pierres à la main; il a gardé le Chinois près de lui, a fait des gestes vers la foule, et ils l\'ont laissé emmener le vieil homme en sécurité».
A l\'écoute de ces récits de touristes, un porte-parole du gouvernement tibétain en exil, Thubten Samphel, a qualifié ces violences de «très tragiques». Les Tibétains «ont reçu pour consigne de de pas utiliser la violence dans leur combat», a-t-il dit à l\'AFP par téléphone.
Les manifestations ont débuté le 10 mars, à l\'occasion du 49e anniversaire du soulèvement anti-chinois de Lhassa en 1959. Samedi, les autorités chinoises avaient repris le contrôle de la capitale tibétaine. L\'armée a notamment ordonné aux touristes de rester dans leur hôtel d\'où, selon leurs dires, ils ont pu entendre des coups de feu et les détonations de grenades lacrymogènes.
Lundi, les touristes étaient à nouveau autorisés à circuler mais régulièrement, ils devaient montrer leur passeport à des points de contrôle. «Les magasins étaient complètement brûlés. Toutes les marchandises étaient dans la rue, brûlées. De nombreux bâtiments étaient vides», témoigne Serge Lachapelle, un touriste canadien. «Le quartier musulman était complètement détruit, toutes les boutiques étaient détruites», déclare John Kenwood.