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26 avril 2010 15:47 | Il y a : 2  an(s)
| Thème: Chine, International

Chine 2010 (1) :: Les deux baguettes du modèle socialiste chinois

Les 145 millions de migrants ont participé au développement industriel important de la côte est de la Chine mais beaucoup d’entre eux retournent vers l’intérieur du pays, plus arriéré. Conséquence de la stratégie « Go-West » du gouvernement.

Liu Xiao Hong

Des millions de migrants intérieurs (ici, une travailleuse d’origine ouïgoure dans une usine textile de Shaoxing, sur la côte Est) ont contribué au développement industriel de la Chine. Aujourd’hui, le gouvernement lance une campagne de développement des régions intérieures. (Photo Xinhua)

L’exposition universelle 2010 se déroulera à Shanghai du 1er mai au 31 octobre. Après les jeux olympiques, cette manifestation va à nouveau focaliser l’attention sur la Chine. Pour Solidaire, c’est l’occasion de commencer une série d’articles sur le modèle économique et social chinois. Comme premier de la série, nous publions un article de Liu Xiao Hong, sur la situation des migrants de l’intérieur.

On les appelle nongmingong, littéralement : « paysans qui sont devenus ouvriers » Ils sont 145,3 millions. Le magazine Time les a qualifiés de « groupe dont l’influence est croissante dans une des économies les plus fortes du monde. »

Qui sont les migrants de l’intérieur ?

Les nongmingong sont des paysans qui ont rejoint les villes et sont devenus ouvriers à cause des grands écarts de revenus entre la ville et les campagnes. En 1989 ils étaient seulement 30 millions, en 1993, 62 millions et aujourd’hui, 145 millions. Le groupe le plus nombreux aurait entre 16 et 25 ans, un tiers seraient des femmes et la majorité travaillerait par périodes de 6 mois à 2 ans.

La plupart se rendent dans des villes proches mais certains, souvent, parcourent des centaines, voire des milliers de kilomètres. Ils travaillent dans la construction, l’horeca, l’assemblage et d’autres secteurs ouvriers d’activité intensive, et effectuent des travaux le plus souvent non qualifiés. Une partie de leur maigre salaire retourne dans leur famille. Entre deux périodes de travail ils retournent dans leur village afin d’aider la famille : ils construisent une petite maison, ouvrent un petit commerce,… Le plus souvent ils ont un niveau scolaire équivalent au secondaire inférieur.

Des études récentes montrent que ces migrants travaillent environ 26 jours par mois et en moyenne 58,4 heures par semaine. C’est 14,4 heures de plus que ce qu’autorise la loi chinoise (44 heures/semaine). 44,8 % d’entre eux ont un contrat de travail mais dans la construction cela descend à 26 %.

Action collective

En Chine, le système de registre familial (appelé « hukou») détermine que, pour nombre de services sociaux, les migrants dépendent de leur lieu d’origine, là où habite leur famille. En conséquence ces ouvriers migrants ont moins de droits du point de vue des soins de santé, de l’enseignement et autres que leurs collègues de la ville. En 2006, le gouvernement chinois a lancé une campagne pour l’égalité des chances au travail. Et depuis le début de cette année, le hukou a été appliqué de manière moins stricte dans quelques grandes villes comme Shanghai, où les migrants ont accès à l’enseignement, aux soins de santé et d’autres services, comme tout le monde.

Beaucoup de migrants se rendent dans les villes de la côte est chinoise, où des dizaines de milliers d’entreprises travaillent pour l’exportation. Cela concerne surtout le delta de la rivière des Perles, avec les villes de Guangzhou (Canton), Shenzhen et Dongguan et le delta du Yangtse, avec Shanghai comme plaque tournante.

La nouvelle génération de migrants, nés vers la fin des années 80, début 90, commence à travailler à un âge plus avancé et bénéficie d’une scolarité plus longue. De plus, l’objectif n’est plus de retourner un jour au village. Ils veulent un avenir dans la ville. Une étude sur les migrants dans la région de Guangzhou conclut : « Ils sont plus mobiles et ils ont une plus forte conscience de classe : ils mènent davantage d’actions collectives contre les abus et ont des perspectives de solutions. » Souvent, ce sont des actions pour le payement d’arriérés de salaires, une tactique que pratiquent beaucoup d’employeurs afin d’être sûrs que les migrants reviennent après les vacances.

La crise mondiale a frappé fort en Chine aussi

La crise financière globale a aussi touché la Chine. En 2009, environ 20 millions de nongmingong se sont retrouvés sans travail. C’est principalement dans le delta de la rivière des Perles, dans le sud-est du pays, « la plus grande usine du monde », où des dizaines de milliers d’entreprises emploient environ 32 millions de migrants que les effets furent les plus durs. Pendant les neuf premiers mois de 2008, 627 entreprises ont fermé leurs portes à Dongguan et plus de 700 à Shenzhen. Plus de 30 % des entreprises de produits d’exportation tournaient à perte. Mais il faut noter que ces deux centres d’exportation, où sont produits nos GSM, chaussures de sport, fours à micro-ondes, ordinateurs portables, ont été confrontés au début de cette année, alors que l’économie chinoise redémarrait, à un grand manque de main d’œuvre. Foxconn, la multinationale taiwanaise qui, à Shenzhen, assemble entre autres, les iPods, déclarait en février 2010 qu’elle cherchait encore à recruter 50 000 migrants. Dans tout le delta de la rivière des Perles, il manquait environ deux millions de travailleurs. Le delta du Yangtse, près de Shanghai, lui aussi dirigé vers l’exportation, a connu également un énorme manque de main d’œuvre.

Modèle à deux baguettes

A première vue ce manque de main d’œuvre est assez étrange car depuis quatre ou cinq ans, les salaires ont augmenté de manière continue. Une cause importante et surprenante à cette situation est certainement l’amélioration des conditions de vie dans les campagnes de l’intérieur.  Davantage de migrants ont maintenant le choix : partir loin, en ville, et travailler dans une usine moderne ou rester chez soi et ouvrir un petit commerce dans le village.

Le manque d’effectifs a aussi eu pour effet une augmentation des salaires de 15 à 25 %. C’est déjà un des effets positifs de l’application de la directive centrale « Go West » – stratégie de développement des régions de l’ouest du pays. Une stratégie déjà annoncée précédemment par le Premier ministre Wen Jiabao et qui depuis mars de cette année a été désignée par le Parlement chinois comme une des grandes priorités.

Entretemps Hewlett-Packard a ouvert une usine à Chongking, une ville de 5 millions d’habitants à l’intérieur du pays, où on produit chaque année 40 millions d’ordinateurs portables, et le fabricant de puces électroniques Intel a déménagé ses sites de production et de tests de Shanghai à Chengdu, également à l’intérieur du pays. Deux résultats manifestes du planning établi par les autorités. Le modèle socialiste chinois à deux baguettes peut, apparemment, rapidement et par des approches ciblées, réorienter le social et aussi développer l’économie afin de réaliser le « baoba » (protéger les huit) c’est-à-dire apporter les 8 % de croissance économique qui chaque année doivent garantir les 10 millions de nouveaux emplois, nécessaires au développement d’une société harmonieuse.


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