
Tous les usagers réguliers peuvent raconter les petites et grandes histoires de trains en retard ou bloqués suite à des incidents techniques. Les syndicats de la SNCB tirent depuis longtemps la sonnette d'alarme. (Photo Solidaire, Antonio Gomez)
« C’est un malheureux concours de circonstances ». « Il faut s’adresser à Infrabel ». « Je ne vais pas réagir ». « La communication a été mauvaise mais on ne peut tirer aucune conclusion. »
Les réactions après le chaos engendré lundi dernier sur le rail successivement de Marc Descheemaecker (patron de la SNCB-voyageurs, 451 000 euros de salaire annuel), de Janie Haeck (patron du holding SNCB), de Luc Lallemand (Infrabel, 485 605 euros) et de la ministre Inge Vervotte (132 000 euros) sont hallucinantes.
Dans l’espace de quelques heures, plusieurs trains se sont arrêtés, de la mer à Bruxelles, jusqu’à Mons. Des milliers de voyageurs ont mis jusqu’à 8 heures pour rentrer chez eux. La fatalité ? Pas vraiment. Tous les usagers réguliers peuvent raconter les petites et grandes histoires de trains en retard ou bloqués suite à des incidents techniques. Les syndicats de la SNCB tirent depuis longtemps la sonnette d’alarme. En mars dernier, le PTB a déjà lancé une campagne www.sifflezlafaute.be envers les voyageurs pour dénoncer les causes structurelles de retards et d’incidents répétés. Il y a l’absence d’entretien régulier. Il y a la réduction du personnel, le manque d’investissement. Dans le passé, les trains étaient entretenus régulièrement. Aujourd’hui, on intervient seulement quand il y a des problèmes. Avant, le personnel pouvait réagir immédiatement en cas d’incident. Aujourd’hui, le nombre de communications a quadruplé à cause de la scission de la SNCB, avec des délais de réactions catastrophiques. Tout le monde voit que ça ne fonctionne plus. Pourtant, la direction de la SNCB persiste dans cette voie suicidaire : plan de restructurations, fermeture d’ateliers d’entretien, fermeture de guichets et de gares. Il semble que ces incidents répétés cadrent dans une stratégie de pourrissement pour préparer les esprits à un scénario de libéralisation comme pour la Poste au nom du « on ne peut pas continuer ainsi ».
Dans ce scénario, on doit particulièrement remettre en cause la scission de la SNCB en trois entités. Voulue par l’Union européenne, cette scission se fait dans un processus déclaré visant à privatiser les beaux morceaux du rail (notamment les grandes lignes de voyageurs) et à démanteler le service au public. Cette politique actuelle doit être d’urgence remplacée par une politique du rail public, avec un contrôle démocratique sur la politique menée, y compris sur les comptes financiers. Aujourd’hui, il y a beaucoup de gaspillage et des décisions incohérentes. La scission de la SNCB coûte 100 millions d’euros par an1. Le groupe SNCB a dépensé 220 millions d’euros pour des consultants externes. Des filiales privées sont créées partout avec de nombreux postes de direction.
La SNCB doit être réunifiée et refinancée sous statut public. Pour relever le défi d’un transport fiable, sûr, vaste et écologique pour le futur. Le PTB intensifiera sa campagne www.sifflezlafaute.be dans les semaines à venir par des actions de sensibilisation.
1. Selon Janie Haek lui-même, patron du holding SNCB