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13 avril 2010 16:27 | Il y a : 2  an(s)
| Thème: Dossier crise, Belgique, En direct des entreprises, Dossier grands magasins, Distribution

Carrefour :: « Ils veulent baisser les barèmes ? On continue l’action ! »

Plus d’un tiers des magasins Carrefour étaient en grève le 3 avril, veille de Pâques. L’avenir de certains magasins est toujours plus que flou, et la direction veut toujours diminuer les salaires.

Alice Bernard

Après la grève générale du 26 février (photo : le piquet à La Louvière) un tiers des grands magasins Carrefour étaient en grève la veille de Pâques. (Photo Solidaire, Michel Mommerency)

Il y aura moins de fermetures que prévu, 14 au lieu de 21, a en effet annoncé la direction quelques jours avant la grève de Pâques. Sans aucun doute, c’est la mobilisation des travailleurs et de leurs syndicats qui a poussé la direction à modifier son plan initial. Mais la bataille est loin d’être gagnée. Car la direction prévoit encore de céder une vingtaine de magasins à un autre groupe, probablement Mestdagh (les magasins Champion) et de faire passer tout le personnel de tous les magasins dans la commission paritaire 202, bien moins avantageuse que la 312, dans laquelle les hypermarchés sont actuellement inscrits. Tout le personnel du groupe reste donc concerné par les discussions qui se poursuivent entre direction et organisations syndicales.

A Bruxelles, le 3 avril, tous les « hyper » étaient en grève, même ceux qui ne sont pas concernés par le plan. « On fait grève par solidarité mais aussi pour nous », entendait-on souvent aux différents piquets. Carole, employée à Leeuw-St-Pierre : « C'est vrai qu'une journée de grève coûte aux travailleurs, mais ce qui est encore plus vrai c'est que si le plan de restructuration passe, nous perdrons beaucoup plus d'argent que quelques journées de grève. Avec la commission paritaire 202, on ne tient pratiquement plus compte de l'ancienneté. Pour un ancien travailleur, la différence peut monter jusqu'à plusieurs milliers d'euros par an. » « On espère toujours un petit peu, ajoute Murat, mais pour le moment c’est la 5e réunion et c’est toujours le néant. » Bavo conclut : « Et si on continue l’attaque sur les salaires on continuera la grève. Carrefour a essayé par tous les moyens de casser le mouvement il y a un an : huissiers et tout ça… On a été au tribunal et on a gagné ! » Et au piquet, pas de querelles linguistiques. Karine, déléguée LBC : « Ici, nous sommes francophones et néerlandophones tous unis dans cette lutte. Il n'y a pas de frontières entre nous. »

Continuer à mettre la pression

A Malines, le magasin est condamné. La direction a confirmé la fermeture pour le 30 juin. Mauvaise nouvelle. Mais l’ambiance au piquet est combative. Wis Leemans, caissière et déléguée Setca : « La première phase de la loi Renault, qu’on appelle phase d’information, est terminée. Les négociations sociales ont commencé le 12 avril. En attendant, la direction essaie de semer la division. Entre les magasins qui ferment et les autres, en donnant un cadeau ici ou là. Alors que tout le monde y perdra des plumes en changeant de commission paritaire. Selon moi, les syndicats devraient organiser une grève nationale pour faire pression sur la direction et encourager la solidarité entre les magasins. Mais bon, il ne faut peut-être pas tirer toutes nos cartouches à la fois. » Greta, du syndicat LBC, trouve qu’il faut frapper encore plus fort la direction de Carrefour : « Un jour de fermeture, ce n’est pas assez. Et tous les magasins doivent être en grève, comme ça la direction le sentira dans les résultats. »

La soif des actionnaires...

Autre sujet de discussion au piquet malinois : « Ils disent qu’ils n’ont pas d’argent pour nous muter ou nous verser une bonne prime. Pourtant, ils font des super-bénéfices. Il faudrait imposer une limite aux bénéfices de ces actionnaires. » « Surtout que les grands managers, quand ils partent, ils reçoivent des ponts d’or » s’énerve Annemie (LBC). « Au fond », conclut Greta « les entreprises qui font des bénéfices ne devraient pas pouvoir licencier. Sinon, c’est toujours les petits qui casquent. »

Sauvetage des magasins ou du profit ?

« Carrefour fait une partie de bluff », explique Rachid, délégué Setca à Bruxelles. «Il menace de partir mais en fait il ne veut pas partir. Il veut rester mais uniquement avec des franchisés, avec les conditions de travail des franchisés et surtout sans aucune présence syndicale». Une question cruciale des négociations qui s’annoncent sera en effet de savoir sous quelle forme et à quelles conditions Carrefour va rester en Belgique. Car il restera, quoi qu’il arrive. Il est simplement en train d’essayer d’imposer les conditions qui lui rapporteront le plus. Dans ce cadre, la franchise c'est la mine d'or : des plus petits salaires, plus de flexibilité et pas de syndicat pour défendre les droits des travailleurs.

Le PTB solidaire

Comme lors des journées de grève précédentes, des délégations de solidarité du PTB ont rendu visite aux piquets de grève à Bruxelles, dans les deux provinces de Flandre, à Namur, à Charleroi, dans le Centre, à Liège, Malines, Anvers... Et que font les autres politiciens ? « Le gouvernement devrait, mais ne va rien faire du tout, sinon on aurait été soutenu, dit un jeune délégué de la CSC. C’est un peu chacun sa merde. Au moins ils ne nous ont pas lâchés les flics et les huissiers comme pour les grèves de l’année passée… »

 

Bernard Arnault, actionnaire principal de Carrefour, actionnaire chez Louis Vuitton et Christian Dior, 2e fortune de France (14,5 milliards d’euros) et fossoyeur de l’emploi. L’affichette est téléchargeable sur www.ptb.be

 


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