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6 décembre 2010 18:58 | Il y a : 1  an(s)
| Thème: Mexique, International, Environnement

Cancùn :: Les problèmes réels et des solutions qui n’en sont pas

Le sommet climatique des Nations unies à Cancùn est presque terminé et on n’a pas l’impression que les mesures destinées à sauver le climat seront prises. Un accord climatique mondial contraignant est prévu pour l’an prochain, en Afrique du Sud. Au plus tôt. Pourtant, il n’y a plus de temps à perdre.

Nick Dobbelaere et Tom De Meester

Le 29 novembre, premier jour du sommet climatique des Nations unies à Cancún, des activistes ont occupé, en Belgique comme dans le reste de l’Europe, les bâtiments bruxellois du lobby IETA. Avec l’action, ils voulaient dénoncer le rôle du lobby industriel dans la promotion de fausses solutions au problème climatique comme le marché des émissions de CO2, à la place de soutenir des réductions drastiques de ces émissions. (Photo youngfoee)

Cancún, un énième échec ?

« Cancún, don’t make it bad / Take these measures, to save the climate » (Cancún, n’en faites pas un gâchis / Prenez les mesures qui sauveront le climat), chantaient quelques milliers de manifestants pour le climat le 28 novembre à Bruxelles. Le sommet climatique des Nations unies est presque terminé et on n’a pas l’impression que les mesures destinées à sauver le climat seront prises. Un accord climatique mondial contraignant est prévu pour l’an prochain, en Afrique du Sud. Au plus tôt. Pourtant, il n’y a plus de temps à perdre. Incendies de forêt, inondations et sécheresse accablent des populations entières. Généralement, dans des régions les plus pauvres. Et si les rejets de CO2 à l’échelle mondiale ne baissent pas à partir de 2020, la situation peut devenir irréversible… Les décideurs politiques appliquent des mesures prémâchées par toutes sortes de groupes de pression qui garantissent les intérêts de l’élite financière plutôt que de s’en prendre efficacement aux causes du réchauffement climatique. Pour ces gens, on en est toujours au « profit d’abord, pas le climat ».

La fausse solution du commerce des émissions

Pour l’Union européenne, le commerce des droits d’émission de CO2 est la solution par excellence à la crise climatique. Bizarre, car elle permet à peine moins de rejet et seules les entreprises y trouvent leur compte.

À Cancún, les négociateurs de l’UE insistent sur une extension de l’ETS, le système européen du commerce (des droits) d’émission. Ce système, qui accorde aux entreprises des droits de rejeter, acheter et vendre des gaz à effet de serre, permet des échappatoires. En effet, de nombreuses entreprises reçoivent gratuitement des droits d’émission, alors qu’elles en répercutent les coûts sur leurs clients. On leur octroie aussi bien trop de ces droits : elles peuvent même faire des bénéfices en vendant leurs excédents de droits. Avec l’application de ce système, les rejets au sein de l’Europe ont augmenté…

De même, les mécanismes internationaux de compensation carbone permettent aux entreprises, au lieu de réduire leurs rejets, d’opter pour l’achat de droits sur le marché international du carbone. Seul un petit nombre de ces droits commercialisés aboutissent à de réelles réductions des émissions et certains sont même liés à un impact social et écologique grave sur les pays en voie de développement.

Un lobby actif

Puis, il y a les groupes de pression. Ils tirent parti d’événements comme les négociations de Cancún sur le climat pour promouvoir l’idée d’un marché mondial du carbone. Un de ces lobbys est l’IETA (International Emissions Trading Association), qui représente d’importants producteurs d’énergie comme BP et Shell, et des banques comme BNP Paribas et Goldman Sachs. Juste avant le sommet de Cancún, des activistes écologistes ont occupé les bureaux du groupe à Bruxelles. L’une des participantes à l’action explique pourquoi le commerce des droits d’émission est une fausse solution : « S’appuyer sur le commerce des émissions signifie d’importants profits pour les industries polluantes, tandis qu’elles continuent à agir comme avant. Des lobbys comme IETA font la promotion du commerce des émissions au profit des intérêts des grandes entreprises, leurs membres. Nous avons besoin d’une véritable transformation de la façon dont nous produisons et consommons et pour réduire les rejets de gaz de serre. »

Et le temps presse. Le GIEC, groupe d’étude des Nations unies, déclare qu’en 2020, le point de changement de cap dans les rejets de CO2 devrait être atteint. Et en 2050, les rejets mondiaux de CO2 auront dû baisser de moitié par rapport à 1990. Mais avec une plus grande contribution des pays industrialisés qui eux devraient réduire leurs rejets d’au moins 85 % et, de préférence, de 95 %. Alors, les rejets ne pourront plus augmenter, sinon nous serons confrontés à des phénomènes qu’on ne pourra plus endiguer. Cela requiert un revirement tellement grand dans l’organisation de la société qu’on peut se demander si cela est vraiment concevable dans une société capitaliste. 

L’Europe continuer à miser sur le charbon, hyper polluant

À Anvers, la construction d’une nouvelle centrale au charbon a été (provisoirement) évitée. Mais en Europe, ces pollueurs gagnent du terrain.

Pour l’instant, au sein de l’UE, 19 nouvelles centrales au charbon sont en chantier et 47 autres projets similaires attendent leur financement. Electrabel est devenu aussi, après la Belgique, premier producteur d’énergie aux Pays-Bas. L’entreprise construit, près de Rotterdam, une nouvelle centrale au charbon qui, par an, rejettera autant de CO2 que deux millions de voitures.

L’Espagne, où la croissance spectaculaire de l’énergie solaire avait pourtant provoqué un « miracle vert » ces dernières années, a décidé la semaine dernière – en pleine panique budgétaire – de réduire de 25 à 40 % les subsides à l’achat de panneaux solaires. L’industrie houillère du pays continuera cependant à toucher des subsides jusqu’en 2014 – avec l’approbation de l’Europe.

Le comble, c’est l’Allemagne. Malgré le camouflage vert pomme affiché par Angela Merkel en vue de Cancún, le pays continue à miser gros sur le charbon. La moitié de toutes les nouvelles centrales au charbon y sont en chantier. Le géant allemand de l’énergie RWE qui, en Belgique, tente de se faire un profil vert via sa filiale Essent, a en chantier dix nouvelles centrales au charbon, non seulement en Allemagne, mais dans d’autres pays européens. Au moins 60 % de l’énergie produite par RWE en Europe vient de la combustion de la houille et du lignite.

Les banques européennes injectent des milliards dans le business du charbon. Dans le rapport « Les banquiers sur des charbons ardents », le Netwerk Vlaanderen révèle qu’en 2009, les grandes banques ont investi au moins 25 milliards d’euros dans le marché de la houille, via des prêts et investissements. Ces deux dernières années, AXA, KBC, Dexia, Citibank, BNP Paribas et Deutsche Bank ont investi 5 milliards d’euros dans le champion allemand du charbon, RWE.

Un mirage

Sous la pression du lobby européen du charbon, la Commission européenne veut désormais miser sur le « charbon vert », via la « récupération du CO2 » dans des espaces de stockage souterrains, une technologie qui en est à ses tout premiers pas. Le dernier « World Development Report » de la Banque mondiale dit qu’elle n’est « technologiquement pas mûre ». La récupération du CO2 accroît la consommation de combustible des centrales au charbon de 25 à 40 % et est onéreuse. Les centrales à l’essai pour l’instant coûtent 6 milliards d’euros l’unité et pour cela, les investisseurs privés se ravisent déjà. Pour atteindre les objectifs climatiques, entre 80 et 90 % de toutes les centrales au charbon doivent être adaptées. Qui va payer cela ? La question reste en suspens et personne ne sait où ces milliards de tonnes de CO2 devront être stockées.

La « houille verte » reste donc un mirage, pour l’instant, alors que le réchauffement climatique est une dure réalité. La ruée vers le charbon pose une lourde hypothèque sur la politique climatique. Si les 66 nouvelles centrales au charbon prévues en Europe sont construites, nous recevrons un rejet annuel total de près de 400 millions de tonnes de CO2, durant trente ou quarante années d’affilée. Ce qui anéantirait d’un seul coup tous les efforts consentis au sein de l’UE depuis 1990 sur le plan du CO2.

Si nous voulons sauver le climat, la houille doit rester là où elle est, dans le sol. Pour y arriver, nul besoin de rapports climatiques épais comme des bottins, de percées technologiques ou de système de commerce d’émission compliqués. Un moratoire sur la construction des nouvelles centrales au charbon suffit. Qu’est-ce qu’on attend ?

Nos revendications 
• Reconnaissance de la dette climatique historique amassée dans le passé par les pays industrialisés capitalistes. 
• Contre la répercussion par les pays capitalistes de tous les efforts sur les pays en voie de développement. 
• Contre la répercussion par les capitalistes et leurs gouvernements du coût de toutes les mesures nécessaires sur les populations. 
• Des mesures draconiennes en faveur du droit à une existence saine dans le futur.

 


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