
19 personnes ont perdu la vie le 15 février 2010, lors de l’accident de Buizingen. On ne connaitra les causes de le collision qu’en 2014. Au plus tôt. (Photo Belga)
Anita Mahy : « J’étais dans le train le jour de l’accident. Heureusement, je n’ai pratiquement pas été blessée. En revanche, du point de vue psychologique, c’est dur. Je suis remontée dans le train le jour même pour ne pas avoir trop peur et ne plus pouvoir l’utiliser.
Après l’accident, je me suis dit qu’il fallait vraiment faire quelque chose. Sinon nous allons au devant de gros accidents à la SNCB. La sécurité doit devenir la priorité. La semaine suivante je lançais une pétition pour plus de sécurité. J’ai voyagé dans les trains pour toucher un maximum de personnes » Cette pétition devait rassembler bien vite plus de 5000 signatures.
Léopold Scaillet : « Pour moi, l’accident de Buizingen a été une sorte d’électrochoc. J’étais en train d’écrire le livre, et le ton en a été influencé. La fin du livre est, de par cet accident, écrite sur un ton bien plus dur. Cet accident a été provoqué par un manque de prévoyance qu’on a voulu mettre sur le conducteur. Le pire étant qu’on ne sait toujours pas exactement ce qui s’est passé. Beaucoup de conducteurs vivent maintenant dans la hantise de reproduire cet accident puisqu’ils n’en connaissent pas les causes. »
Anita Mahy : « Mon but est de sensibiliser le plus de personnes possible. Dans l’accident de Buizingen, le problème n’est pas le conducteur mais ces conditions de travail digne de l’esclavage. Ils ont des journées de travail de 9h de conduite sans interruption. Je me bats pour la sécurité des navetteurs mais aussi pour les cheminots. Les compétences des travailleurs ne sont pas en cause. Ce sont les administrateurs délégués qui sont fautifs.
Depuis l’accident, je suis régulièrement en contact avec des cheminots. Ils me soutiennent dans le combat que je mène. Le chef de gare de Mons a par exemple demandé à ses collègues de me laisser librement circuler dans les trains pour récolter des signatures pour la pétition. Il trouve ça important. »
Léopold Scaillet : « Comme travailleur du rail, je suis content d’être soutenu par des gens comme Anita. Les cheminots veulent la même chose que les usagers. Comme Anita, je veux sensibiliser et informer les gens. C’est ce que j’ai voulu faire avec mon livre. Les conducteurs SNCB totalisent 130 dépassements de signaux par an mais ne le veulent pourtant pas. C’est la direction qui est responsable mais, apparemment, elle ne s’en rend pas compte. En matière de conditions de travail, l’important est d’adapter la structure de la machine, la structure de la SNCB à l’humain, et non pas l’inverse.
Le rapport parlementaire réalisé par la commission sur Buizingen ne va pas dans ce sens. Il ne comporte aucun objectif mesurable sur le terrain pour voir s’il y a plus de sécurité.
Dans mon livre, je mets en évidence des pièges dont les conducteurs sont victimes. C’est par exemple le cas des lampes d’alerte dans le poste de conduite d’un train équipé du système TBL1+ (système d’aide à la conduite permettant de répéter en cabine l’aspect des signaux latéraux, et d’intervenir si le conducteur ne respecte pas les indications données par ces signaux, NdlR). Une lampe jaune signifie que l’on va bientôt avoir un feu rouge. Ça devrait être un signal essentiel pour nous. Or, elle s’allume à tout bout de champ. Pour signaler un dispositif de freinage mal entretenu, pour signaler un feu rouge.... sur la voie d’en face. Bref, à force, cette lampe perd de son importance dans l’inconscient du conducteur. Et des exemples comme celui-là, il en existe des tas. »
Anita Mahy : « Améliorer la sécurité passera par une amélioration des conditions de travail du personnel. C’est essentiel. Il faut aussi organiser les choses de manière logique. Les problèmes techniques évoqués par Léopold sont importants à résoudre. La division en trois entités de la SNCB complique aussi toute une série de choses. »
Léopold Scaillet : « Améliorer les conditions de travail est une proposition à définir de manière plus précise. Augmenter le temps de repos des conducteurs, par exemple, est important mais pas suffisant. Il faut aussi repenser totalement l’organisation du poste de conduite et de la voie pour améliorer sensiblement la sécurité. Ça demande un changement de mentalité dans le chef des administrateurs. »
Léopold Scaillet, Le doute d’Aurore, Les Éditions du Peuple, 2010.
Le 15 février 2010, deux trains de passagers entraient en collision à Buizingen, dans la commune de Hal, à une quinzaine de kilomètres de Bruxelles. Le bilan est très lourd : 19 morts et 125 blessés. Les trains transportaient plus de 250 personnes et étaient bondés, la collision se passant à l’heure de pointe. L’un venait de Mons et l’autre de Louvain.
La signalisation serait la cause de la collision. Mais on ne le saura que lors du procès, en 2014 au plus tôt.