Rendez-vous à 7 h à Delta, une des entrées de la ville les plus fréquentées par les navetteurs. Au barrage filtrant organisé par la CGSP-ACOD (Services publics, FGTB), 70 personnes, dont une dizaine de membres de Comac, mouvement de jeunes du PTB. Si quelques automobilistes ont montré leur mauvaise humeur, beaucoup ont manifesté leur soutien. Les militants restaient au milieu de la route une dizaine de minutes avant de laisser passer les véhicules par vagues. Pas un camion ne passe sans klaxonner bruyamment en signe de sympathie. Et vers 9 h, trois camions de Bruxelles-Propreté sont venus prêter main forte au barrage. A 10 h 30, l’action s’est terminée sans incident.
Direction la tour des Pensions, près de la gare du Midi. Les trois syndicats tenaient un stand. La présence de pilotes et de stewards, en uniforme, a retenu l’attention. Étrange car, dans l’imagerie populaire, ils ont un « bon job ». Une réalité toute autre, selon Pauline, hôtesse chez une compagnie low-cost : « Il y a des jours où on travaille 16 h et nous devons rester toujours souriant, de bonne humeur, à la disposition de tout le monde. Nous devons toujours être en alerte aussi. Par exemple, si quelqu’un devient malade, ou fait une crise cardiaque, nous devons agir le plus vite possible. Et s’il y un problème technique au sol, nous devons être capable de faire sortir tous les passagers en 90 secondes. Mais quand on a plus de 55 ans, ce n’est pas si facile. Nous passons aussi chaque année un examen médical pour voir si nous sommes encore capable de faire ce travail. La pension était possible à l’âge de 55 ans, justement vu la lourdeur du travail. Si on doit continuer jusqu’à 65 ans, c’est impossible. »
Un rassemblement de plusieurs centrales de la FGTB était prévu devant les bureaux de Vincent Van Quickenborne (Open Vld), ministre des Pensions. L’homme par qui tout est arrivé, même si le ras-le-bol perçu aujourd’hui concernait beaucoup d’autres éléments de l’accord gouvernemental. Mais son annonce de vouloir faire passer une loi antisociale avant la fin de l’année, sans passer par la concertation sociale, a mis les syndicats en colère. Plus de 200 militants se sont rassemblés. En chemin, ils ont pu admirer quatre camions de pompiers aspergeant une tour toute proche de son immeuble.
Il n’y avait pas que « Van Quick » dans le collimateur des syndicats. Le PS, symbolisé par le Premier ministre, Di Rupo, était aussi dans toutes les discussions. Yves, du SETCa (Employés, FGTB) : « Que Van Quick fasse ça, c’est attendu, c’est un libéral. Mais, Di Rupo, c’est un socialiste, je ne comprends pas. Car la réforme est très profonde et, si on laisse passer, ils vont continuer. On négocie pendant 540 jours et puis, en 13 jours, on balaie d’un revers de la main des dizaines d’années d’acquis sociaux que nous avons obtenus à travers des luttes syndicales : les prépensions, les crédits-temps... On impose l’austérité pour renflouer les banques et pour payer pour ce qu’eux et d’autres fraudent... Si on ne se réveille pas, on va le payer très cher. »
Un sentiment partagé par la CNE (Employés, CSC). Elle a voulu montrer sa solidarité avec les travailleurs de la fonction publique. Une réussite. Elle s’est rendue au siège du PS afin de dénoncer « la rage libérale » qui contamine le parti. Au boulevard de l’Empereur, 3 cars ont déposé des syndicalistes verts de rage qui voulaient « repeindre en bleu » le PS. Le logo s’est fait recouvert d’un autre, de la couleur libérale. Et deux grandes banderoles barraient la façade du bâtiment rose. C’est là que les choses se sont compliquées. Une délégation a voulu entrer dans l’enceinte, mais les socialistes avaient bien fermé la porte. « Le PS ne veut pas voir les travailleurs, alors qu’il devrait être notre premier relais. Ils ont peur et c’est bon signe : la peur change de camp », a dit Felipe Van Keirsbilck dans un court discours. Mais, alors que le numéro un de la centrale des employés de la CSC avait tenus des propos fermes mais tout en retenue, les policiers, cachés quelques mètres derrière, se sont rués pour s’interposer. Une scène surréaliste : la police protégeant le Parti socialiste de travailleurs. Ce qui a poussé les syndicalistes de la CNE, entretemps rejoints par des membres du SETCa et d’autres centrales de la FGTB, a crier « Di Rupo appelle les flics pour assurer sa politique ». Et les « verts » d’entonner un « chant que les membres de ce parti ont oublié depuis longtemps » : l’Internationale…
Décidément, après avoir rassemblé 80 000 personnes à Bruxelles contre les mesures d’austérité le 2 décembre, puis 40 000 cinq jours plus tard pour protester contre la fermeture de la phase liquide d’ArcelorMittal et dénoncer l’inaction de nos dirigeants politiques, les syndicats viennent encore de marquer un point. Le score est : syndicats 3, gouvernement 0. Le match est loin d’être fini.
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