
Les travailleurs de Brussels Airlines, loin d’être d’aussi bonne humeur que sur cette photo promotionnelle, risquent de perdre leur emploi. Depuis des mois, syndicats et direction sont en désaccord. Là où les syndicats revendiquent des salaires convenables garantis pour le personnel des cabines, la direction veut, elle, augmenter la pression au travail. (Photo SN Brussels Airlines)
Une soixantaine de postes sont menacés au sein de la compagnie aérienne belge : 40 à 50 emplois parmi les pilotes, environ 5 dans la « Sabena Technics », et 8 autres dans d’autres services. C’est ce qu’a annoncé la direction de Brussels Airlines lundi 21 novembre lors d’un conseil d’entreprise extraordinaire, ainsi que dans la présentation le même jour de son nouveau plan stratégique « Beyond 2012-2013 ». La direction affirme que le plan nécessitera « l’inventivité » des travailleurs, comprenez qu’elle veut éviter des licenciements secs.
Salaire minimum pour les femmes enceintes
Pourtant, ce plan stratégique n’était pas prévu à l’ordre du jour. « C’étaient les syndicats qui avaient demandé ce conseil d’entreprise extraordinaire », explique Olivier Van Camp, délégué Setca.
Retour en arrière. En juin, les syndicats ont mis sur la table leur revendication d’un salaire convenable garanti pour le personnel des cabines. En effet, leur salaire consiste en un montant de base fixe : pour une hôtesse de l’air (un steward) en début de carrière, il est de 1 493 euros. A celui-ci s’ajoutent des primes (pour séjour à l’étranger, par exemple). Un système intéressant pour l’employeur, puisqu’il paie moins de charges sociales. En cas de maladie (prolongée), de grossesse ou d’accident, ces primes ne figurent pas dans le calcul du salaire : ainsi, une hôtesse de l’air enceinte ne touche, durant environ un an, qu’un salaire absolument minimum.
Une accord obtenu en juin entre syndicat est direction était une hausse de 7 % de ce salaire de base, étalée sur deux ans. La direction ayant, il y a peu, balayé cet accord – pas encore mis sur papier – de manière unilatérale, les syndicats ont alors convoqué un conseil d’entreprise extraordinaire pour faire avancer le dossier.
Mais la direction, elle, veut mordicus atteindre la flexibilité ultime et, à cet effet, elle se situe même à la limite de la légalité. Elle veut ainsi augmenter le nombre de vols de nuit sans accorder au personnel un seul jour de repos pour récupérer. « Et, vu le lancement de nouvelles destinations pour l’Egypte, le temps de travail peut augmenter jusqu’à 12 heures par jour, la limite légale », affirme Van Camp. Alors que, actuellement, le personnel assurant les vols vers l’Afrique (Dakar, Banjul – capitale de la Gambie) reste sur place et rentre le jour suivant. Puisque le temps de séjour à l’étranger donne droit à un défraiement, il s’agirait donc également d’une attaque directe conter les salaires.
Millions congolais
La direction invoque des pertes pour un montant de 80 millions d’euros pour 2011, et compte redresser la barre d’ici à 2014.
Selon la direction toujours, les pertes seraient dues à des coûts de carburant élevés et des investissements faits par la compagnie. Elle oublie ici de mentionner que, l’année précédente, elle a réalisé bon nombre d’investissements, et présenter ceux-ci comme un poste déficitaire ne témoigne pas vraiment d’un très bon management. A l’argument du déficit, elle ajoute ceux de la récession économique et de l’importante concurrence dans le secteur.
Cependant, la direction a bien les moyens pour investir dans son projet Congo. Celui-ci devrait aboutir à une filiale basée à Lubumbashi, compagnie nommée Korongo Airlines. Même avant que les autorisations pour la création de celle-ci soient accordées, elle avait déjà injecté beaucoup d’argent dans la construction de pistes d’atterrissage, d’un hangar et d’équipements techniques pour l’aéroport. Elle a également engagé plus de 200 personnes, qui, depuis des mois, sont sans travail et attendent que les travaux puissent enfin aboutir. Entre-temps, d’autres sociétés sont apparues dans l’affaire, et chacune aimerait sa part du gâteau. On se demande donc si Korongo Airlines sortira un jour de terre. Si ce projet échoue, plusieurs millions d’euros auront disparu en fumée. Et, en revanche, pour le personnel, il n’y a pas d’argent...
Quant à l’attitude du management vis-à-vis du personnel, elle est totalement irrespectueuse, tant dans ses rapports avec celui-ci que dans les négociations avec les syndicats. Les promesses sont une à une rompues, les attentes du personnel, méprisées, et la méfiance, généralisée.
Les syndicats ont déposé un préavis de grève, mais attendent les négociations avec les autres partenaires dans les prochains jours avant de passer à l’action.