La Commission européenne exige une mise en concurrence totale des missions de service public exercées par Bpost. Le verdict tombera fin janvier. Il s'agirait de 5 000 pertes d'emplois supplémentaires, en plus des 1 000 départs « naturels » par an. Ce chiffre est actuellement mis en doute par Bpost et par les organisations syndicales. Par contre, la seule perte de la distribution des journaux se traduirait par la suppression de 2 500 emplois, confirme-t-on de source syndicale.
Fin janvier, la Commission européenne pourrait obliger Bpost à rembourser les aides de l'Etat accordées en 2003, ainsi que d'autres subsides du passé. Le chiffre de 750 millions d'euros est le plus souvent cité. Bpost dispose d'une réserve de liquidités de 1,1 milliards d'euros mais il se pourrait que ce ne sera pas suffisant.
Mais il y a pire : l'Union européenne met également en cause le subside annuel de 321 millions d'euros (indexés) pour les missions de service public, dont le paiement des pensions à domicile, la distribution du courrier électoral, la vente des timbres d'amendes et 200 millions pour la distribution des journaux.
Si La Poste a reçu des compensations de l'Etat belge entre 1992 et 2009, c'est justement pour les prestations de service public. Nous payons des impôts pour financer des services publics, c'est normal. Ce qui n'est pas normal, c'est que l'Europe ne veut plus que nos impôts aillent aux services publics, mais servent plutôt à réduire les impôts sur les bénéfices des plus grosses entreprises, via les intérêts notionnels et d'autres cadeaux fiscaux. Pour rappel : les 50 plus grosses entreprises belges n'ont payé en moyenne que 1 % d'impôts en 2010 !
Ces compensations de l'Etat financent le service public, donc Bpost n'a rien à rembourser du tout.
Si la Direction de Bpost décide de rembourser, c'est son affaire, mais qu'ils aillent chercher l'argent ailleurs, pas en détruisant l'emploi !
De plus, l'enquête européenne qui remet en question les aides de l'Etat belge est en cours depuis 2008. Le Conseil d'Administration de Bpost le savait, et s'il voulait rembourser, il aurait dû garder l'argent des bénéfices – ou du moins une grosse partie – au lieu de distribuer la quasi-totalité aux actionnaires !
Bien sûr, le management évoque l'obligation pour Bpost de verser les dividendes aux actionnaires fixée dans le contrat de 2004 entre l'Etat, Bpost et les actionnaires privés. Mais qu'en est-il ?
En 2011, les actionnaires de Bpost se sont partagé des dividendes pour la somme totale de 215,9 millions d'euros (De Tijd 19/04/11). C'est 26,4 % de plus que l'année précédente.
Le bénéfice net pour 2010 s'élevait à 227,2 millions d'euros. Le personnel a bénéficié de 5 % de cette somme, à distribuer parmi 28 628 postiers (équivalents temps plein) sous forme de bonus.
Si l'on compte les dividendes distribuées entre 2007 et 2011, on arrive à la somme de 659,5 millions d'euros !
Et puis, Bpost est-elle obligée de distribuer tout le bénéfice net en dividendes (sauf 5 % pour le personnel) ? Pas du tout. « L'accord signé le 12 octobre 2004 entre l'Etat, le consortium Post danmark/ CVC et La Poste garantit un revenu minimum de 10 millions d'euros à partir de l'exercice 2008 « (LLB, 12/11/2005). « L'accord prévoyait de redistribuer 50 % des bénéfices aux actionnaires, avec un minimum de 10 millions par actionnaire » (Belga, le 2/2/2007). Le chef de Bpost lui-même Johnny Thijs a déclaré que « le montant est déterminé par le Conseil d'Administration » (De Morgen, 2/02/2007).
Ce contrat favorise des actionnaires privés, alors que La Poste est un patrimoine appartenant aux contribuables. Mais de toute façon, même ce contrat-là n'oblige pas Bpost à distribuer 95 % du bénéfice aux actionnaires. En bon père de famille, il était même indiqué de garder des provisions importantes. Mais le management et les actionnaires de Bpost préfèrent s'accorder la quasi-totalité, et pour ce qui est des investissements à faire, l'on en demande toujours plus au personnel, qui est déjà à bout !
Les postiers n'entendent pas devenir les victimes de cette soif inépuisable des actionnaires et se battront pour leur emploi.