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26 septembre 2011 19:33 | Il y a : 239  jour(s)
| Thème: Culture et histoire, Culture, Histoire, Etats-Unis

Bob Dylan, emblème de la Protest Generation, en concert à Anvers

Auteur-compositeur-guitariste des plus influents du 20e siècle, meneur de la contre-culture des Golden Sixties, monstre sacré depuis 5 décennies, Bob Dylan, 70 ans et 42 disques au compteur, enchaîne les concerts. Ses chansons, elles, n’ont pas pris une ride.

Elisabeth Mertens

Bob Dylan à la marche pour les droits civils à Washington (août 1963), où M.L. King fit son fameux discours « I Have a Dream ». Dylan y a chanté « When the Ship Comes in » et « Only a Pawn in Their Game », sur le meurtre du militant pour les droits civiques Medgar Evers. (Photo in1004.tumbir.com)

Lorsque, à l’âge de 20 ans, Robert Zimmermann, guitare à la main, quitte son Minnesota natal pour New York, il peinera longtemps à se faire accepter dans les cafés-concerts. Il faudra attendre un article d’un critique musical du New York Times pour lancer sa carrière… Un an plus tard, il a troqué son nom pour Bob Dylan et trouvé sa voie. Il compose sur des thèmes qui le touchent profondément : la chasse au communistes, les questions sociales, la colère contre le racisme – il se battra contre le non-lieu d’un procès d’accusés blancs ayant lynché un jeune Noir de 14 ans. Avec Joan Baez et Mahalia Jackson, il prend part à la Marche sur Washington (1963) pour les droits civils, menée par Martin Luther King. C’est en 1964 qu’il composera sont célébrissime The Times They are a-Changing, hymne d’une jeunesse ivre de changement. Car les jeunes, alors, découvrent la politique. Enfants du baby-boom, ils rejettent en bloc le mode de vie bien-pensant de leurs parents, confits dans le consumérisme et fossilisés dans les traditions. Dylan arrive à point nommé pour jeter sa guitare dans la vitrine de ce conservatisme. Par son génie, il révolutionne la musique populaire, qu’il propulse à des années-lumière des « Be-Bop-A-Lula » rock n’roll et des sucreries dégoulinantes des crooners. Il devient l’icône de la Protest (ou Beat) Generation qui prône la désobéissance civile. Suivront les hippies et leur « Flower Power », centrés sur l’amour, la fraternité et… la paix. Car l’époque est aux grandes manifs et actions contre la guerre au Vietnam. Essaimant dans tous les campus, ce torrent de contestation engendrera Mai 68, le refus de l’autorité dogmatique et la solidarité avec les travailleurs.

    Icône ? Symbole ? Leader ? Dylan a toujours récusé ce statut. Parce qu’il refuse les « messies de tout bord », il rejette le vedettariat. Il ne sera d’ailleurs pas présent au festival de Woodstock (au départ, conçu en son honneur), point d’orgue de la culture hippie rassemblant un demi-million de jeunes. Il faut dire que notre Bob est loin d’avoir un caractère facile. Irascible, dépressif, cynique parfois, insatisfait en permanence… ses musiciens en savent quelque chose. Justement, les éditions EPO viennent de publier Dylan in de studio, ouvrage décrivant l’enregistrement de ses albums de leur genèse à leur naissance, leurs différentes phases et l’ambiance des studios.

Spiritualité

Après le fameux Hurricane des années 70 et une brève période de christianisme, Dylan aborde les années 80, celles où débarquent le punk – autre forme de contestation sociale – et le disco : déclin, inspiration tarie... Les mouvements issus des sixties s’effritent également. La Protest Generation s’est peu à peu désagrégée par manque de structuration et dispersée en différentes tendances : communautés, groupuscules idéologiques se divisant en micro-tendances – lutte armée pour les plus radicaux –, quête de la spiritualité à Katmandou et en Inde, islam à la sauce Cat Stevens, retour à la nature et… la drogue, dans laquelle se sont perdus certains jeunes, comme elle avait en partie causé la mort, dans les années 60, de Janis Joplin, Jim Morrison ou Jimmy Hendrix.
    Quant à Dylan, il est KO, mais pas mort pour autant. Dans les années 90 et 2000, il reprend du poil de la bête ; en 2005, Martin Scorsese lui consacre un documentaire ; il reçoit le prix Pulitzer de la musique ; nouveaux albums ; tournée européenne…
    Depuis les années 80, il est de bon ton de tourner en dérision ceux qu’on appelle désormais les « baba-cool », de ridiculiser les « peace and love » à fleurs et d’aller puiser dans le magasin des accessoires des photos des mecs cheveux longs et filles itou seins nus, foulards indiens, sabots et autres macramés… Mais, même s’il flotte un petit nuage d’angélisme et de naïveté sur cette génération, il ne faut cependant pas oublier l’essentiel : tout ce qu’on lui doit. Ces jeunes ont ouvert grand la fenêtre d’un monde qui puait le renfermé pour laisser entrer le vent frais de la liberté, du changement, de l’indignation. Ils ont suscité la conscientisation politique des étudiants ; entamé la lutte contre le racisme, les injustices sociales, la guerre et le nucléaire ; offert l’émancipation dans de nombreux domaines – y compris celui de la sexualité, de la contraception et de l’avortement, étincelles à la poudre des combats des femmes ; voulu une société plus fraternelle et humaine… Ils ont changé à jamais la société qui, sans eux, ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui. Ni, d’ailleurs, sans ce bon vieux Dylan.

En concert le 19 octobre au Sportpaleis d’Anvers, avec Mark Knopfler, leader des ex-Dire Straits. Il ne reste que quelques places.


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