Pour 2012, le groupe SNCB s’est vu octroyer 50 millions d’euros de subsides en moins. Il doit en effet épargner à la fois dans les investissements et dans l’exploitation.
Le Holding SNCB doit réduire ses dépenses ICT de 15 millions d’euros. Les voyageurs qui veulent savoir – via railtime.be, SMS ou d’autres moyens ICT – si leur train a du retard vont le sentir passer. ICT doit aussi améliorer la communication interne entre la SNCB, Infrabel et le Holding…
Paul Magnette, le nouveau ministre de la Fonction publique, veut, dans le nouveau contrat de gestion de la SNCB, réduire en 2010 les dépenses pour l’achat de nouveau matériel roulant à concurrence de 108 millions d’euros. Mais l’équipement actuel a en moyenne 30 ans d’âge, avec toutes les conséquences que cela entraîne sur la sécurité et la ponctualité. Raison pour laquelle la SNCB a commandé pour près de 3 milliards d’euros de nouveaux wagons et locomotives, la livraison étant déjà en cours.
Le nouveau gouvernement imposera probablement une alternative financière sous une forme ou l’autre d’ « opération sale en leaseback », comme, en son temps, Étienne Schouppe, patron de la SNCB, en avait déjà mise une sur pied. Une opération que les experts appellent un coûteux gaspillage d’argent. En 1995, la SNCB a vendu des centaines de wagons et de locomotives à des sociétés d’investissement privées ; après quoi, elle a loué ces mêmes trains à long terme. Une cinquantaine d’entre eux sont sous contrat jusqu’en 2030. Vu la location de longue durée et aux prix parfois très élevés, la SNCB paie au final bien davantage que si elle avait gardé ou acheté ce matériel. Ce n’est pas cas isolé : entre 2001 et 2004, l’État belge a vendu une série de bâtiments pour 840 millions d’euros, mais devra payer jusqu’en 2031 quelque 1,6 milliard d’euros en loyers.
Infrabel, gestionnaire de l’infrastructure ferroviaire, doit, en 2012, également économiser 95 millions d’euros. Et bon nombre d’infrastructures – caténaires, systèmes de signalisation – ont un besoin urgent d’être remplacées. Aujourd’hui, cette situation cause déjà pas mal de retard. Si Infrabel veut maintenir le niveau de ses investissements, elle devra emprunter auprès du marché privé.
Economies totales pour 2012 : 50+108+95 = 253 millions d’euros.
En 2013, la SNCB doit également réduire la voilure : 70 millions d’euros en moins de subsides pour investissements et autres. Comment s’opérera la répartition entre la SNCB et Infrabel ? Pas de réponse claire... Les subsides pour l’opérateur SNCB augmentent cependant de 10 millions d’euros.
Ajoutons ceci : entre 2000 et 2010, le nombre de voyageurs a augmenté de 50 %, les subsides, d’un bon 10 %, et le nombre d’emplois, de 10 %. Moins de subsides signifie augmentation du prix des billets, introduction de frais de dossier, suppression de trains, fermeture de gares et de guichets…
Par ailleurs, Di Rupo veut aussi que la Cour des comptes se penche sur la manière de simplifier la structure du groupe SNCB. Une bonne idée, mais à première vue. Le but est en effet de scinder complètement la SNCB en deux entités, et de supprimer le Holding. Ce qui devrait garantir à tous les travailleurs de la SNCB de garder leur statut. Mais, si le Holding disparaît, il y a un grand danger que ce statut disparaisse avec lui. Certainement lorsqu’on sait que, par cette opération, on veut économiser 20 millions en 2013 et, en 2014, 50 millions.
Le statut signifie la stabilité de l’emploi – souvent un job pour la vie –, une relativement bonne pension, une meilleure indemnité en cas de maladie (prolongée), un salaire net un peu supérieur à celui d’un employé contractuel, qui peut être licencié à tout moment.
Maggie De Block, tout fraîche secrétaire d’État à l’Asile et l’Immigration (Open Vld), et Herman De Croo ont déjà introduit une proposition de loi pour la scission complète d’Infrabel et de la SNCB. Ils qualifient ce statut « historique » d’« obstacle important (...), empêchant que la SNCB travaille selon la situation du marché, ce qui est contreproductif et n’est plus justifiable ». Ils jugent également le statut trop peu flexible (« réglementation trop rigide du personnel ») et trop cher (« entravant la gestion des coûts »). Pour celui qui douterait encore : « La mise à la pension programmée d’environ 40 % du fichier du personnel du groupe SNCB endéans 10 ans crée une énorme opportunité pour mieux engager du personnel conforme aux conditions du marché. » A la SNCB-Logistics (privée), les travailleurs savent ce que cela signifie : 20 jours supplémentaires de boulot par an, un salaire plus bas, la pension à 65 ans au lieu de 60.
Economies en 2013 : 70+20-10 = 80 millions d’euros.
Economies sur l’exploitation et les investissements à concurrence de 100 millions d’euros ; 50 millions d’euros d’économies par la suppression du Holding ; 10 millions supplémentaires de dotation pour l’opérateur SNCB.
Economies en 2014 : 100+50-10 = 140 millions d’euros.
Le plan total d’économies du groupe SNCB pour 2012-2014 s’élève à 473 millions d’euros. Le tout au détriment des voyageurs, des travailleurs et de la sécurité…
Aux dépens de la sécurité et de la mobilité durable
Le gouvernement Di Rupo prétend qu’« aucune économie ne peut se faire aux dépens de la sécurité du rail ». Mais bien aux dépens du service aux voyageurs et des conditions de travail du personnel ?
Les trois patrons du groupe SNCB ont déjà réagi en affirmant qu’une économie d’une telle dimension est impossible sans toucher au « lancement du système de sécurité européen ETCS (qui arrête les trains automatiquement lorsqu’ils passent au rouge, NdlR), la réalisation de l’Expressnet régional pour Bruxelles, et la modernisation de grandes gares ».1
Le gouvernement prétend aussi qu’il a des projets ambitieux pour la SNCB offrant plus de voyageurs, plus de sécurité et une meilleure situation financière…
La section PTB-rail appelle cela de la poudre aux yeux : Di Rupo & Co présentent un bel emballage pour un plan d’économies draconien qui va réduire à néant la sécurité, la ponctualité, le service public, les conditions de travail… Car ces économies s’ajoutent en effet au plan d’économies 2012-2015 de la SNCB elle-même, dont le but est d’arriver à un équilibre financier en supprimant une centaine d’emplois, des trains, des guichets et des arrêts, en rognant sur l’entretien, en privatisant totalement le transport de marchandises, etc. (TP)
1. Express.be, 03 12 2011, http://www.express.be/sectors/nl/logistics/grote-projecten-nmbs-bedreigd-door-besparingen/157442.htm
Ayant mes entrées au groupe SNCB, je peux vous confirmer que le Holding ne disparaîtra pas contrairement aux voeux de la droite flamande.
Au contraire, sa position sera renforcée vu qu'il officiera maintenant comme un vrai holding, càd en tant que coupole de liaison, au-dessus donc des entités opérationnelles que sont la SNCB et Infrabel.
Bonne nouvelle donc pour tous les travailleurs du Groupe !