Plan du site | Newsletter | Aide | RSS |
Loading
8 novembre 2011 16:38 | Il y a : 196  jour(s)
| Thème: Belgique, Belgique, Aviation

Arrondir ses fins de mois en dirigeant la Sabena

Des cadres de la Sabena s’accordaient un plantureux supplément salarial au noir. En faisant passer l’argent de la société dans une société des Bermudes et avec la complicité d’Axa Assurances Luxembourg.

Axel Bernard et Jonathan Lefèvre

Toutes les décisions prises dans la perspective d’une intégration avec Swissair ont été désavantageuses pour la Sabena (achat de 34 Airbus, pertes causées par la reprise des activités de catering par la filiale de Swissair, etc.). (Photo Belga)

L'enquête sur la faillite de la Sabena, menée par le juge Van Espen, a été divisée en plusieurs volets. Celui qui nous intéresse ici est appelé « Sabbel ». Sabbel est le nom d’une société constituée en 1991 dans les Bermudes, suite à une décision du comité de gestion de la Sabena. L’avantage des Bermudes ? Le fait d’être un paradis fiscal pour certaines activités d’assurances. La Sabena versait des primes à Sabbel pour l’assurance de ses risques non aériens. Les bénéfices réalisés par cette filiale étaient ensuite utilisés pour payer le versement des primes de contrats d’assurance-vie individuels conclus auprès de Axa Assurances Luxembourg. Tous les membres du comité de direction de la Sabena, ainsi que certains cadres supérieurs, bénéficiaient d’un important complément de rémunérations qui échappaient ainsi aux législations sociales et fiscales belges (voir cadre).

Ce mécanisme aurait été mis en place par Jan Ghyssaert et Pierre Godfroid, respectivement secrétaire général et patron de la Sabena jusqu’en 1996. Il a permis à ce dernier d’instaurer un véritable régime présidentiel au sein de la compagnie aérienne. Un certain nombre de cadres et d’administrateurs se trouvaient totalement inféodés grâce à ce système de rémunérations occultes. Lorsque Swissair entre dans le capital de la Sabena, le duo est remplacé par Patrick du Bois (qui était déjà membre du comité de direction depuis 1993 et, donc, bénéficiaire de l’argent noir) et par Paul Reutlinger (qui représente l’actionnaire suisse). C’est ce dernier qui mettra fin au système en 1997 (voir cadre).  

« Totalement transparent » ? 

Dans une interview accordée au Soir en 2007, Pierre Godfroid déclarait être fier du montage financier réalisé. Le système était « totalement transparent », selon lui. Comme les autres cadres qui dirigeaient la Sabena dans les années 1990, il est aujourd’hui poursuivi pour diverses infractions (faux et usages de faux, escroquerie, abus de confiances, fraudes fiscales). Axa Assurances Vie Luxembourg se trouvait sur le banc des accusés pour blanchiment de l’argent détourné de la Sabena. La compagnie d’assurances a décidé de payer pour échapper aux poursuites. Le procureur du roi de Bruxelles a accepté la somme. Au risque de faire capoter tout le procès … (voir page suivante).

 

Moyen de pression pour les Suisses 

L’hypothèse était avancée en 2007 par le curateur, Christian Van Buggenhout : « Certains cadres étaient sous l’emprise de Swissair et auraient pu être soumis à des chantages. » 

La connaissance par Paul Reutlinger de l’existence des caisses noires était un important moyen de pression sur les dirigeants qui représentaient l’État belge au sein de la Sabena. Peut-être une manière de comprendre l’incroyable docilité manifestée par ces représentants belges devant l’actionnaire suisse. La suite est en effet connue : le pouvoir de Paul Reutlinger était exercé de manière quasi absolue. Toutes les décisions prises dans la perspective d’une intégration avec Swissair ont été désavantageuses pour la Sabena (achat de 34 Airbus, pertes causées par la reprise des activités de catering par la filiale de Swissair, etc.). Le pillage de la Sabena pouvait se faire sans réaction des administrateurs belges …

 


Réagir ?

Pas de commentaire
Ajouter un commentaire

* - champ obligatoire

*





*
*