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11 octobre 2011 16:02 | Il y a : 224  jour(s)
| Thème: Éditorial, Belgique, Dossier crise communautaire

Armistice communautaire ?

David Pestieau

Nous avons notre sixième réforme de l’État en quarante ans. Devant les caméras, on nous l’assure, cela permet « de sortir le pays de la pire crise institutionnelle de son histoire ». Alors, enfin sortis du tunnel de la crise communautaire ? On peut en douter. (Photo Belga)

Et tope-là ! Nous avons notre sixième réforme de l’État en quarante ans. Devant les caméras, on nous l’assure, cela permet « de sortir le pays de la pire crise institutionnelle de son histoire ». C’est même « une des réformes les plus importantes de l’histoire de la Belgique ». Rien que ça.
    Alors, enfin sortis du tunnel de la crise communautaire ? On peut en douter. Dans l’immédiat, les vainqueurs sont les huit partis autour de la table. Mais celui qui a gagné stratégiquement la manche, c’est la N-VA.  Elle a imposé les thèmes essentiels des négociations : autonomie fiscale, synonyme de concurrence fiscale,  régionalisation de compétences sociales, synonyme de début de scission de la sécurité sociale. Et, dans cette sixième réforme de l’État, on cherchera en vain des mesures visant à renforcer la coopération entre les Régions et Communautés.
Cet « accord historique » n’est donc certainement pas un point final. Les accords contiennent les sources de nouveaux conflits. Les plus optimistes annoncent une stabilisation pour dix ans. La plupart des autres annoncent 2014 (après les prochaines élections) comme nouvelle échéance. Quatre ans de crise politique pour aboutir à... seulement deux ans de stabilisation.
    Au Nord, la N-VA annonce déjà qu’elle continuera son agitation nationaliste. Et les autres partis au pouvoir continuent à la suivre sur le fond, tout en assurant arriver aux mêmes buts immédiats par la négociation.
    Au Sud, tous les partis au pouvoir affirment qu’il faut accepter les nouvelles compétences comme une chance à saisir pour la Région. Et ils osent affirmer qu’en dix ans, la Wallonie pourra assumer seule le financement des compétences reçues (les transferts s’arrêtant complètement en 2020). Ce qu’elle n’a pas réussi à faire en trente ans, elle le ferait donc en dix ans ; une décennie qui commence pourtant par la pire crise économique mondiale depuis les années trente.
    Comme en Flandre, on travaille les esprits pour réaliser « l’union des forces vives », du patron à l’ouvrier, pour défendre « sa » Région. Pas question de défendre les acquis sociaux. Ni encore moins de faire grève. Ça ferait tache.
    Dans l’application de la réforme, des pressions énormes seront exercées également sur le mouvement syndical pour qu’il se scinde lui aussi, afin de « s’adapter aux nouvelles institutions ». En Flandre, le VOKA (le patronat flamand) rêve déjà de ce scénario pour forcer au niveau régional la suppression des négociations sectorielles.
    Aujourd’hui, on voit l’État fédéral, les Régions et communes se disputer pour savoir par quel canal local, régional ou fédéral, on fera payer au citoyen la facture Dexia. Alors que les vrais responsables de cette crise financière, les spéculateurs, les super banquiers et, surtout, tous ceux qui se ont enrichis pendant les années dorées restent hors d’atteinte.
    Le monde du travail ne peut pas accepter de se laisser diviser. Durant ces quelques mois d’armistice communautaire, il peut reconstruire aussi dans les combats contre la crise, une unité dont il a tant besoin.


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