
Selon le rapport de Laplace, la phase à chaud n’a plus d’avenir à Liège. La faute aux syndicats, qui ont refroidi les ardeurs des actionnaires successifs. Faux, selon les syndicats et le PTB, qui plaide pour une sidérurgie publique intégrée. (Photo Solidaire, Antonio Gomez Garcia)
Ce n’est pas la première fois que ce bureau se contredit. En 2009, les mêmes « spécialistes » rendaient un rapport sur la sidérurgie liégeoise. Il était globalement positif. Et, en un peu plus de deux ans, alors que les différences de coûts de production à la tonne n’ont fondamentalement pas évolué, les conclusions sont opposées.
Comment expliquer ce revirement ? « Les spécialistes, payés par la Région wallonne, ne sont pas neutres. Messieurs Genet et Orban ont conseillé, entre autres, dans les années 90 la Sogepa et la Région wallonne lors de la faillite scandaleuse de Clabecq et la privatisation de Cockerill Sambre. Or c’est cette privatisation qui est la source des problèmes de Liège. Ils ont le culot de montrer du doigt les syndicats comme responsables de tous les maux. Alors que ce sont les seuls qui ont critiqué la privatisation. Sans les syndicats, qui ont exigé une mise sous cocon des hauts-fourneaux, il n’y aurait même pas eu à l’époque de relance et du travail pour des milliers de famille », s’indigne Damien Robert.
Selon le rapport de Laplace donc, la phase à chaud n’a plus d’avenir à Liège. La faute aux syndicats, qui ont « refroidi » les ardeurs des actionnaires successifs. L’auteur de l’étude, Marcel Genet, va même plus loin dans son analyse. Sur les ondes de la Première (RTBf), il s’explique : « Je trouve qu’ils (les Liégeois, NdlR) sont un peu biesses. J’ai été très objectif et ferme avec l’ensemble des Liégeois qui ont fait partie du système de décision. »
Une insulte qui n’a pas plu aux syndicats. « L’auteur de ce rapport devrait présenter des excuses publiques pour avoir insulté non seulement les organisations syndicales mais aussi l’ensemble des Liégeois », selon Jordan Atanasov, président des métallos de la CSC à Liège. La FGTB, par la voix d’un de ses experts, José Verdin, a également protesté : « Laplace Conseil se permet de faire des allusions de type social, sociologique, socio-politique qui n’ont rien à voir avec la mission dont ils étaient chargés. Ça n’a pas à être facturé à la Région en tant que tel. »
Toujours sur les mêmes ondes, l’auteur du rapport propose une commission de réconciliation : « La recommandation la plus importante que j’ai faite dans ce rapport est de créer une commission de réconciliation entre Liégeois, c’est-à-dire entre syndicats, dirigeants, cadres, ingénieurs, responsables communaux, responsables de la Région pour trouver ensemble une meilleure façon de répondre aux intentions d’ArcelorMittal. » Les « biesses » doivent donc se réconcilier pour répondre aux intentions de la multinationale…
Ce rapport n’a rien d’anodin, selon Damien Robert. Laplace, par la voix de Marcel Genet, voudrait créer une « guerre des bassins » : « Le rapport suggère la construction d’une aciérie électrique à Charleroi. Or la filière électrique n’est pas concurrentielle. Laplace reconnaît d’ailleurs que cette alternative ne pourra produire que 85 % du carnet actuel. Et la filière est tributaire de la volatilité des prix de la mitraille (résidus d’acier recyclé) et de l’électricité. Surtout, Laplace préconise la délocalisation de la production à Charleroi, dans une autre filiale d’ArcelorMittal, Carinox. Or le cabinet de consultant sait très bien que le groupe Mittal veut vendre sa branche inox. La logique est en fait d’opposer travailleurs carolos et liégeois. Et d’occulter le vrai débat, qui est celui de la sidérurgie intégrée. »
C’est pourtant, selon le spécialiste du PTB, la seule solution. Et pas aux mains du privé : « La seule solution crédible socialement et économiquement est le maintien d’une sidérurgie intégrée et publique. Il y a de l’argent pour ça. Le rapport Laplace dit que c’est trop cher car cela coûterait 1 milliard d’euros. Or le PTB tient à rappeler qu’1 milliard, c’est moins que la somme de 1 148 201 303 euros, qui équivaut aux déductions fiscales obtenues par ArcelorMittal en Belgique pour 2009 et 2010. Dans ce cadre, des entreprises comme la sidérurgie de La Sarre qui ont évité la privatisation ont montré une meilleure résistance aux aléas du marché et à la logique du tout au profit qu’une entreprise sidérurgique privée traditionnelle. »