
Il n’est pas question d’un retrait complet d’Afghanistan. Trois cents Belges resteront opérationnels à Kandahar et Kunduz. Le contingent américain sera réduit de 33 000 hommes, mais il en restera quand même deux fois plus sur place (65 000) qu’au moment de l’élection d’Obama (32 800). (Photo Flickr, US Army)
Actuellement, 600 et quelques militaires belges sont actifs en Afghanistan. L’apport militaire belge aux opérations de l’Otan dans ce pays a débuté en 2003, afin de défendre l’aéroport de Kaboul. En juin 2008, il y a également eu la décision d’engager six F-16 à Kandahar, afin de protéger les troupes terrestres de l’Otan et de leur fournir un appui aérien (lisez : bombarder) si ces troupes avaient des problèmes. Sont venus s’y ajouter toute une flopée d’instructeurs militaires et le soutien à une « Provincial Reconstruction Team » (PRT) allemande à Kunduz.
La participation belge à la guerre en Afghanistan a chaque fois été accrue et prolongée, sous De Crem. La semaine dernière, le ministre de la Défense excluait encore un retrait des militaires belges, en prétextant qu’un gouvernement des affaires courantes ne pouvait en décider (il peut sans doute décider uniquement d’envoyer des troupes au casse-pipe – voir la Libye – mais pas de les en retirer !). Et, aujourd’hui, le même De Crem parle donc de retrait de 300 militaires belges. Qu’y a-t-il, là derrière ?
Primo, Obama avait déjà annoncé une réduction des troupes américaines de 33 000 hommes. La France aussi retire des troupes. D’autres pays de l’Otan envisagent la même chose. La Belgique devait donc suivre.
Secundo, militairement parlant, il n’y a guère d’honneurs à se retirer de l’Afghanistan. Sur le terrain, la stratégie de l’Otan est un fiasco. On ne vient pas à bout des Taliban, la violence et le chaos se sont encore accrus et il y a des centaines de victimes civiles. Mais les militaires occidentaux tombent eux aussi comme des mouches : ce seul mois, plus de 50 soldats américains et de l’Otan ont déjà perdu la vie1. Et les coûts sont incontrôlables (pour la Belgique, 112 millions d’euros par an, pour les États-Unis, 107 milliards de dollars par an !). Il n’y a jamais eu de véritable motif, à cette guerre de l’Otan, mais il convient quand même de mentionner que les droits de l’homme ont très fortement régressé en Afghanistan. De rapports récents rédigés sur le terrain (par exemple, de l’Afghanistan Independent Human Rights Commission à Kandahar), il ressort que l’armée afghane est corrompue et que l’on torture systématiquement les prisonniers2.
Tertio, il n’est absolument pas question d’un retrait complet et l’Otan reste très présente pour les opérations militaires plus importantes. Le contingent américain sera réduit de 33 000 hommes, mais il en restera quand même deux fois plus sur place (65 000) qu’au moment de l’élection d’Obama (32 800). Trois cents Belges resteront opérationnels à Kandahar et à Kunduz, « des régions où l’escalade de la politique belliciste des deux camps provoque de nouvelles victimes innocentes chaque semaine », selon l’ASBL Vrede3.
Et, quarto, le ministre De Crem semble préparer des plans en vue d’envoyer des troupes belges sur un autre théâtre de guerre de l’Otan : la Libye ! Dans l’émission de radio de la RTBF, Matin Première, il déclarait le 27 juin : « Il n’est pas exclu qu’on fasse appel à des pays, peut-être aussi à la Belgique [pour envoyer des troupes au sol] après que l’opération militaire en Libye sera terminée, dans une étape ultérieure, dans une opération de stabilisation. » Il est utile de rappeler que la résolution 1973 du Conseil de Sécurité de l’ONU – interprétée par les pays occidentaux comme un blanc-seing cautionnant l’actuelle intervention de l’Otan – exclut explicitement l’engagement de troupes au sol. Mais l’ONU ? Voilà bien le cadet des soucis de Crembo !
1. De Standaard Online, 26 juin 2011
2. http://m.theglobeandmail.com
3. www.vrede.be