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21 juin 2011 16:03 | Il y a : 336  jour(s)
| Thème: Belgique, Racisme, Belgique

Affaire Adecco :: Réactions des entreprises sur la liste Blanc-Bleu-Belge

La condamnation d’Adecco pour avoir pratiqué la discrimination de ses clients et la publication par Solidaire de la liste des entreprises bruxelloises qui avaient sollicité Adecco dans ce sens en 2001 ont lancé un débat de fond sur les discriminations à l’embauche, sur l’ampleur du phénomène et sur la manière d’y mettre fin.

Jonathan Lefèvre

La liste des entreprises BBB d’Adecco montre que le phénomène des discriminations à l’embauche revêtait un caractère massif en 2001, et toutes les études ou enquêtes parues depuis n’ont fait que renforcer l’actualité de ce constat. (Photo Flickr, Face Me PLS)

La réaction de Benetton, Delhaize, Electrabel, Interbrew... a été très rapide. Toutes ces entreprises ou leurs succursales bruxelloises sont reprises dans les listings d’Adecco pour avoir exigé en 2001 de la société d’intérim des travailleurs BBB (Blanc-Bleu-Belge). Elles étaient toutes « surprises » de se retrouver dans pareil listing. La crédibilité du document a même été remise en cause. Dans en premier temps du moins car la « surprise » était très difficile à croire vu que, deux ans auparavant, le Centre pour l’égalité des chances leur avait envoyé un courrier annonçant qu’elles étaient citées dans le dossier pénal à charge d’Adecco. Il ne pouvait plus être question de « surprise » à partir du moment où Adecco lui-même  a confirmé qu’il s’agissait bien d’un document reprenant les différentes instructions que le société d’intérim avait reçues de ses clients en 2001.
    Les entreprises citées et Adecco s’unirent alors pour affirmer qu’il s’agissait d’un document vieux de 10 ans et qu’il ne pouvait plus y avoir de telles pratiques discriminatoires actuellement. Pourtant, la fédération des entreprises intérimaires, Federgon, vient de rendre publique une enquête faite à sa demande qui montre qu’une agence d’intérim sur trois donne encore une suite favorable à une demande d’un client potentiel qui ne veut pas de personnes d’origine étrangère parmi ses travailleurs. Et un reportage, en caméra cachée, diffusé sur la VRT en 2010 a montré que les agences enfreignent encore de manière flagrante les législations anti discriminations. 6 agences d’intérim sur 8 ont donné suite aux demandes discriminatoires de clients de ne pas recruter des personnes d’origine étrangère !
    En réalité, la liste des entreprises BBB d’Adecco montre que le phénomène des discriminations à l’embauche revêtait un caractère massif en 2001, et toutes les études ou enquêtes parues depuis n’ont fait que renforcer l’actualité de ce constat.

Comment expliquer si peu de condamnations ?

La Belgique s’est pourtant munie il y a trente ans d’un dispositif réprimant le racisme et les discriminations à l’embauche (loi Moureaux). Comment expliquer qu’aucune condamnation n’a abouti alors que le phénomène est d’une telle ampleur ? Une raison importante réside dans l’attitude des autorités, en particulier des autorités judiciaires. De toute évidence, la lutte contre les discriminations à l’embauche n’a jamais constitué une priorité du parquet, de l’inspection sociale ou de l’auditorat du travail. La manière dont l’enquête à charge d’Adecco a été menée est exemplative de cette attitude. Les autorités judicaires ont en effet sciemment choisi de ne pas étendre leur enquête à toutes les sociétés qui avaient donné les instructions discriminantes à Adecco. Mais en plus, le dossier d’Adecco était le parfait petit manuel des fautes de procédure à commettre si on désire qu’un délinquant ne soit jamais poursuivi (violation de la législation sur l’emploi des langues, prescription, ...). De manière plus globale, il semble que l’attitude du parquet a toujours été de privilégier une « approche positive » avec les entreprises incriminées pour des faits de racisme à l’embauche en privilégiant une concertation avec les entreprises plutôt que de les poursuivre devant les tribunaux. Combien y a-t-il eu d’abandons de poursuite en échange de l'engagement de l'entreprise incriminée qu'elle mettra fin aux discriminations?
    Cette « approche positive » ne suffit manifestement pas. C'est aussi le constat du Centre pour l’égalité des chances à partir du bilan tiré de leur courrier envoyé en 2009 à la centaine d'entreprises citées dans le dossier Adecco. Jozef De Witte, directeur du Centre pour l’égalité des chances, déclare en effet, dans le Standaard du 17 juin : « Nous voulions entendre d’elles si elles pouvaient garantir qu’elles respectaient la loi et qu’elles ne donnaient pas d’instructions pour discriminer. A peine une dizaine nous a répondu. C’est peu. » Avant de plaider pour plus de contrôle, notamment de l’inspection sociale, car les bureaux d’intérim n’ont toujours pas appris la leçon.


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