Plan du site | Newsletter | Aide | RSS |
Loading
9 janvier 2012 19:16 | Il y a : 134  jour(s)
| Thème: Belgique, Belgique, Dossier énergie

Achats groupés : gains et pertes

Les achats groupés d’énergie, une bonne idée de prime abord. Mais ce n’est plus le cas lorsque vous serrez la main du fournisseur et qu’il vous faut compter vos doigts après. Le spécialiste des questions énergétiques du PTB, Tom De Meester, constate que ni l’environnement ni le consommateur n’y trouvent leur compte. Une carte-blanche parue dans De Standaard du 9 janvier 2012.

Tom De Meester

Les achats groupés d’électricité et de gaz semblent être la formule idéale pour contrer la hausse des prix de l’énergie. Si bien que l’administration provinciale d’Anvers a récemment organisé un achat groupé d’énergie verte, auquel ont souscrit 20 000 ménages. C’est le fournisseur Essent qui s’est révélé le fournisseur le plus intéressant avec une offre de « 30 % moins chère par rapport au prix du marché » (DS 6 janvier). Les tarifs pratiqués par Essent seraient même « inférieurs aux tarifs sociaux ». Mais ce n’est là que pur mensonge, puisqu’aux tarifs d’Essent, il faut encore ajouter le coût du réseau de distribution, tandis que ce coût est déjà inclus dans le tarif social.

Ce n’est pas tout.

Des soldes sur le marché de l’énergie, oui mais…

Premièrement, aussi spectaculaire que cela puisse paraître, il faut savoir que « cette réduction de 30 % par rapport au prix du marché » est dans la réalité un peu moins idyllique. Depuis plusieurs années déjà, Essent attire les nouveaux clients à coup de promotions et prix plancher. Les achats groupés permettent une petite réduction supplémentaire, qui reste néanmoins limitée. Prenons, par exemple, le cas d’une petite famille avec consommation moyenne, elle obtiendra – en plus du tarif Essent normal – en tout et pour tout une réduction de 5 %. Toujours ça de pris me direz-vous, mais c’est loin d’être des super soldes. Sans oublier que cette réduction n’est valable qu’un an. La seconde année, Essent adapte ses tarifs et le prix augmente. Essent n’a rien d’une association sans but lucratif. Grâce aux achats groupés qui lui apportent jusqu’à 20 000 clients d’un coup, elle va pouvoir se constituer rapidement et à moindres frais une clientèle particulièrement lucrative. Alors qu’une entreprise énergétique ordinaire dépense en moyenne 60 euros par nouveau client rien qu’en frais de marketing.

Deuxièmement. Le revers de la médaille c’est qu’Essent pour pouvoir vendre du courant bon marché, économise sur tout ce qui touche au service à la clientèle. Autrement dit « prix cassés, service zéro ». Essent, c’est un peu le Ryanair du marché de l’énergie. Le régulateur flamand des marchés du gaz et de l’électricité, Vreg, a lancé sur son site web un nouveau module permettant aux internautes de comparer les services proposés par les différents fournisseurs. Sur les cinq fournisseurs, Essent est celui qui enregistre le plus mauvais résultat. En septembre 2011, Test-Achat avait déjà publié une étude réalisée auprès des consommateurs, dans laquelle Essent enregistrait de très mauvais résultats. Seuls 59 % des clients Essent se déclaraient satisfaits. Aucun autre fournisseur n’enregistre un aussi mauvais score, pas même Electrabel. Le call-center d’Essent propose un service médiocre, les prix ne sont pas assez transparents et les clients se plaignent d’erreurs dans les factures et d’un manque d’informations.

Troisièmement. Le « courant 100 % vert » proposé par Essent n’est vert que sur papier. Essent produit en effet seulement 3 % d’énergie verte, principalement dans le parc éolien acheté en 2009 par la maison mère RWE aux Pays-Bas. Le reste est tout simplement du courant « gris » sur lequel on a appliqué une étiquette verte. Essent transforme son courant sale en courant vert en achetant sur le marché international des « garanties d’origine », provenant principalement de centrales hydroélectriques scandinaves. Selon Greenpeace, Essent/RWE, avec toutes ses centrales au charbon et lignite (58 % de son parc !), compte parmi les entreprises énergétiques les moins vertes d’Europe.

Essent est en ce moment occupé à construire de nouvelles centrales à charbon, notamment à Eemshaven aux Pays-Bas, non loin de la Waddenzee, une importante zone de reproduction de phoques et zone de couvaison de plus de 12 millions d’oiseaux de mer. Autrement dit, un écosystème unique reconnu patrimoine mondial par l’Unesco en 2009. On ne saurait trouver mieux comme endroit pour implanter une centrale à charbon.

L’État acheteur

Les achats groupés ont leur mérite. En trois ans, la facture d’énergie a augmenté de 30 %. Et les achats groupés ont pour but de contrecarrer cette augmentation. Les consommateurs se sont donc insurgés contre la montée des prix, ils ne sont pas restés les bras croisés et ont cherché ensemble des contrats plus avantageux. Cela part donc d’une bonne intention. Toutefois, les achats groupés s’adressent à des consommateurs avisés et la plupart du temps bien informés, qui connaissent leurs droits et les prix du marché. Quoi qu’on en dise, ils représentent une petite minorité. La plupart des gens n’osent pas s’aventurer dans la jungle du libre marché de l’énergie.

De plus, Electrabel et compagnie restent à l’écart. Seuls les petits fournisseurs acceptent les achats groupés, Electrabel, Luminus et Nuon n’en proposent pas et préfèrent préserver leur part du marché (ensemble 93 %!) et maintenir des tarifs élevés.

Mettre un terme aux prix excessifs appliqués par Electrabel est donc plus que nécessaire

1. L’État doit imposer un tarif maximum de manière à obliger Electrabel, Luminus et Nuon à diminuer leurs prix. Si le libre marché échoue, l’État doit intervenir.

2. Pourquoi ne pourrait-on pas annuler la libéralisation du marché de l’énergie ? Si le libre marché est incapable de garantir une énergie abordable, pourquoi ne pas opter pour une autre solution ? L’État pourrait créer une entreprise publique d’énergie qui achèterait l’électricité aux différents producteurs à des prix régulés et la revendrait directement aux ménages. De cette manière, tout le monde aurait accès à une énergie bon marché. Il s’agit en d’autres mots du même principe que celui des achats groupés, mais ici accessible à tous.

 

Tom De Meester est le spécialiste des questions énergétiques du PTB


Réagir ?

Pas de commentaire
Ajouter un commentaire

* - champ obligatoire

*





*
*