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25 octobre 2011 14:47 | Il y a : 210  jour(s)
| Thème: Belgique, Belgique, Dossier crise communautaire

Accord Papillon :: Et maintenant, on fait quoi ?

Devons-nous accepter l’accord tel quel en essayant de maintenir les mécanismes de solidarité ou peut-on trouver une nouvelle stratégie pour inverser la tendance ?

Herwig Lerouge

Désormais, nous allons devoir lutter contre les attaques antisociales sur le plan régional aussi. Mais ce sera encore plus difficile si nous abondons dans le sens des propositions visant à scinder aussi la concertation sociale autour de ces questions. En Flandre, on sera confronté à un patronat particulièrement agressif et à une majorité de droite. Le Voka (association patronale flamande) est très clair. Désormais, il veut faire un sort aux accords interprofessionnels et sectoriels : « Nous voulons du sur mesure au niveau des entreprises en ce qui concerne la formation des salaires. (…) De ce fait, la suppression de la norme salariale nationale est nécessaire. » Il veut également liquider les syndicats dans les PME : « Les syndicats dans les PME ne sont pas vraiment nécessaires, au contraire. Lors des précédentes élections sociales, on a évité de toute justesse un putsch syndical. Leur tentative de ramener le seuil à 50 travailleurs pour un Conseil d’entreprise (jusque maintenant, le seuil est de 100, NdlR) est une déclaration de guerre aux PME. »

L’unité, plus que jamais

Lutter contre les attaques antisociales sur le plan régional, donc. Mais, en premier lieu, continuer à lutter pour des syndicats forts et unis, contre les tentatives de faire jouer les uns contre les autres les travailleurs des diverses régions. Contre toute la logique concurrentielle qui sous-tend la réforme de l’État et qui est mortelle pour le mouvement ouvrier. En Suisse, les syndicats sont devenus quantité négligeable parce qu’ils se sont laissé scinder selon les divers cantons.

Le seul point positif de l’accord Papillon, c’est qu’on en arrive à un armistice communautaire provisoire, une période où ceux qui combattent pour la solidarité peuvent à nouveau mobiliser contre le nationalisme. Car, dans l’actuelle crise économique, les attaques seront dirigées contre les travailleurs flamands, wallons, bruxellois, sans distinction. Plus que jamais nous allons donc avoir besoin d’unité. 

 

Comment l’essoreuse s’est mise en route 
Chaque révision de la constitution depuis 1970 opère en direction d’un accroissement de la scission. Jamais une compétence n’a été refédéralisée. Jamais on n’a fait un pas en vue de rapprocher les Communautés de ce pays. 
1970, la première réforme de l’État crée trois Communautés culturelles. Les compétences de ces Communautés restent limitées. On pose également les bases pour la création de trois Régions. 
1980, la deuxième réforme de l’État transforme les communautés culturelles en Régions qui, outre dans les affaires culturelles, deviennent également compétentes pour les affaires liées aux citoyens : la santé et l’aide sociale. Les trois Communautés reçoivent chacune un parlement et un gouvernement. Il se forme également deux Régions : la Région flamande et la Région wallonne avec un conseil et un gouvernement mais, en Flandre, gouvernement et conseil de la Région flamande fusionnent avec le gouvernement et le conseil de la Communauté flamande. 
La scission des partis politiques et de la télévision débouchent entre-temps sur un paysage médiatique et politique dans lequel les Communautés sont de plus en plus mises en opposition l’une de l’autre. Le politologue Sinardet constate que, depuis lors, de part et d’autre de la frontière linguistique, on sort des caricatures de l’autre Communauté. Du côté flamand, les mots « Di Rupo », « PS », « Wallonie » et « francophones » se sont mués en synonymes. A la télévision francophone, les points de vue séparatistes de certains hommes politiques flamands finissent par s’étendre à toute la population. Du côté flamand, on met de plus en plus l’accent sur les différences entre la Flandre et la Wallonie. Dans l’information politique, l’autre Communauté est toujours celle qui obtient ce qu’elle veut et la Communauté locale celle qui devient le pigeon. Si quelque chose foire, la faute est généralement rejetée sur l’autre Communauté. Ainsi donc, le débat entre la gauche et la droite se mue de plus en plus en un débat entre Communautés. 1988-1989, la troisième réforme de l’État crée la Région de Bruxelles Capitale. 
1993, la quatrième réforme de l’État remodèle la Belgique en un État fédéral à part entière avec des parlements régionaux élus directement. Les compétences des Communautés et des Régions s’étendent encore. 
2000-2001, la cinquième réforme de l’État élargit encore les compétences et les moyens des Régions.

 


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