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30 juin 2011 12:08 | Il y a : 328  jour(s)
| Thème: En direct des entreprises, Belgique, Charleroi, Aviation, Syndical

6 travailleurs de Ryanair attaquent leur employeur en justice

Ryanair est une société connue pour le climat antisocial qui y règne. Des travailleurs ont décidé de réagir. Avec leur organisation syndicale, la CNE, ils ont décidé d'attaquer la société devant les tribunaux belge.

Germain Mugemangango

A la conférence de presse du 28 juin, des travailleurs de Ryanair étaient présents mais portaient un masque. En effet, si leur employeur avait connaissance de leurs projets, le licenciement serait immédiat. (Photo Solidaire, Germain Mugemangango)

Cette société applique la loi irlandaise du travail à des travailleurs qui pourtant résident en Belgique. Lors de la conférence de presse organisée par la CNE ce mardi 28 juin au matin, Tony Demonte, secrétaire général adjoint de la CNE explique : « Les 270 travailleurs de Ryanair-Charleroi vivent à Charleroi et y travaillent. Pourtant ils sont soumis à a loi du travail irlandaise qui, sous pas mal d'aspects, protège considérablement moins le travailleur que la loi belge (pas de salaire fixe, pas d'indemnités en cas de maladie, pas de cotisation pour la pension, non paiement des heures supplémentaires, gardes non payées, etc.). Autre exemple symptomatique, en Irlande une prime est payée aux travailleurs s'ils ne se syndiquent pas. En fait, Ryanair-Charleroi profite d'un vide dans la législation. Nous voulons que ça change. »

Des travailleurs de cette société étaient présents à cette conférence de presse mais portaient un masque. En effet, si leur employeur avait connaissance de leurs projets, le licenciement serait immédiat. Pas plus tard que dimanche dernier, le 26 juin, une jeune travailleuse s'est faite renvoyée pour avoir diffusé les tracts de son syndicat. Elle raconte les conditions de travail dans sa boîte : « Nous sommes payés à l'heure de vol. Entre le moment où on ouvre l'avion et on le ferme. Nous ne sommes pas payés pour tout ce qui se passe au sol. Pas d'heures supplémentaires. Donc pour les problèmes techniques et les retards, pas de paiement. On est payé 16,2 euros bruts de l'heure1. Pas de prime de sécurité. En cas de maladie, on n’est pas payé. Si tu te casses une jambe, tu as droit à une faible indemnisation.

Si on est malade, en dessous des trois jours d'absence, pas besoin de certificat mais on doit aller se présenter à l'aéroport. Après trois jours de maladie, un médecin doit faire un certificat médical. Le lendemain du début du certificat il faut aller avant 12 h à l'aéroport pour en faire une copie pour Dublin et pour aller s'expliquer devant le chef. Si on a l'air “en forme”, on peut avoir des problèmes. On peut même être appelé pour aller s'expliquer à Dublin, avec un jour de perte de travail. »

Le directeur et fondateur de Ryanair, Michael O’Leary, est connu depuis longtemps. Les méthodes de Ryanair-Charleroi sont connues aussi depuis un moment. Tony Demonte explique pourquoi il est tout de même possible que cette fois, ça bouge : « Il y a déjà des choses qui se passent pour le moment. Ici en Belgique, les travailleurs surmontent leur peur et veulent s'organiser pour faire valoir leurs droits. En Italie, même si une action collective a mené au licenciement de 70 % du personnel, la révolte gronde. En Espagne, Ryanair vient d'être condamné par un tribunal à appliquer le droit social espagnol dans le calcul des indemnités d'un travailleur licencié. Une coordination européenne se met en place, grâce à l'ETF, syndicat européen du personnel navigant. La France est acquise à cette démarche et un procès important intenté à Ryanair aboutira en septembre 2011. En effet, le législateur français a forcé Ryanair à changer de méthode puisque maintenant tout travailleur de cette société résidant en France doit être traité selon le droit français et non plus irlandais. Ryanair est d'ailleurs en appel contre cette décision.

Je veux envoyer un message au personnel politique belge et en particulier carolo à cet égard. Il est temps que notre personnel politique légifère en faveur des travailleurs de Ryanair et arrêtent de se laisser influencer par le chantage permanent, mais sans fondement, de la direction de cette société d'aviation. En effet, dès que l'on semble agir à l'encontre des pratiques antisociales de Ryanair, O'Leary crie qu'il va s'en aller de Charleroi et laisser derrière lui un désert économique et social. Rien n'est moins certain.

Un capitaliste ne scie pas la meilleure branche sur laquelle il est assis. Les gens ne viennent pas pour Ryanair mais pour l'aéroport de Charleroi qui a prouvé son attrait, tant au niveau de son accessibilité géographique que de sa dimension "humaine". D'après notre enquête, les gens accepteraient même de payer un peu plus pour avoir une compagnie qui respecte son personnel. O’Leary a menacé de quitter la France mais il n'en a rien fait. Charleroi est l'emplacement le plus rentable pour Ryanair. Il y a trois compagnies qui ont dit “s'ils partent, nous on vient”. D'ailleurs, O'Leary lui-même en est conscient car dès que de l'espace se dégage, il exige de l'avoir, par peur. »

Il est donc largement temps que le législateur prenne ses responsabilités et mettent des limites sérieuses aux agissements de Ryanair-Charleroi. L'action en justice des 6 employés lui en donnera l'occasion.

 

1. Ici le brut comprend le net plus les impôts payés en Irlande. Pas de cotisations sociales pour la sécu. Pour la pension et l'assurance maladie, le travailleur doit cotiser lui-même sur le côté. 

 


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